Publié le 18 février 2020

ENTREPRISES RESPONSABLES

Se chauffer ou se déplacer pour moins cher... 35 banques et grandes entreprises s’engagent pour les plus fragiles

Il y a un an, Emmanuel Faber, le DG de Danone et Thomas Buberl, celui d'Axa, lançait le "collectif d’entreprises pour une économie plus inclusive". Il réunit aujourd'hui 35 grandes entreprises. Après des premières annonces sur l’emploi des jeunes, ce sont les ménages les plus modestes qui sont ciblés. Un écosystème mêlant banques et entreprises devra permettre de proposer des biens et de services adaptés destinés à baisser leurs dépenses contraintes en termes de mobilité, de chauffage, d’assurances ou de télécommunications.  

Le collectif d'entrepises pour une économie plus inclusive regroupant 35 banques et grandes entreprises s’engagent à faire baisser les dépenses contraintes des plus fragiles.
@baramee2554

Se déplacer, téléphoner, se chauffer… Pour les familles les plus pauvres, ces dépenses dites "contraintes" peuvent représenter jusqu’à 60 % de leur budget. Leur part croissante était au centre des revendications des Gilets Jaunes. Elles ont désormais l’attention d’un collectif de 35 grandes entreprises françaises (1) qui se sont engagées il y a un an pour une économie plus inclusive. Dans leur manifeste elles promettaient notamment de mettre en place des dispositifs et des offres de biens et de services destinés à "aider celles et ceux qui ont du mal à boucler les fins de mois".

Un programme pilote, présenté mi-février, va permettre de concrétiser cette promesse auprès d’une première vague de 200 000 ménages identifiés comme fragiles par les banques du collectif : BNP Paribas, BPCE, Crédit Agricole ou Crédit Mutuel. "Nous avons travaillé en mettant ces ménages au centre de nos préoccupations et en examinant comment le collectif pouvait les accompagner pour réduire leurs dépenses", souligne Jean-Laurent Bonnafé, PDG de BNP Paribas.

Un modèle économique à trouver

Première étape : les banques, qui ont une connaissance fine des difficultés rencontrées par ces foyers, définissent leurs propres critères pour définir les publics ciblés. Par exemple, pour BNP Paribas, ce sera ceux gagnant moins de 1900 euros par mois et ayant connu une difficulté bancaire comme un impayé dans les derniers mois. Chaque banque mettra ensuite en avant les offres des entreprises partenaires via une plateforme en ligne ou son réseau d’agences spécialisées, priorité étant donnée à la mobilité, l’énergie, l’alimentation ou les télécommunications.

Un "ménage cible" pourra ainsi bénéficier de l’offre Club mobilité de Renault pour avoir accès à une voiture neuve via une location avec option d’achat adossée à un microcrédit, ou du Programme Malin offrant des réductions de 30 à 40% sur des produits d’alimentation infantile comme Blédina (Danone).

Dans ce dernier cas, "l’entreprise fait une croix sur ses marges mais prend aussi le risque d’une cannibalisation, c’est-à-dire de voir un ménage acheter moins cher un produit qu’il aurait acheté de toute façon. Nous le faisons car nous estimons que cela augmentera le reste à vivre du ménage", affirme Emmanuel Faber de Danone. Pas question cependant de verser dans la philanthropie pure. Il s’agit bien "de trouver un business model" pour ce type de public en trouvant le "bon réglage", précise-t-il.

Utiliser la force du collectif

Le collectif précise que "compte tenu de sa complexité technique et réglementaire", son déploiement prendra du temps. L’objectif est bien de l’étendre rapidement "pour toucher les presque quatre millions de ménages fragiles déjà identifiés". Pour ce faire, rien de tel que la "force du collectif", assure Jean Laurent Bonnafé. Pour le patron de BNP Paribas, une opération de ce type n’aura pas pu se concrétiser au sein d’une fédération professionnelle, trop unidimensionnelle pour appréhender la fragilité dans toutes ses dimensions, ou d’un organisme patronal, trop dépendant de la représentation de centaines d’entreprises loin d’être sur le même niveau d’ambition.

Cette "machine de guerre pour déployer l’inclusivité", selon les mots de Raphaèle Leroy, directrice de l'Engagement d'entreprise de la Banque de Détail de BNP Paribas, travaille également sur deux autres champs d’action : l’emploi des jeunes, en favorisant l’apprentissage et la formation, et les achats responsables.

Béatrice Héraud, @beatriceheraud  

(1)  Le collectif regroupe : Accenture France & Benelux, Accor, Groupe Adecco, Groupe ADP, AG2R La Mondiale, Axa, BNP Paribas, Groupe BPCE, Carrefour, groupe Casino, Covea, Credit mutuel alliance fédérale, Crédit Agricole, Groupama, Groupe CRIT, Danone, EDF, Elsan, Engie International SOS, Kering, Korian, L’Oréal, ManpowerGroup France, Microsoft France, Orange Groupe Renault, Rexel, Schneider Electric, Sodexo, Sonepar, Suez, Système U, Veolia et Vinci.

 

 


© 2022 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

ENTREPRISES RESPONSABLES

Entreprise responsable

Actualité nationale, européenne et mondiale quotidienne de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE).

Cannes Lion 2022 ban fossil fuel ads

Poussé par des agitateurs internes, le secteur de la publicité doit se réinventer

Encore une cérémonie bousculée ! Un ancien lauréat du Cannes Lion, grande fête de la publicité, a rendu son trophée pour dénoncer le soutien du festival aux "compagnies fossiles". Sous haute pression concurrentielle, parfois qualifié de verrouillé, le secteur de la publicité doit pourtant réinventer...

Arctic LNG 2 total energies russie novatek ru

Pourquoi TotalEnergies, de plus en plus isolée, s’accroche à la Russie

TotalEnergies est de plus en plus prise à partie pour sa présence en Russie. Des militants ont perturbé une table-ronde à laquelle participait son PDG tandis que deux ONG ont mis en demeure le groupe de cesser ses activités sur place, en s'appuyant sur son devoir de vigilance et le risque de...

Societes a mission CCO

La création du statut d’entreprise à impact, une "bascule" vers un nouveau modèle de capitalisme

Les patrons engagés signataires du "Manifeste pour l'économie de demain", dont la Maif, le groupe Le Bon Coin ou encore La Ruche qui dit oui, militent pour la création d'un statut à impact, à la fois plus contraignant mais aussi doté de contreparties comme des allégements de charges, des accès...

C I O

RSE : Pourquoi les "Chief Impact Officers" sont une bonne nouvelle pour réduire l'empreinte environnementale des entreprises

De plus en plus d’entreprises nomment des "Chief Impact Officers" au sein de leur comité exécutif. Si leurs missions s’apparentent à celle du "directeur développement durable" ou "de la RSE", elles permettent d'aller plus loin en amenant les entreprises à mesurer leurs progrès concrets en matière...