Publié le 21 novembre 2018

ENTREPRISES RESPONSABLES

[Objectif RSE] Chez EDF, un accord-cadre mondial permet d’harmoniser les conditions sociales pour ses 160 000 salariés

Comment mieux diffuser la RSE (Responsabilité sociétale des entreprises) en interne et dans son écosystème ? Cette question, toutes les entreprises engagées se la posent. Novethic a recensé des bonnes pratiques des grands acteurs économiques, qui ont fait leurs preuves. Cette semaine, cap sur EDF qui a mis en place un accord mondial sur la responsabilité sociale du groupe dans toutes ses filiales à travers 24 pays.

Edf accord mondial industriall
Jean-Bernard Lévy, Président Directeur Général du Groupe EDF et Guy Ryder, le Directeur général de l’OIT, lors de la signature de l'accord cadre mondial d'EDF sur la RSE
@Industriall

En France, les accords-cadres mondiaux conclus entre les employeurs et des syndicats internationaux et locaux ont la cote. Concernant la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) ou des thématiques particulières, ils permettent "d’accompagner la mondialisation, tout au long de la chaîne d’approvisionnement, par le dialogue social", souligne Cyril Cosme, directeur de l’Organisation Internationale du Travail pour la France. Et ce sont les entreprises hexagonales qui en sont le plus friandes (1).

Un accord co-construit

C’est le cas d’EDF, qui a signé son accord en juillet 2018. Négocié pendant neuf mois avec 13 syndicats, deux mondiaux et l’ensemble des syndicats français, il concerne l’ensemble des sociétés que l'électricien contrôle directement ou indirectement, soit 160 000 personnes, dans 24 pays.

L’accord intègre le devoir de vigilance lié à la loi française pour l’étendre à l’ensemble des pays, le principe de transparence fiscale, la notion de "transition juste" (mêlant les problématiques environnementales et sociales). Un socle commun qu’il n’est pas toujours évident d’adapter sur le terrain. C’est le cas de la lutte contre les discriminations. "Certains pays comme la Russie interdisent l’homosexualité. Nous respectons les législations nationales mais dans nos murs, nous ne discriminons personne", explique Karine Dellière, responsable RSE chez EDF.

"Parmi les nombreux accords que j’ai négociés dans ma carrière, c’est le seul où nous nous sommes tous applaudis à la fin des négociations", rapporte Didier Vésiez, directeur du dialogue social du groupe EDF. Les autres accords mondiaux sur la RSE datant de 2005 et 2009 étaient de simples principes d’adhésion. Ils ont fait l’objet d’un bilan collectif en amont des négociations pour le nouvel accord. "Les premières réunions n’ont pas été simples mais la méthode a permis de nous tirer vers le haut et permis de prendre de la hauteur pour intégrer les dernières évolutions sociales et sociétales", assure-t-il.

Un suivi centré sur l’opérationnel

Lors de la rédaction, les syndicats ont insisté sur trois points : l’intégration de l’ensemble des filiales existantes et à venir, une vigilance particulière sur la santé et la sécurité des sous-traitants et la protection des lanceurs d’alerte. Sur le papier, l’accord permet effectivement d’"assurer, à l’ensemble du groupe, des garanties en matière sociale et permet de faire ressortir des bonnes pratiques des autres sites, partout dans le monde", souligne la représentante de CFE Energies, Anne Laszlo. Mais "il faut être modeste et beaucoup reste à faire pour réduire les écarts de traitement entre les différentes entités du groupe", souligne le syndicat.

La question du suivi, à l’échelle mondiale et locale, est cruciale. Elle est assurée par des instances paritaires. "Nous avons abandonné l’idée d’un reporting classique pour être plus opérationnels. L’idée est d’impliquer davantage les syndicats et le management à la réalisation des objectifs en nommant, pour chacun d’entre eux des référents qui assurent un suivi et surtout mettent en place des plans d’actions pour les atteindre", assure Karine Dellière.

Pour Nathalie Beauzemont, de FO, c’est désormais "la mise en œuvre pratique qui jugera de la qualité de cette gouvernance qui se veut innovante en matière de dialogue social. On se doute bien que, côté management, il se profile l’intérêt de l’affichage d’une image positive du groupe EDF auprès des agences extra-financières. On lit bien aussi, entre les lignes de l’accord, que le groupe attend la facilitation des évolutions vers des réorganisations", précise-t-elle.

S’ils ne constituent pas la panacée, les accords-cadres mondiaux, outils volontaires et OVNI juridiques, sont actuellement très regardés par l’OIT. Ils "peuvent répondre au défi du contrôle de la chaine d’approvisionnement", souligne Cyril Cosme (2).

Béatrice Héraud @beatriceheraud

(1)   On dénombre 300 accords-cadres mondiaux dans le monde, dont une centaine encore actifs. Selon les décomptes du site Planet Labor, la France arrive en tête avec 90 accords (dont 40 de taille mondiale) suivie ensuite par l’Allemagne (43 dont 32 mondiaux), les pays émergents et les USA n'ont pas une culture du dialogue social international.

(2)    Un premier rapport commandé par l’OIT concernant 10 accords mondiaux d’entreprises françaises a été publié en début d’année. 


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