Publié le 23 février 2017

ENTREPRISES RESPONSABLES

Uberisation : de Paris à Londres, les lignes bougent

Syndicats de VTC et représentants d’Uber discutent, cette semaine à Paris, des conditions de travail et de rémunération des chauffeurs. Parallèlement, à Londres, plusieurs plateformes, dont Uber, ont reconnu qu’elles seraient toujours "viables" si elles employaient des salariés et non plus des travailleurs indépendants. La loi britannique pourrait bientôt les y inciter. Explications.

Dan Warne, directeur de la plateforme de livraison de repas Deliveroo, concède que l'entreprise resterait viable si une nouvelle loi imposait de ne plus s’appuyer sur les auto-entrepreneurs.
Daniel Leal-Olivas / AFP

Et si Uber était en voie de changer ses pratiques ? Pour la première fois en France, hier, les syndicats VTC (véhicules de transport avec chauffeur) et les représentants de la plateforme de réservation se sont entretenus. 

Depuis des mois, les chauffeurs VTC multiplient les manifestations. Ils réclament de meilleures conditions de travail et une meilleure rémunération. "Je travaille 70h par semaine et je gagne entre 1100 et 1200 euros par mois", témoignait alors un chauffeur.

En décembre, la hausse des commissions d’Uber, passées de 20 à 25%, a mis le feu aux poudres. "Rien ne la justifie. Uber n’a aucun coût lié aux voitures : le gazole, les réparations, la TVA... Tout est à la charge du chauffeur", expliquait Helmi Mamlouk, président de CAPA-VTC. 

Hier, un "vrai dialogue" a commencé, estime le syndicat. Rien de concret pour le moment, mais à l’issue de la réunion de cinq heures, Uber s’est engagé à évoquer sa politique tarifaire le 15 mars prochain.

 

La fin de la "gig economy" ?

 

De l’autre côté de la Manche, les lignes semblent également bouger. Hier, Amazon, Deliveroo, Hermes et Uber, quatre entreprises incarnant la "gig economy" – littéralement "l’économie des petits boulots", ont été interrogés par les députés britanniques du Comité des travaux et pensions. 

90 minutes au cours desquelles les quatre entreprises ont reconnu qu’elles seraient "encore viables" si une nouvelle loi leur imposait de ne plus s’appuyer sur les auto-entrepreneurs. "Nous ne fermerions pas', a déclaré Dan Warne, le directeur de Deliveroo, plateforme de livraison de repas. "Nous continuerions à fonctionner comme une entreprise", a ajouté Carole Woodhead, cheffe de la direction de Hermes, plateforme de livraison de colis. 

Les députés ont vivement critiqué le statut d’auto-entrepreneur imposé aux chauffeurs VTC, qui les prive d’un salaire minimum, d’une assurance ou encore de congés maladies. Un manque à gagner pour le Trésor britannique, dont le déficit est estimé à 6 milliards de livres sterling. 

 

Flexibilité unilatérale

 

Les quatre entreprises ont tout de même défendu une "flexibilité" de l’emploi "nécessaire". "Une flexibilité unilatérale" a rétorqué le président du comité Frank Field. Ce député travailliste est un fervent partisan d’un salaire minimum (après prise en compte des frais d’essence et d’assurance) pour les travailleurs indépendants liés à des sociétés comme Uber ou Hermes. 

La première ministre Theresa May a justement lancé une enquête sur le sujet afin de revoir la loi. Une loi "obsolète", selon les quatre entreprises. "Il y a très peu de clarté dans le droit du travail. Vous ne savez pas où se trouve la limite", a expliqué Andrew Byrne, responsable de la politique publique d’Uber au Royaume-Uni. 

En France, plusieurs plaintes ont été déposées pour "salariat déguisé" contre Uber. Le syndicat Unsa s’apprête à entamer une procédure collective de requalification en salariat pour ses chauffeurs VTC. 

Marina Fabre
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