Publié le 23 janvier 2019

ENTREPRISES RESPONSABLES

Le succès grandissant du Made in France dans les entreprises ne rime pas forcément avec responsabilité

"Choose France", Choisissez la France, a demandé Emmanuel Macron aux investisseurs étrangers et français lors d'un sommet à Versailles le 21 janvier. Une tendance dont les entreprises de l'Hexagone sont de plus en plus adeptes. Le Made in France devient un vrai critère dans le choix des fournisseurs. Mais ce mouvement n'est pas forcément corrélé à des objectifs de responsabilité. 

De plus en plus d'entreprises de l'Hexagone choisissent des fournisseurs français.
Istock

Jamie Dimon, patron de JP Morgan; Dara Khosrowshaki, DG d’Uber; Jesper Brodin, PDG d’Ikea; Volkmar Denner, de Bosch… Emmanuel Macron avait donné rendez-vous à plus de 120 grands patrons étrangers et une trentaine de patrons français, pour son sommet "Choose France" à Versailles lundi 21 janvier. En pleine crise des Gilets jaunes, l’enjeu était de redorer l’image de la France et de convaincre les patrons de venir investir dans l’Hexagone.

Un virage que les entreprises françaises sont de plus en plus enclines à prendre. En témoigne la récente étude du cabinet de conseil AgileBuyer, publiée début janvier. "Le Made in France, ou l’achat local, est considéré par une majorité d’acheteurs (53 %) comme un critère d’attribution du business", écrit, dans ses conclusions, le cabinet qui a réalisé son enquête auprès de 700 responsables.

Pour la première fois, ce pourcentage passe la barre des 50 %. Il était de 31 % en 2017 et de 43 % en 2018."Totalement incongrue il y a peine quelques années, l’idée d’avoir des critères d’attribution du business en rapport avec le Made in France a fait son chemin", note l’étude.

Les pays à bas coût augmentent leur prix

Plusieurs événements poussent les entreprises à prendre cette direction. D’abord, le protectionnisme et la guerre commerciale notamment lancée par le Président des États-Unis avec son célèbre slogan American First, l’Amérique d’abord. "Donald Trump est indirectement le plus grand défenseur du Made in France", ironise Olivier Wajnsztock, directeur associé de AgileBuyer. Par effet d'imitation ou crainte de surtaxes, "il pousse à acheter local et à vendre local".

Autre motivation, celle de l’augmentation des prix, dont la main-d’œuvre, dans les pays à bas coût comme la Chine. Ces pays deviennent de moins en moins compétitifs. "Acheter plus proche fait aussi partie de la politique de gestion des risques. On sécurise l’approvisionnement en choisissant des fournisseurs français", analyse Olivier Wajnsztock.

Dans certains secteurs comme touchant à l'alimentation, au textile ou au mobilier, le Made in France est particulièrement en vogue. Dans ce domaine, les consommateurs, directement concernés, exercent une forte pression en ce sens, privilégiant de plus en plus les produits locaux. Mais dans d'autres secteurs, plus B2B (business to business), comme l'industrie lourde, le made in France progresse également et devient même un "vrai critère d'achat", souligne l'étude. 

Le Made in France jouit d'une présomption de responsabilité

Faut-il y voir obligatoirement un gage de responsabilité ? Pas forcément. "En France on a des standards sociaux plus élevés et donc une présomption de valeur ajoutée sociale. C'est surtout vrai en dehors de l'Europe, mais si on veut se comparer aux grands pays d'Europe c'est beaucoup moins évident", estimait Jacques Huybrecht, président d’Entrepreneurs d’avenir et coauteur d’un appel pour un "Made in France d’avenir" en 2013.

Concernant l’alimentation par exemple, "Des fraises produites localement sous serres chauffées, pourront être plus génératrices d’émissions de gaz à effet de serre que si elles sont produites en plein air, plus au sud et importées par des modes de transport efficaces", estime l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe).

Si l'on en croit l'étude Agilebuyers, les acheteurs verraient d'ailleurs avant tout dans le made in France des bénéfices logistiques (80% citent la sécurité d'approvisionnement) ou de réduction des coût (39%). Bien avant les impacts qualité ou environnementaux, tout deux cités par 30% des acteurs.   

Marina Fabre @fabre_marina


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