Le vent tourne. La Commission européenne propose de renouveler pour 10 ans le glyphosate, considéré comme cancérogène probable par l'OMS. La position de la France est très attendue. Alors qu'elle avait défendu un renouvellement de seulement 3 ans en 2017, elle a aujourd'hui changé d'avis et devrait s'aligner sur le délai de 10 ans, contre le souhait des défenseurs de l'environnement. 
Un sursis de dix ans. Alors qu’en 2017, la Commission européenne avait accordé une prolongation de cinq ans au glyphosate, la principale molécule du Roundup – herbicide le plus vendu au monde -, Bruxelles a proposé mercredi 20 septembre de renouveler son autorisation de mise sur le marché pour dix ans. Le glyphosate, herbicide controversé, pourrait ainsi être vendu dans l’Union européenne jusqu’en 2033. Un recul de taille pour les défenseurs de l’environnement comme l’ONG Générations futures qui milite pour l’interdiction de ce pesticide en Europe. 
"Cette position est scandaleuse car elle ignore totalement l’impératif de protéger la biodiversité, en plein effondrement, dès aujourd’hui", fustige-t-elle dans un communiqué. La proposition de l’exécutif européen sera examinée vendredi 22 septembre par les représentants des 27 États membres, qui devront ensuite la valider à une majorité qualifiée, représentant au moins 65% de la population européenne, lors d’un vote le 13 octobre. 


La France a changé de position


Le sujet est particulièrement sensible. D’un côté, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), branche de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a classé, en 2015, le glyphosate comme cancérogène probable pour l’Homme. De l’autre, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) considère que le glyphosate n’est pas cancérogène et ne présente pas de "domaine critique de préoccupation", dans son évaluation de juillet dernier. 


Mais ses conclusions ont écarté de nombreuses études, dénonce Générations futures. "Pas sûr que les chercheurs auteurs des milliers d’études disponibles ainsi que les chercheurs de l’Inserm auteurs de l’expertise collective jugeant le glyphosate possiblement perturbateur endocrinien, génotoxique, générant un stress oxydant ou encore une altération du microbiote soient du même avis", pointe l’association. 


Quant à la France, elle a fait volte-face. En 2017, elle était très critique sur le glyphosate et avait proposé un délai d’autorisation de trois ans seulement. Emmanuel Macron avait même fait de l’interdiction de cet herbicide une de ses promesses de campagne. Mais cette fois, la donne a changé. Le ministre de l’Agriculture, Marc Fesneau, est favorable à une réautorisation du glyphosate. Le Président de la République a lui-même fait machine arrière. La position de l’Allemagne sera aussi scrutée à la loupe. Le pays a déjà annoncé qu’il s’abstiendrait alors qu’en 2017, après moult revirements, l’Allemagne avait voté pour une prolongation du glyphosate en Europe. 

Une "proposition pas acceptable"


Reste les garde-fous établis par Bruxelles. La Commission propose un renouvellement sous conditions de "mesures d’atténuation des risques" concernant les alentours des zones pulvérisées, via des "bandes tampons" de cinq à dix mètres et des équipements réduisant drastiquement les "dérives de pulvérisation". De même, les États devront "prêter attention" à l’impact sur les petits mammifères, en envisageant "si nécessaire" des mesures d’atténuation ou restrictions. S’ils identifient des effets indirects potentiels sur la biodiversité, ils devront examiner si d’autres méthodes de protection des cultures sont possibles, et pourront là aussi adopter des restrictions. 


Des recommandations jugées très insuffisantes par l’eurodéputé Pascal Canfin, président (Renew, libéraux) de la commission parlementaire Environnement, qui déplore l’absence de "restrictions sérieuses d’usage" et dénonce une "proposition pas acceptable", "non conforme aux conclusions de l’EFSA qui pointe de nombreuses zones grises".



Si l’autorisation du glyphosate comme substance active est reconduite au niveau de l’UE, ce sera ensuite à chaque État d’autoriser les produits qui en contiennent, en encadrant leur usage "quand c’est justifié" selon les cultures, conditions climatiques et spécificités locales, précise un responsable européen. "Dans des cas extrêmes, des États peuvent théoriquement interdire tous les produits contenant du glyphosate", mais ils doivent pour cela avoir de solides justifications "dans le cadre des conditions" mentionnées dans le texte, ajoute-t-il. Le Luxembourg avait ainsi banni la commercialisation du glyphosate fin 2020 avant que la justice ne le contraigne en 2023 à lever cette interdiction.
Marina Fabre Soundron avec AFP
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