Publié le 23 février 2018

ENVIRONNEMENT

Rémunération, Glyphosate, Mercosur : les trois pièges qui attendent Emmanuel Macron au Salon de l’Agriculture

Alors qu'Emmanuel Macron tente une opération séduction pour la 55ème édition du Salon de l'agriculture, les agriculteurs attendent davantage que des mains serrées. Les négociations commerciales se déroulant mal, la question d'une meilleure rémunération reste de mise. De même, la tension monte sur la fin du glyphosate et l'accord commercial avec le Mercosur pourrait mettre en difficulté la filière bovine française face à la brésilienne.

Le 55ème salon de l'agriculture débutera ce samedi 24 février et terminera le 4 mars.
©SIA2017

Que le gouvernement soit prévenu, "l’intérêt que porte un politique à l'agriculture ne se mesure pas au temps qu'il passera au salon". Cette formule signée Christiane Lambert, la présidente de la FNSEA, principal syndicat agricole, ne l’a pas lancée au hasard. Emmanuel Macron prépare une opération séduction pour son premier salon en tant que Président. Et il a sorti l'artillerie lourde.

Emmanuel Macron sera présent sur le salon dès le premier le jour, le samedi 24 février, avant l'ouverture et y restera jusque tard dans la soirée. Le but est de faire oublier l’image du candidat recevant un œuf sur le crâne en plein Salon 2017 et apaiser la grogne des agriculteurs. Il sera épaulé par Édouard Philippe, qui se rendra au salon durant trois jours et par le ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert qui y restera pendant 10 jours !  Enfin, Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation à Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, passeront également. Sept ministres vont défiler pour cette 55ème édition.

Les négociations commerciales se passent mal

Les agriculteurs attendent davantage que des mains tendues. Emmanuel Macron doit les convaincre sur plusieurs sujets. Le plus attendu est celui de leur rémunération. Le slogan de l'édition 2018 du salon, "l'agriculture, une aventure collective", est censé illustrer la volonté de fédérer tous les acteurs - distributeurs, transformateurs, agriculteurs - pour dépasser la crise agricole. Le gouvernement prépare d'ailleurs une loi qui obligerait la grande distribution à établir ses prix de vente à partir du coût de production, et non l'inverse comme c'est le cas aujourd'hui. 

Alors que tous les distributeurs ont signé une charte d'engagement en ce sens, ils sont accusés de ne pas jouer le jeu. Dans un communiqué, la FEEF, fédération qui représente les fournisseurs PME de la distribution dénonce des "négociations commerciales tendues caractérisées par la baisse des prix". Un bras de fer dont témoignent également les agriculteurs. Le gouvernement a mis en place un comité de suivi des négociations pour assurer leur bon déroulement mais pour l'instant, rien ne change. 

Une sortie du glyphosate sous trois ans tend la FNSEA

Autre sujet de tension : le glyphosate. Alors que l'Union européenne a reconduit la licence du principal agent actif du Roundup - le désherbant phare de Monsanto - pour 5 ans, Emmanuel Macron s'était fixé, dans un premier temps, un cap de sortie sous 3 ans du glyphosate qui en est l'agent actif. Puis il a fait machine arrière. Lors de ses vœux au monde agricole, le 25 janvier, le Président a promis que pour les 10 % d'agriculteurs qui étaient dans l'impasse, il "n'imposerait jamais une sortie s'il n'y a pas d'alternative".

Un engagement salué par les agriculteurs de la FNSEA qui estiment avoir été stigmatisés lors des débats sur le glyphosate. Ils présenteront bientôt un "contrat de solution" destiné à réduire de leurs champs les produits phyto. Les agriculteurs de la FNAB, Fédération bio, attendent au contraire plus de fermeté de la part du président… qui devra donc éclaircir sa position.

Craintes d'un accord avec le Mercosur

Enfin, la tension monte du côté des échanges commerciaux. Les producteurs bovins craignent que le gouvernement signe un accord avec le Mercosur, le marché commun formé par l'Argentine, le Brésil, l'Uruguay et le Paraguay. Pour Christiane Lambert, la volonté "d'ouverture" d'Emmanuel Macron pourrait coûter cher à la filière bovine, la viande brésilienne étant moins chère que la française. Raison pour laquelle les agriculteurs ont manifesté, mercredi 21 février, dans toute la France.

Emmanuel Macron a tenu à les rassurer jeudi 22 février : "Il n’y aura aucune réduction de nos standards de qualité, sociaux environnementaux ou sanitaires""Il n’y aura jamais de bœuf aux hormones", a-t-il précisé

Marina Fabre @fabre_marina


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