Publié le 28 novembre 2017

ENVIRONNEMENT

Les 5 points à retenir, si vous n'avez rien compris à l'affaire du glyphosate

À l'issue d'une longue bataille, la licence du glyphosate vient d'être renouvelée pour 5 ans dans l'Union européenne, contre l'avis de la France. Mais pourquoi cette substance pose problème ? Pourquoi est-elle autorisée si elle a été jugée cancérogène probable par l’Organisation mondiale de la Santé ? Novethic vous résume en cinq points les principaux enjeux du glyphosate, l’agent actif du désherbant le plus vendu au monde, le Roundup. 

Après des années d'atermoiements, les pays européens ont renouvelé la licence du glyphosate pour 5 ans.

1 – Mais en fait, c’est quoi le problème avec le glyphosate ?

Le glyphosate est un agent actif utilisé dans plusieurs désherbants, dont le produit phare de Monsanto, le Roundup. En 2015, l’OMS, organisation mondiale de la Santé, l’a classé comme perturbateur endocrinien et cancérogène probable pour l’Homme. Mais à l’automne de la même année, l’EFSA, l’Autorité européenne de sécurité des aliments, a estimé que le glyphosate ne présentait aucun danger. Problème : l’ONG autrichienne Global 2000 a prouvé que des passages entiers du rapport de l’EFSA étaient, mot pour mot, des copier-coller du rapport que Monsanto a déposé pour demander un renouvellement de son produit. C’est pourtant sur cette étude, et sur celle de l’Agence européenne des produits chimiques – accusée de conflits d’intérêts - que s’est basée la Commission européenne pour proposer un renouvellement du produit phytosanitaire.

2- Du coup, pourquoi la Commission a tardé à trancher ?

La Commission européenne a régulièrement fait des propositions de renouvellement aux 27 États membres. Début 2016, elle a d’abord proposé une autorisation pour 10 ans du glyphosate, contre les 15 demandés par Monsanto. Mais les pays membres ne se sont pas entendus et aucune majorité qualifiée, soit 55 % des pays représentant 65 % de la population, ne s’est dégagée. Face au refus des États membres, la Commission a alors proposé une période de 7 ans, toujours sans succès. C’est en l’abaissant à 5 ans qu’elle a réussi à convaincre la majorité des pays. 18 Etats ont voté pour une autorisation de 5 ans du glyphosate le 27 novembre 2017. L’Allemagne, qui s’était toujours abstenue lors des précédents votes, a fait pencher la balance en se rangeant du côté de la Commission.

3- Et la France, que veut-elle ?

La France compte interdire sous trois ans le glyphosate sur son territoire. Chaque État membre peut en effet faire son choix. Le président Macron a été clair : "J’ai demandé au gouvernement de prendre les dispositions nécessaires pour que l’utilisation du glyphosate soit interdite en France dès que des alternatives auront été trouvées, et au plus tard dans 3 ans", a-t-il tweeté. Le Premier ministre Édouard Philippe a ainsi demandé aux ministères de l’Agriculture et de l’Écologie de lui fournir, d’ici la fin de l’année 2017, un rapport sur les alternatives au glyphosate. Le but est d'accompagner les agriculteurs dans cette mutation.

4 – Dans ce cas, pourquoi Nicolas Hulot et Stéphane Travert se contredisent ?

Si les propos du Premier ministre et celui du Président concordent, ce n’est pas le cas des deux ministères en charge du dossier. Le ministre de l'Écologie, Nicolas Hulot, est poussé par les organisations environnementales. Lui-même est d'ailleurs issu de ce milieu. Il plaide donc pour une interdiction du glyphosate sous 3 ans. Un délai qu'il juge "raisonnable". À l'inverse, les agriculteurs de la FNSEA, principal syndicat agricole font pression sur Stéphane Travert, ministre de l'Agriculture. Ce dernier plaide en leur faveur et demande une sortie progressive du glyphosate sous 5 ans. Quitte à se féliciter la décision de l'Union européenne à laquelle la France s'est pourtant opposée.

5- Au final, c'est possible d'interdire le glyphosate sous 3 ans ?

Pas selon la FNSEA. Le syndicat affirme qu’il n’existe "aucune alternative" au glyphosate. Son interdiction mettrait "les agriculteurs dans une impasse technique", estime Christiane Lambert, présidente du syndicat. Il faut dire que les deux tiers des agriculteurs français épandent du glyphosate dans leurs champs. Une agriculture post-glyphosate nécessite de changer totalement le modèle de production. "Il faut allonger les rotations et accepter de produire moins mais mieux", explique Stéphanie Pageot, président de la Fédération Nationale de l’Agriculture Biologique. Une perte de rentabilité, dans un premier temps, pour les agriculteurs, qui n’accepteront pas cet effort sans une aide de l’État.

Marina Fabre @fabre_marina


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