Publié le 08 février 2011

ENVIRONNEMENT

Brésil : la production de soja non-OGM recule

Les surfaces cultivées de soja non-transgénique ont sévèrement reculé ces dix dernières années au Brésil. La demande européenne pour le non-OGM suffira-t-elle à maintenir une production pérenne, encore défendue par quelques producteurs brésiliens ?

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Haricots de soja OGM

Europe : les culture de maïs OGM Mon810 en baisse

Selon les informations publiées par le site Inf'OGM, les surfaces cultivées avec du maïs transgénique Mon810 ont diminué entre 2009 et 2010 en Espagne, au Portugal et en Roumanie. Une tendance observée en 2009 qui semble donc se confirmer. L'organisation portugaise « Plataforma Transgénicos Fora » annonce que les cultures de maïs génétiquement modifié Mon810 ont diminué de 6,4%, tandis qu'en Espagne cette baisse atteint 10,9%. En Roumanie, ces cultures sont passées de 3244 ha en 2009 à 823 ha en 2010. Cependant, souligne le site, dans trois pays - Allemagne, Suède et République Tchèque - 2010 a également été l'année des premières cultures de pomme de terre transgénique Amflora...

En 2011, les trois quart des plants de soja brésiliens seront génétiquement modifiés. La surface cultivée dédiée au soja transgénique aura donc triplé depuis 2004, date à laquelle le parlement brésilien votait une loi autorisant la culture des OGM dans le pays. Leader de la production mondiale de soja non-transgénique et premier fournisseur pour le marché européen, le Brésil semble donc changer de cap. En témoignent les nouvelles variétés de semences de soja mises sur le marché : la quasi-totalité d'entre elles sont aujourd'hui transgéniques.

Loin d'être un cas isolé, le semencier Belagrícola, implanté dans l'Etat de Paranã au sud du Brésil, rapportait récemment au journal brésilien Vida no Campo avoir vendu seulement 18 000 sacs de semences de soja conventionnel en 2010, contre 40 000 l'année précédente. « En revanche, nos ventes de soja transgénique ont progressé de 30%, passant de 230 000 sacs à 300 000 », rajoute Wilian Guerreiro, gérant de la société. Soumis à la sévère concurrence des voisins américains et argentins, et sollicités par une demande chinoise de plus en plus forte, les agro-industriels brésiliens empruntent donc la voie des OGM, entraînant dans leur sillon semenciers et producteurs. Au point que l'Etat du Mato Grosso, au centre du Brésil, bastion historique de la production de soja non-OGM, consacre aujourd'hui 66% de ses surfaces cultivées au transgénique.

"Développer une offre indépendante"

Face à ce ras-de marée en grande partie orchestré par les géants de l'agro-business (ADM, Bunge, Cargill, Dreyfus et Monsanto), certains producteurs craignent de ne plus pouvoir s'approvisionner en semences conventionnelles. En partenariat avec l'Embrapa, institut de recherche agronomique publique brésilien, deux associations de producteurs ont donc initié le programme de recherche « Soja Libre » en novembre dernier, pour développer de nouvelles variétés de soja conventionnel. Une vingtaine de producteurs du Mato Grosso testeront la rentabilité et la résistance de treize nouvelles variétés dont la récolte est prévu pour 2013. Glauber Silveira, président de l'association Aprosoja Brasil et co-initiateur du programme, souligne la nécessité de s'affranchir de la mainmise des multinationales. « Ce sont les multinationales qui dictent les variétés de semences mises sur le marché. Cette dépendance est trop dangereuse. Nous devons profiter des compétences scientifiques de l'Embrapa pour développer une offre indépendante. » D'autant que les producteurs de soja transgénique doivent payer des royalties à la compagnie Monsanto qui détient les brevets sur les semences, dont le montant ne cesse d'augmenter ces dernières années.

La demande européenne suffira-t-elle à maintenir le marché brésilien ?

Au regard du montant de ces royalties versées à Monsanto (30% du prix de vente au kilo), la culture de soja non-OGM ne présente pas un surcoût insurmontable pour les producteurs. En revanche, le système de contrôle et de traçabilité des semences conventionnelles reste à leur charge. Ainsi que le maintien d'infrastructures de distribution parallèle, garanties 100% non-OGM. Pour le géographe Hervé Théry, directeur de recherche au Centre de recherche et de documentation des Amériques, « les importateurs européens doivent donc maintenir des conditions favorables s'ils veulent garantir l'offre brésilienne. » Pour l'heure, les européens versent une prime de 70 à 100 euros la tonne aux producteurs brésiliens de soja conventionnel. Mais la pression chinoise pourrait changer la donne. Aujourd'hui, 50% des exportations de soja brésilien sont destinées à l'Asie et en particulier au marché chinois, qui se soucie peu de la nature génétique de sa marchandise. Les producteurs brésiliens risquent donc de se tourner définitivement vers ce marché asiatique, affranchi des contraintes liées au commerce de soja non-OGM.

Le cas échéant, l'Europe pourra alors se tourner vers l'Inde, dont la production de soja est exclusivement non-OGM. Mais le circuit indien manque encore cruellement d'infrastructures de distribution pour mettre en place une filière d'approvisionnement internationale. Le maintien de l'offre brésilienne est donc un véritable enjeu pour les agro-industriels européens soumis à une forte pression des consommateurs.

Car si l'étiquetage des OGM dans les produits finis alimentaires est obligatoire en Europe depuis 2004, la question de l'alimentation animale fait encore débat. Au grand dam des associations de consommateurs et de protection de l'environnement, 80% des importations en la matière contiennent des OGM. Ces organissations, Greenpeace en tête, font donc pression sur la Commission Européenne pour imposer un étiquetage spécifique. Pour l'heure, l'instance européenne résiste - avec l'appui des lobbies industriels - mais l'exigence des consommateurs incite déjà certains distributeurs à engager des démarches volontaires. C'est le cas le Carrefour qui lançait en octobre dernier l'étiquette « Nourri sans OGM » (voir article lié). Une initiative qui pourrait inspirer ses concurrents. Et relancer le marché brésilien ?

Anne Farthouat
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