Publié le 31 octobre 2018

ENTREPRISES RESPONSABLES

[Objectif RSE] Chez Veolia, "les amis critiques" questionnent la stratégie de l’entreprise

Comment mieux diffuser la RSE (Responsabilité sociétale des entreprises) en interne et dans son écosystème ? Cette question, toutes les entreprises engagées se la posent. Novethic a recensé des bonnes pratiques des grands acteurs économiques, qui ont fait leurs preuves. Cette semaine, nous nous intéressons au dialogue avec les "Critical Friends" de Veolia. Des parties prenantes "poils à gratter" qui font avancer l’entreprise sur le chemin de la responsabilité.

Chez Veolia, des experts internationaux spécialistes des sujets environnementaux et sociaux forment le comité des "Critical Friends".
@Veolia

Depuis 2013, une douzaine d’experts internationaux se réunit deux fois par an chez Veolia, bénévolement. Baptisés "Critical Friends" (les amis critiques), ils viennent du professorat, du monde associatif, de l’économie sociale et solidaire ou des banques de développement et de micro-crédit et sont spécialistes des sujets environnementaux et sociaux. 

Pour la plupart, ils restent anonymes. Seul le nom de leur président Michel Severino, ancien directeur de l’AFD (Agence française de développement), est connu (1). Ce comité donne son avis, sans tabous et en toute confidentialité, sur des thématiques ou projets "liant stratégie de l’entreprise et développement durable". Pour cela, les portes des sites leur sont ouvertes, tous comme les documents nécessaires à la compréhension des enjeux.

Une aide stratégique

L’initiative est née à un moment critique pour le groupe, alors que Veolia connaissait des difficultés sur ses marchés classiques de services publiques, raconte le PDG Antoine Frérot. Il décide alors d'élargir ses activités au monde industriel. "Mais cela n’allait pas de soi. Nous avons été accusés de nous rendre complices des industriels pollueurs en les aidant à dépolluer", explique-t-il.

Les Critical Friends ont alors été déterminants : "Ils nous ont clairement aidés à positionner notre offre, en posant un cadre, des limites pour éviter que nous soyons effectivement assimilés à des complices des pollutions", souligne le dirigeant.

Leur avis a également été crucial lorsque le groupe s’est lancé dans le traitement de déchets nucléaires et du démantèlement. Un sujet hautement sensible, très exposé médiatiquement. "Là encore, ils ont participé à définir un périmètre à notre offre et à expliquer exactement ce que nous faisions à nos différentes parties prenantes".

Le cas épineux du charbon

Enfin, lorsque le charbon a commencé à devenir la cible de désinvestissements majeurs, Veolia a de nouveau fait appel à ses amis critiques. "Ils nous ont alors demandé de ne pas être lâches !". Comprendre : ne pas vendre les réseaux de chaleur fonctionnant au charbon d’un coup, sans se soucier de qui achèterait en retour. "La planète n’y aurait rien gagné car ceux qui rachètent se soucient rarement du climat…", explique Antoine Frérot. 

Le conseil d’administration était partagé, certains se prononçant pour une vente totale et immédiate des actifs charbon pour éviter tout risque de réputation. "Les Critical Friends nous ont dits d’être ‘responsables’ en apportant progressivement des solutions techniques (énergies renouvelables, gaz, capture de carbone, etc.) permettant, à terme, de substituer tout le charbon. Le président des Critical Friends est venu présenter cela au Conseil d’administration. Après débat, cette position a été adoptée", rapporte-t-il. Chaque année, ils vérifieront l'avancement et la réalité du programme. 

Ce type de comité de parties prenantes est aujourd’hui institué dans un nombre croissant d’entreprises avec succès. À tel point qu’en amont des débats sur la loi Pacte, le rapport Notat-Senard sur "L’entreprise, objet d’intérêt collectif" en conseillait l’institutionnalisation pour l’ensemble des entreprises. "La création d’un comité de parties prenantes est probablement l’une des méthodes les plus efficaces pour permettre à la direction de l’entreprise de viser l’intérêt propre et la considération des aspects environnementaux et sociaux".

Cette proposition est loin de faire l’unanimité au sein du patronat et celle-ci n’a pas été reprise dans les premières étapes législatives de la loi Pacte. Quant à la place de ce comité vis-à-vis du conseil d’administration, Antoine Frérot se prononce pour l’intégration du président du comité dans le board. Une vision qui n’est pas encore partagée par l’ensemble de ses pairs qui craignent une prise de pouvoir trop importante des parties prenantes dans la stratégie de l’entreprise.

Béatrice Héraud @beatriceheraud

(1) Michel Severino, ancien directeur général de l’Agence Française de Développement et vice-président de la Banque Mondiale, est aujourd’hui à la tête d’une entreprise de gestion de fonds et de soutien technique pour les PME d’Afrique.

Retrouvez d'autres bonnes pratiques RSE d'entreprises sur la plateforme BIPIZ, soutenue par Novethic.


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