Publié le 26 novembre 2021

ENTREPRISES RESPONSABLES

Secoya veut réduire l’empreinte environnementale des tournages

Depuis dix ans, le secteur de l’audiovisuel français opère une lente mue afin de réduire son empreinte environnementale. Fondée par deux régisseurs, la startup française Secoya – Ecotournage a développé des outils pour rendre les tournages plus verts, comme un calculateur d'émissions de CO2, et forme les équipes de production. Elle travaille avec de grands groupes comme TV5 ou Canal+. Portrait.

Photo Tournage Secoya 1
Un tournage où travaille une équipe de la start-up Secoya.
Crédits : Secoya

Un chiffre pour mettre en lumière une réalité invisible aux yeux de la plupart des amateurs de cinéma, de streaming ou de télévision. Selon la dernière étude sectorielle de l’association Ecoprod, 1,7 million de tonnes de CO2 sont émises chaque année par le secteur de l’audiovisuel. Autre chiffre éloquent : produire une heure de télévision émettrait selon Ecoprod 10 tonnes de CO2, soit l’empreinte carbone moyenne d’un Français sur un an.

Ce vaste chantier de la réduction de l’empreinte environnementale de l’audiovisuel, Mathieu Delahousse, régisseur depuis 20 ans, a voulu s’y atteler à son échelle en cofondant la startup Secoya – Ecotournage. Il raconte son déclic assis à son bureau, devant une affiche du film de science-fiction français Gargarine : "Il y a quatre ans, j’ai ressenti une forme de dissonance cognitive entre ma passion, mon métier de régisseur dans l’audiovisuel, peu avancé sur la question de l’impact environnemental, et ma prise de conscience écologique."

En 2018, Mathieu Delahousse cofonde officiellement la startup avec Charles Gachet-Dieuzeide un ami et confrère professionnel depuis dix ans. Ils se lancent peu après "sur le terrain" en travaillant sur des petits tournages, puis sur la saison 3 de la série à succès Baron noir produite par Canal +. Il raconte : "On était les hommes de ménage écoresponsables du tournage. Dans l’ombre, notre action était simple et concrète : mettre à disposition des gourdes, des gobelets et trier les déchets."

Sensibiliser et former un secteur en mutation

Peu après, les deux amis sont invités au Festival de la Fiction à la Rochelle qui souhaite s’ouvrir sur le thème de l’écoresponsabilité dans le secteur. De cette mise en lumière découlera de nombreux rendez-vous avec les directions RSE de grands groupes, comme Vivendi par exemple. "Pour vraiment réduire l’empreinte environnementale des tournages, il faut embarquer chaque corps de métier, du début à la fin du projet. Notamment les personnes décisionnaires qui définissent la logistique d’un tournage", explique l’entrepreneur de 42 ans.

C’est la raison pour laquelle une grande partie de l’activité de Secoya consiste à faire du conseil et de la formation "sur mesure" en fonction des projets. Concrètement, la startup va travailler avec les productions sur des thématiques inspirées par la norme environnementale ISO 26 000 et les Objectifs de Développement Durable (ODD) : alimentation locale, réduction et valorisation des déchets, maîtrise de l’énergie, mobilités alternatives, choix de matériels écoresponsables, mesure à l’avance de l’impact carbone d’un tournage. Sur ce dernier volet, Secoya met à sa disposition l’outil "Seco2", un calculateur d’émissions gratuit et basé sur l’expertise de l’Ademe.

Mathieu Delahousse commente : "Notre but n’est pas d’atteindre la perfection mais d’aider tous nos clients à tendre vers plus d’écoresponsabilité. L’audiovisuel français part de très loin. Mais petit à petit, les acteurs du secteur comprennent que réduire son empreinte environnementale permet de réduire ses coûts et de valoriser son image auprès des publics."

Croissance du chiffre d'affaires

Après quatre années d’existence, ce travail de défricheur commence à porter ses fruits économiquement. Secoya est globalement en croissance avec un chiffre d’affaires 2021 estimé par Mathieu Delahousse à 300 000 euros environ. En tout, 80 projets audiovisuels (films, séries, publicités) ont été accompagnés par la société, 5000 professionnels ont été "sensibilisés" à travers des formations ou du consulting et 400 solutions concrètes ont été référencées. Des groupes audiovisuels comme Canal +, TV5 Monde, Bonne Pioche, Haut et Court travaillent régulièrement avec Secoya.

En France, un écosystème d’acteurs de l’audiovisuel est en train d’émerger. Parmi eux, on trouve l’association Ecoprod créée en 2009 sous l’impulsion de France Télévision et de l’Ademe. Elle sensibilise le secteur via une charte de bonnes pratiques et la publication d’études. On trouve aussi l’agence de placement de produits écoresponsables Pixetik inspirée par l’agence américaine Green Product Placement. Enfin, de plus en plus de postes "d’eco-manager" sont financés par les productions en interne. Un chemin est ouvert.

Mathieu Viviani @Mathieu Viviani 


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