Publié le 25 avril 2007

ENTREPRISES RESPONSABLES

Quels emplois pour les spécialistes du développement durable ?

Etre formé aux enjeux du développement durable et soucieux de l'impact de son métier et de son futur employeur sur la société et l'environnement permet-il de trouver un emploi en accord avec ses convictions ? A voir le nombre de formations spécialisées, on serait tenté de le croire, mais l'écart entre l'offre et la demande reste grand. Une étude de 2006 apporte un éclairage utile.

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Qui sont les "professionnels" qui évaluent, dans les grandes entreprises, l'impact de leurs activités au regard du développement durable, et définissent la politique de responsabilité sociétale correspondante? Des services de ce type recrute-t-il des diplômés motivés et compétents ? C'est en se penchant sur cette question qu'Adecco et Olivier Maurel (co-responsable du Master Management de la responsabilité sociale des entreprises, Paris XII) ont dressé un état des lieux de la fonction " développement durable ", ses perspectives d'emploi et ses besoins en formation.
Matthias Didier, en charge cette étude, a rencontré 43 personnes missionnées sur ces questions, travaillant dans une entreprise du SBF 120. De ces rencontres sont sortis quelques enseignements intéressants. La fonction développement durable est apparue, en moyenne, aux alentours de 2002 (hormis le secteur des technologies de l'information qui n'a commencé qu'en 2005). Elle doit son existence à la volonté des dirigeants (dans 54 % des cas), aux obligations réglementaires (27 % des cas) et au risque de réputation (20 % des cas). 30 % des responsables en charge de ces questions estiment être à l'origine de leur création de poste.

Beaucoup de stagiaires...

En moyenne, le département dédié à ces questions compte 3,6 personnes, dont 1,38 stagiaires. Le recrutement externe est quasi inexistant, l'expérience et la connaissance de l'entreprise sont préférés à la formation spécifique. Ceux qui en sortent se retrouvent néanmoins en stage pour de vraies missions à valeur ajoutée (études, mise en place d'un reporting, documents de communication, politique d'achats responsables...), aux dires de nombreux responsables de formations interrogés. Ils confirment également que leurs étudiants trouvent, pour 50 à 80 % d'entre eux, rapidement un travail pour lequel leur formation sert en partie mais pas en spécialiste. Les grandes entreprises n'embauchent pas beaucoup mais des opportunités commencent à se multiplier du côté des collectivités locales (où les actions telles que les agendas 21 se multiplient). Quelques institutions publiques, comme l'ADEME, ou des associations (en quête de professionnalisation) recrutent ainsi que les cabinets d'étude et de conseils spécialisés (éco-conception, architecture, stratégie, notation...). Du côté des PME, le recours à de telles compétences semble hors de propos et de moyen (hormis sur le plan du management environnemental, pour cause de réglementation plus sévère).

Professionnalisation en cours

Au vu des éléments de l'enquête, Matthias Didier conclue néanmoins que l'évolution de la fonction démontre la professionnalisation progressive (en se référant au processus mis en évidence par le sociologue Wilensky, en 1964). Ainsi, si l'activité a été dans un premier temps occupée par des personnes non formées et répondant à de nouvelles contraintes (parmi les 43 personnes interviewées, la majorité d'entre eux n'a suivi aucune formation particulière), les formations commencent à se multiplier, laissant présumer de l'émergence d'un "métier" ou tout au moins d'une compétence valorisable et recherchée. Dans le scénario de Wilensky, un décalage est alors constaté entre les personnes nouvellement formées (dont on a besoin... mais en stage majoritairement) et les " historiques ". Dans le même temps, les professionnels se rapprochent du système scolaire, pour témoigner de leurs nouveaux besoins, ce qui est le cas pour le développement durable. L'étape suivante doit alors être celle d'une reconnaissance de la fonction, avec fiche de poste et présence dans l'organigramme. Enfin, avec la création d'associations professionnelles dédiées, la fonction serait protégée par l'édiction de codes de déontologie et de parcours professionnels balisés. L'offre et la demande s'équilibreront alors.

Ce scénario ne correspond pas au témoignage des personnes en charge de ces questions. Depuis quelques années déjà, les " messieurs et dames développement durable" clament que leur fonction n'est pas un métier et qu'ils ont seulement comme mission de rendre sensible et de pousser à l'action tout un chacun dans l'entreprise. Reste que ces personnes ont besoin de personnel pour mettre en place les outils et actions nécessaires à la traduction d'une démarche de RSE (le recours aux stagiaires en est une preuve). On peut donc envisager un autre scénario, celui d'un petit nombre de spécialistes qui vont faire avancer des démarches sur un plan précis (mise en place d'un agenda 21, travail en agence de notation, coordination d'une démarche environnementale...) avec, par le biais de formations continues et de changements profonds de l'enseignement, une irrigation du développement durable dans chaque métier, de l'architecte au responsable des achats en passant par la chargée de communication. Le rôle de l'enseignement est donc crucial pour construire une offre en adéquation avec le marché de l'emploi permettant à tous les métiers d'intégrer au premier chef les critères de développement durable.

Sylvie Touboul
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