Publié le 07 octobre 2020

ENTREPRISES RESPONSABLES

Reporting extra-financier : les entreprises françaises sur la (lente) voie de la transformation durable

Les entreprises montrent de mieux en mieux comment elles intègrent les questions environnementales, sociales et de gouvernance dans leurs activités. C’est ce qui ressort de l’analyse des déclarations de performance extra-financières des grandes entreprises françaises. Reste à l'intégrer efficacement dans le business des entreprises et à en mesurer pleinement l'impact économique pour évaluer si elles sont bien sur la voie d’une transformation durable.

Dpef CCO
Selon l'analyse des déclarations de performance extra-européennes françaises, les entreprises montrent de mieux en mieux comment elles intègrent les questions environnementales, sociales et de gouvernance dans leurs activités.
@CCO

Alors que l’évaluation de la performance extra-financière des entreprises devient incontournable pour les investisseurs ou les États, les grandes sociétés du SBF120 font de plus en plus d’efforts pour mettre en valeur leurs engagements de responsabilité sociétale des entreprises (RSE) et la façon dont ceux-ci transforment leur business. C’est ce que montrent les différentes analyses les dernières déclarations de performances extra-financières (DPEF) et de reporting intégrés (1).

"La RSE est de plus en plus clairement connectée voire intégrée à la stratégie de l’entreprise", souligne Éric Duvaud, associé du cabinet EY en charge de l'équipe Performance durable et Transformation. La part des sociétés du SBF120 formalisant une démarche RSE, avec une feuille de route pluriannuelle est passée de 41% à 76% entre 2016 et 2020. Par ailleurs, 84% des entreprises se fixent désormais des objectifs quantitatifs datés, notamment en matière de neutralité carbone. Les dirigeants ont de plus en plus intérêt à les atteindre : 77% du SBF 120 intègrent des critères RSE dans leur rémunération, constate l’étude du Medef réalisée en partenariat avec Deloitte et EY.

Manque de mesure économique

En poussant les entreprises à mettre en forme leur modèle d’affaires, à se doter d’indicateurs pertinents (KPIs) et les obligeant à cartographier leurs risques extra-financiers, l’exercice de la DPEF est aussi un accélérateur de transition en ancrant la RSE dans la stratégie. 57 % des entreprises répondantes à l’étude de Tennaxia/Bpifrance/Euronext Corporate (2) services assurent ainsi que celle-ci les a aidées à concilier leur stratégie financière et extra-financière. 

Pour autant, si la prise de conscience est là, reste à la traduire concrètement dans les modèles d’affaires. Les Objectifs de développement durable (ODD) par exemple, servent davantage à la communication qu'à la transformation effective des business models, pour le mettre en perspective avec les enjeux de société, regrette le cabinet BL évolution (3). "Ce qui manque, c’est la mesure économique de ces plans RSE, en étudiant les impacts positifs ou négatifs qu’ils génèrent avec une trajectoire à long terme. Cela est à la fois nécessaire pour piloter la création de valeur et c’est de plus en plus demandé par les investisseurs", pointe Éric Duvaud.

Vers une logique de reporting intégré

Aujourd’hui ces derniers ne trouvent pas totalement leur compte dans les DPEF. Ils estiment manquer de données comparables et projectives pour réellement évaluer la durabilité des entreprises, ce qui va pourtant leur être demandé dès 2021 dans l’Union européenne. Et ce, même si les entreprises utilisent de plus en plus les référentiels internationaux reconnus comme les ODD, les principes établis par la task force sur la transparence des risques financiers liés au climat (TCD) ou, dans une moindre mesure, la Global Reporting Initiative (GRI).

Des manques qui pourraient en partie être comblés par la révision de la directive sur le reporting extra-financier prévue au printemps 2001 par l’Union mais aussi par la diffusion plus large de la logique de reporting intégré. Il s'agit de mêler les informations financières et extra-financières des entreprises. EN 2015, trois entreprises le pratiquaient, elles sont 47 aujourd'hui, constate Capitalcom dans son étude annuelle sur le sujet (4). "C’est désormais un document stratégique et prospectif de référence pour toutes les parties prenantes : il formalise le cap, la vision, la façon avec laquelle les axes stratégiques de l’entreprise sont orientés", estime ainsi le cabinet de conseil en communication financière.

Cette déclaration de performance intégrée, pour l’instant réalisée de façon volontaire par les entreprises devrait ainsi devenir la norme estime un collectif d’entreprises, d’associations professionnelles et d’ONG dans une tribune publiée sur Le Monde. Elle "permettrait d’accompagner au plus près l’indispensable transition écologique" des entreprises et, dans le "contexte actuel des plans d’urgence et de relance" de mieux flécher et de suivre les subventions publiques versées aux entreprises aidées…

Béatrice Héraud @beatriceheraud

(1) L’étude Medef, Deloitte et EY 

(2) L’étude Tennaxia, Bpifrance et Euronext Corporate services 

(3) L’étude de B&L évolution sur les Objectifs de Développement durable 

(4) L’étude de Capitalcom sur le reporting intégré 

 

 

 


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