Publié le 20 février 2013

ENTREPRISES RESPONSABLES

RSE : les PME y gagnent

Dans les Alpes-Maritimes, 20 PME/PMI se sont portées volontaires pour se former et/ou structurer leur démarche RSE tout en réalisant un bilan carbone. Cette opération collective d'une durée totale de 18 mois, intitulée Performance globale 06, a été lancé par l'Union pour l'entreprise des Alpes-Maritimes. A mi-étape, la majorité des entreprises y voient déjà un retour sur investissement, qu'il soit économique, social ou environnemental.

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© BH

La responsabilité sociale/sociétale des entreprises : une démarche réservée aux multinationales ? Absolument pas. Et les PME peuvent même en retirer de très nets bénéfices. C'est ce que veut montrer l'UPE06 (1), l'Union pour l'entreprise des Alpes-Maritimes (qui regroupe les Medef et CGPME locales), qui a lancé il y a 10 mois l'initiative Performance globale 06, un programme d'accompagnement et de formation sur la RSE suivi par 20 PME/PMI (2) volontaires du département. Pendant 18 mois (12 mois d'opération, 6 mois de suivi) celles-ci sont accompagnées par 2 cabinets d'experts (30 jours) pour réaliser un diagnostic de leur situation RSE, faire un bilan des émissions de CO2 (3), entamer des démarches de structuration de leur politique RSE puis mettre en place d'un plan d'actions. Parallèlement 6 grandes PME ou filiales de grandes entreprises (EDF, Mane, Schneider Electric, Crédit agricole PACA, etc.) ont joué les marraines grâce à des rencontres thématiques.

« L'objectif était d'une part de mettre en valeur ce que les entreprises faisaient déjà et de leur permettre d'acquérir un supplément de compétences en encadrant leur démarche autour du bilan carbone et de la norme Iso 26 000 », résume l'une des accompagnatrices, Véronique Levy, co-gérante de Green communication. Pour financer le programme, qui revenait à 31 000 € par entreprise, un partenariat public/privé a conclu avec l'Ademe, l'Europe, la CCI Nice-Côte d'azur, les grandes entreprises marraines et le soutien de la région PACA, ce qui a permis de réduire le coût effectivement payé par les entreprises à 3 000€.

Une structuration de la démarche RSE des PME

A mi-parcours, les premiers résultats se font déjà sentir, se félicitent les initiateurs et entreprises concernées. Ne serait-ce que sur l'acquisition de compétences sur le sujet. « La loi nous fait avancer mais rien ne remplace une démarche portée par un chef d'entreprise. Par ailleurs, le diagnostic RSE réalisé dans le cadre Performance globale 06 (avec notamment un questionnaire très précis : ex : vos achats sont-ils responsables ? Tenez-vous un tableau de bord de vos consommations eau/énergie/carburants ? ou Avez-vous établi un processus d'écoute des propositions d'amélioration par vos salariés ?etc., ndlr) nous permet de réfléchir sur la cohérence de nos actions et la proposition de nouveaux services, comme la compensation carbone que nous aimerions proposer à l'avenir à nos clients », témoigne Siegfried Poppe, le directeur général du Marriott Cap d'ail. Pour certains, les résultats se font aussi sentir sur le business lui-même. « Le fait de structurer ma démarche RSE a clairement été un atout pour décrocher 2 contrats avec un équipementier allemand qui avait consacré tout un chapitre à la RSE dans son appel d'offre. Cela représente 10 millions d'euros de chiffre d'affaires sur 10 ans », affirme de son côté Laurent Coyon, le pdg de la société d'optique industrielle Savimex (78 personnes, 9 M€ CA en 2011).

De nouveaux marchés

Sur le plan environnemental, « la prise en compte des enjeux environnementaux, notamment avec le bilan des émissions de CO2, a permis de remettre l'environnement au cœur de la stratégie et de la création de nouveaux produits et de services éco-conçus », estime l'UPE06. C'est notamment le cas de Help !, une société de location et de dépannage automobile. Cette petite entreprise de 19 personnes (3,3 M€ CA 2011), a lancé une nouvelle activité dont le jeune patron, Laurent Baile, espère beaucoup : «gérer les pollutions générées par un accident de manière plus écologique». De quoi s'agit-il ? « Jusque-là, on épandait du sable mais celui-ci est facilement balayé par la pluie, parfois même avant que la flaque de pétrole soit éliminée, ce qui peut provoquer de nouveaux accidents. J'ai donc cherché un produit biodégradable qui boit la pollution et l'élimine complètement. En plus, c'est la logique du pollueur-payeur qui s'applique car c'est à l'assurance du véhicule en tort de prendre en charge la dépollution. » Pour cette année, le chiffre d'affaires généré par cette nouvelle activité est estimé à 120 000€.

La démarche a aussi été un déclic pour Benoît Rey, pdg d'Areco, une entreprise (32 personnes, 6,2M€ CA en 2011) spécialisée dans les systèmes de nébulisation qui permettent notamment une meilleure conservation des fruits et légumes dans les supermarchés. « Un appel d'offre d'une multinationale pour des présentoirs en magasin comportait une grosse partie RSE. Comme nous venions de formaliser les choses avec Performance globale cela m'a permis d'y répondre. L'entreprise était intéressée par notre offre mais le montant de l'investissement la faisait hésiter car nos systèmes sont faits pour durer 25 ans au moins ! J'ai repensé au concept d'économie de fonctionnalité et nous avons proposé une simple location. Nous allons développer ce système pour d'autres clients », explique le patron avec enthousiasme. Plus largement, la société qui avait déjà mis en place plusieurs actions dans les domaines sociaux, environnementaux et de gouvernance mesure aujourd'hui mieux la performance globale de ces dernières. A titre d'exemple, le changement d'un de ses fournisseurs de composants électroniques défaillant a permis de compenser l'augmentation du prix par une baisse des coûts de tests et de gaspillage, d'éviter les tâches répétitives liées aux tests devenus systématiques pour les employés, d'éliminer 40% de rebuts et de baisser de 40% l'émission de CO2 liées au transports...

Pour l'aspect social, les résultats sont sans doute plus difficiles à mesurer mais les entreprises ont globalement bien intégré cette dimension, avant même de participer à Performance globale 06, comme WIT, une entreprise spécialisée dans les systèmes de pilotage de la maîtrise de l'énergie et de l'eau (60 personnes, 7 M€ de CA en 2011), devenu un exemple en la matière (handicap, bien-être, implication des salariés, etc.) pour la région. La démarche PG06 a donc plutôt entraîné la directrice générale, Fabienne Gastaud, à aller plus loin en matière de gouvernance : « par exemple nous allons travailler à plus de transparence avec nos fournisseurs en leur expliquant les critères de sélection et la justification des refus. Nous allons les rencontrer au moins 1 fois par mois pour qu'une vraie relation puisse s'établir », détaille-t-elle.

Une démarche d'avant-garde

Au-delà de ces résultats, c'est l'enthousiasme de ces patrons, tous convaincus de longue date par les apports de la RSE, qui frappe. Un enthousiasme qui n'était pas partagé au sein du conseil d'administration de l'UPE06, contre lequel son président, Yvon Grosso, a dû batailler. « J'ai commencé à en parler en 2010, avant que la norme ISO 26 000 et l'article 225 sur le reporting ne soient officiellement sortis. Beaucoup restaient sceptiques sur la pertinence d'un programme RSE à 630 000 €. Aujourd'hui, être à l'avant-garde, c'est avoir une démarche RSE. Cela vaut notamment pour les PME/PMI, qui composent 94% des entreprises de notre département. Tout le monde est gagnant : les petites entreprises, les grandes qui se nourrissent de leurs expériences et peuvent y puiser d'éventuels sous-traitants mieux formés, et la société. »

La démarche devrait d'ailleurs être poursuivie et donner lieu à une deuxième promotion, puis s'étendre à d'autres départements et/ou région. Elle devrait cependant être un peu remaniée et élargie aux parties prenantes comme les syndicats. A la demande notamment des entreprises soucieuses de pouvoir faire reconnaître leur travail, l'UPE06 réfléchit aussi à la création d'un label territorial (lié aux enjeux RSE de chaque département).

(1) L'UPE 06 regroupe 10 500 entreprises.

(2) Au sens de l'Union européenne c'est-à-dire moins de 250 personnes et moins de 50 millions d'euros de chiffre d'affaires.

(3) La méthode utilisée par Performance Globale 06 s'appuie sur la Base Carbone® Ademe. Le périmètre d'évaluation est cependant étendu au scope 3 (mode d'organisation de l'entreprise, fournisseurs et clients).

Béatrice Héraud, à Nice
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