Publié le 31 décembre 2015

ENTREPRISES RESPONSABLES

RSE : Comment mieux intégrer les aspects environnementaux et sociaux dans la gestion de l’entreprise ?

Intégrer le coût de la restauration des dégradations environnementales et sociales dans la comptabilité de gestion des entreprises, c’est l’ambition de Compta Durable. Ce cabinet a développé une méthode pour aider les entreprises à piloter au mieux leur stratégie RSE. Décryptage.

Comptabilité durable istock bourgeon billets
image d'illustration
istock

La comptabilité environnementale prend peu à peu ses marques. A côté du compte de résultat environnemental, largement médiatisé avec sa mise en place par la marque PUMA et le groupe Kering (ex-PPR), d’autres méthodes commencent à voir le jour. Un petit cabinet indépendant, Compta Durable, teste actuellement une méthode novatrice. Baptisée CARE – pour "comptabilité adaptée au renouvellement de l’environnement" - elle s’appuie sur les travaux de Jacques Richard, professeur émérite de l’université Paris-Dauphine, expert-comptable et commissaire aux comptes.  

Elle "défend une vision forte de la soutenabilité : son objectif est d’assurer la conservation du capital environnemental et du capital humain, par la restauration systématique de leurs potentiels productifs. Fondamentalement, CARE prend à revers le principe posé du développement durable qui consiste à dire que l’on s’endette auprès des générations futures. Ici, il s’agit d’une obligation interne de la génération actuelle de réparer 'sa' dégradation des capitaux", explique le cabinet.

 

Mesurer pour mieux réparer sa dette de dégradation                    

 

Comment ? Le modèle est basé sur l’idée que l’entreprise qui dégrade ses capitaux – financiers, humains et/ou naturels – doit les réparer. "Nous partons de la mesure de l’entreprise de l’utilisation de ces différents capitaux. Pour certaines, notamment les plus grandes, ce sera plus facile car elles disposent de nombreux indicateurs. Puis nous les confrontons à l’évaluation scientifique du seuil limite de dégradation pour le maintien des fonctions environnementales et sociales. Pour cela, nous faisons appel à une cellule de recherche composée d’urbaniste, d’ergonome, d’écologue, d’informaticien, etc. C’est l’écart de durabilité entre les deux valeurs qui nous intéresse", explique Hervé Gbego, fondateur et président de Compta durable.

Le calcul du coût nécessaire à la restauration et au maintien des différents capitaux est ensuite intégré dans le bilan et le compte de résultat CARE. Par exemple, une entreprise va indiquer le nombre d’arrêts maladie qu’elle enregistre chaque année. Un spécialiste va ensuite établir le seuil limite d’absence qui nuirait à l’entreprise. De cet écart, va naître un coût intégré à la comptabilité de l’entreprise. L’entreprise paie donc pour prévenir l’impact de ses activités sans attendre que cet impact soit effectif. Par ailleurs, ce coût est intégré dans le bilan comptable et pas uniquement dans le compte de résultat.

 

Gérer les risques, optimiser les coûts

 

L’idée est de pousser l’entreprise à améliorer ses pratiques par une meilleure identification des problèmes (gestion des risques) tout en optimisant ses coûts. Une évaluation est donc reconduite chaque année pour voir si des actions correctrices ont pu réduire les pollutions, maladies professionnelles… observées dans le bilan initial. A terme, l’objectif est de permettre à l’organisation d’obtenir des subventions ou des exonérations fiscales. "Cela lui permettrait de financer ses actions de réparation", précise Hervé Gbego.

Pour l’instant cependant, l’heure est davantage à l’expérimentation. Cette année, un supermarché et une société de métallurgie vont démarrer l’expérience, avec le soutien de l’Ademe. "Aujourd'hui, il s’agit plutôt de petites sociétés mais tous les secteurs et tailles d’organisations sont concernés », souligne Hervé Gbego. Et l’expert-comptable et commissaire aux comptes en est convaincu : l’implication de sa profession et la transformation de la comptabilité sont clés pour amener les entreprises à intégrer le développement durable dans leur stratégie.

Béatrice Héraud. Article initialement publié dans L’essentiel de la RSE N°108, janvier 2015
© 2021 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

Pour aller plus loin

RSE : où va la fonction développement durable ?

Il existe près de 200 directions développement durable (DD et RSE) en France aujourd’hui et près de 10 000 entreprises rapportent sur les sujets relatifs au développement durable. "Pour elles, le temps de la mission de la conformité est terminée. S’ouvre le temps de la mission de...

Hélène Valade : "La COP21 est une récompense des efforts des directeurs développement durable"

A l’occasion de la COP21, les entreprises sont nombreuses à afficher leurs engagements contre le changement climatique. Mais comment les directeurs développement durable, qui sont à la...

Vigeo fusionne avec la britannique EIRIS pour faire face à un marché de la notation sociale devenu ultra-concurrentiel

Vigeo, l’agence française d’analyse des entreprises sur des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), dirigée par Nicole Notat, et EIRIS, son homologue britannique, ont confirmé leur fusion mardi 13 octobre. Leur objectif : former un attelage visible au plan international...

Labels Novethic 2015 : une forte reconnaissance européenne

Le centre de recherche de Novethic publie aujourd’hui la liste des fonds labellisés en 2015 dans les deux catégories proposées : ISR et fonds verts....

Plateforme RSE : un an après, quel bilan ?

Mise en place il y a un peu plus d’un an, la Plateforme d’actions globales pour la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) a adopté son texte de référence, qui pose les bases d’une définition commune de la RSE. Les 48 membres (organisations patronales, syndicales, ONG, directeurs...

ENTREPRISES RESPONSABLES

Entreprise responsable

Actualité nationale, européenne et mondiale quotidienne de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE).

Deforestation amazonie double en un an Greenpeace

Devoir de vigilance : les entreprises sont de plus en plus poursuivies en justice par des ONG

La France a été le premier pays de l'Union européenne à se doter d'une loi sur le devoir de vigilance obligeant les multinationales à prendre en compte leurs impacts environnementaux et sociaux sur l'ensemble de leurs chaînes de valeur. Deux ans après, onze procédures ont été lancées contre Casino,...

Reporting alphaspirit

Reporting ESG : la France veut faire preuve d’exemplarité au risque de la complexité

Comment traduire la loi Pacte en pratiques environnementales et sociales homogènes des entreprises pour démontrer l’excellence française ? Comment imposer par la loi de nouvelles obligations de reporting sur le climat et la biodiversité aux investisseurs ? Le gouvernement accélère pour rendre plus...

Olivia Gregoire secretaire d E tat Bercy Clarisse Gallois Hans Lucas Hans Lucas via AFP

Le gouvernement lance Impact, une plateforme pour enseigner aux entreprises le reporting extra-financier

Faire des rapports sur des données financières, c’est facile pour une entreprise. Mais reporter son impact environnemental, être transparent sur ses vertus sociales ou mesurer sa gouvernance, un casse-tête pour des milliers de PME qui devront pourtant se prêter à l’exercice dès 2023 selon le droit...

Les écarts salariaux dans les grands groupes deviennent un risque RSE surveillé par les actionnaires

Les rémunérations ahurissantes des dirigeants de grands groupes cotées ne passent plus. Aussi bien aux États-Unis qu’en Europe, les votes contre les rémunérations se sont enchaînés comme jamais lors des premières assemblées générales qui se sont tenues en 2021. En pleine crise sanitaire, quand ces...