Publié le 27 mars 2018

ENTREPRISES RESPONSABLES

Les PME et la RSE : l'esprit oui, les lourdeurs non !

Les dirigeants de PME et de TPE entretiennent une relation ambigüe avec la responsabilité sociétale de l’entreprise (RSE). S’ils en partagent largement l’esprit, ils en regrettent les travers administratifs et en questionnent la sincérité, notamment de la part des grands groupes. Ils sont cependant nombreux à avoir mis en place des actions très concrètes en matière de gouvernance, de condition de travail ou de respect de l’environnement, selon une étude de BPIfrance.

PME iStock
90 % des 1154 dirigeants interrogés par BPIfrance le Lab affirment adhérer à l’esprit RSE.
istock

Les dirigeants de PME et ETI (Entreprises de taille intermédiaire) croient en la RSE (Responsabilité sociétale de l'entreprise). Ils en font même. Mais ils la veulent concrète, sincère et adaptée à leur environnement ! Dans une étude publiée le 14 mars par BPIfrance Le Lab, 90 % des 1 154 dirigeants interrogés (1) affirment adhérer à l’esprit RSE, mais ils ne sont pas adeptes de cette sémantique qu’ils jugent trop floue et trop connotée grandes entreprises.

Les débats en cours sur la finalité de l’entreprise dans le cadre de la loi Pacte se retrouvent dans les réponses des dirigeants. Quand on les interroge sur le champ de leur responsabilité, un seul dirigeant s'est limité à l’unique proposition d’être rentable ! Certes, 99 % estiment que leur première responsabilité est d’abord d’assurer la bonne santé économique de leur entreprise. Mais ils sont presque autant à penser qu’il s’agit également améliorer le bien-être des salariés (98 %), de créer de l’emploi (94 %), de protéger la planète (94 %) et de s’impliquer dans la communauté locale (93 %).

RSE et PME ETI 2

Des sentiments ambivalents

Pour autant, ils ne sont que 50 % à avoir entamé une démarche complète de RSE (un nombre plus important à mis en place des actions ponctuelles), dont 25% ont une démarche structurée autour d’un plan d’actions. Parmi les facteurs qui favorisent cette structuration : la taille de l’entreprise – plus elle aura de collaborateurs et plus la RSE fera l’objet d’un processus structuré – et l’implication des dirigeants.

Quant aux freins, ils sont d’abord opérationnels. Les dirigeants ne savent pas forcément par où commencer et quoi mettre en place. Mais ils sont aussi liés à des sentiments ambivalents autour de la notion de RSE. S’ils en perçoivent l’intérêt en termes de fierté, de sens et d’attractivité, ils regrettent la lourdeur administrative qui peut y être associée (comme les questionnaires des donneurs d’ordres ou d’organismes certificateurs) ou encore le glissement de certains engagements vers le greenwashing, notamment de la part des grands groupes, soulignent les auteurs.

Une RSE pragmatique et source de compétitivité

Leur RSE est davantage tournée vers le concret et est très liée aux enjeux prioritaires de leur domaine d’activité, montre l’étude. Ainsi, les entreprises de services privilégieront les questions liées au bien-être au travail et à la participation des parties prenantes aux décisions, quand les entreprises de transports axeront leurs efforts sur la qualité/sécurité et la réduction de leurs émissions carbone. Au global toutefois, ce sont les actions permettant d’améliorer les conditions de travail et d’ouvrir la gouvernance qui sont le plus mises en place par les PME et ETI, plus que les actions environnementales.

Pour les PME/ETI qui se sont engagées dans une telle démarche, les résultats sont payants. C’est notamment ce que constate Cyril Masson, le directeur RSE et RH de Marcel, une entreprise de VTC. "La démarche a été poussée par les valeurs de nos dirigeants, mais elle n’est pas totalement déconnectée de la logique financière. La RSE nous a permis d’entrer et de faire notre place dans un marché très concurrentiel. Et cela nous assure une très bonne attractivité", assure-t-il.  Pour autant, si la RSE lui permet aujourd’hui de faire mouche dans les appels d’offres, notamment auprès des grands groupes, il reste difficile de leur faire accepter le vrai prix de la RSE, déplore-t-il. 

Béatrice Héraud @beatriceheraud 

(1) L’étude complète est consultable ici 

 

 


© 2019 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

Pour aller plus loin

Comment mieux prendre en compte la dimension extra-financière dans le financement des PME ?

Alors que de plus en plus de PME et de TPE adoptent une stratégie de responsabilité sociétale (RSE), les acteurs financiers doivent suivent le mouvement et mieux intégrer les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) estiment l’Observatoire de la RSE. Pour ce faire, il...

L'État doit récompenser les PME vertueuses en matière RSE, selon François Asselin (CPME)

Depuis février, la CPME (Confédération des PME) mène une concertation avec les syndicats sur la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) dans les PME/TPE. Objectif : encourager les petites entreprises à développer de telles pratiques en allégeant leurs obligations. Une concertation...

Climat : en Allemagne, les PME aussi ont leurs stratégies zéro carbone

Les grandes entreprises sont généralement considérées comme les acteurs industriels les plus aptes à lutter contre le réchauffement climatique, comparées aux PME qui disposent de ressources financières moindres. En Allemagne pourtant, les PME, qui constituent l’épine dorsale de l’économie...

Économie circulaire en PME : Pocheco, l'écologie au service de l'économie

Quand Emmanuel Druon reprend la direction de l’usine d’enveloppes de Forest-sur-Marque (près de Lille) en 1997, l’entreprise est en pleine crise économique et sociale. Quant à l’environnement, il est loin de figurer au rang des priorités. 20 ans plus tard, Pocheco compte 114 salariés et...

ENTREPRISES RESPONSABLES

Entreprise responsable

Actualité nationale, européenne et mondiale quotidienne de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE).

Assemblee nationale hemicycle plein vue panoramique

Loi Pacte : attention au risque de greenwashing !

La loi Pacte a été adoptée en deuxième lecture par les députés samedi 16 mars. Le volet sur la responsabilité sociétale des entreprises (RSE), vidé de sa substance par les sénateurs, a été repris à l’identique de la version initiale des députés. Mais loin de faire l’unanimité, il divise aujourd’hui...

Comptabilite verte reporting entreprise iStock OGGM

Demain, la comptabilité d’entreprise pourrait intégrer la dette écologique

Depuis le début du mois, une dizaine d’entreprises situées dans le sud de la France mènent une expérimentation pour intégrer les enjeux environnementaux et sociaux dans leurs bilans comptables. Une expérience pilote menée par le cabinet Compta durable et soutenue par l’Ademe, le ministère de la...

Grand debat national entreprises 1 Camif

Grand débat national : "l’entreprise doit prendre sa place dans ce moment de démocratie", selon la Camif

Alors que tous les acteurs étaient invités à se saisir du Grand débat national, peu d’entreprises ont été à l’initiative de l’organisation d’un tel événement. À Niort, la Camif a considéré que tel était son rôle en tant qu’entreprise à mission. Le 5 mars dernier, elle a réuni une centaine de...

Notation agences de notation etoiles iStock oatwa

Les entreprises notent les agences de notation extra-financière… et leur donnent à peine la moyenne

2,78/5. C’est la note globale que donnent les entreprises du SBF120 aux agences de notation extra-financière. Soit une mention "passable". Au-delà de cette évaluation, pas toujours très tendre, commanditée par l’Afep, le Medef, le Cliff (association de relations investisseurs) et le C3D (Collège des...