Publié le 22 février 2017

ENTREPRISES RESPONSABLES

Le respect des droits humains, "crucial pour l’avenir de la mondialisation"

Alors que l’Assemblée nationale vient d’adopter définitivement la loi sur le devoir de vigilance des entreprises, une étude de Vigeo-Eiris montre qu’au niveau mondial, peu d’entre elles s’engagent activement dans l’identification et la prévention des risques en matière de droits humains. L’enjeu est pourtant "crucial pour l’avenir de la mondialisation", rappelle Fouad Benseddik, directeur des méthodes et des relations institutionnelles de Vigeo-Eiris.

Fouad Benseddik Vigeo Eiris
Fouad Benseddik est directeur des méthodes et des relations institutionnelles de Vigeo-Eiris.
DR

Novethic. Votre étude montre qu’une part infime des entreprises – moins de 4% sur les 3 189 étudiées – affichent des niveaux d’engagement couvrant de "façon tangible le respect des droits de l’Homme relevant directement de leurs responsabilités". Comment l’expliquez-vous ?

Fouad Benseddik. Par un problème de compréhension du sujet. Mais aussi des faiblesses techniques, comme celles de la cartographie des risques, qui pousse à une approche minimaliste. La plupart des entreprises se cantonnent à la mise en conformité relative à leurs risques légaux directs. Or, dans de nombreux pays, les cadres légaux en matière de droits de l'Homme sont limités. Et sur des sujets comme celui de l'égalité femme homme, une telle approche ne suffit pas !

Une action efficace et adaptée des entreprises leur demande de recourir à la prévention des risques et à la promotion des droits humains. La palette de ces droits est large si on se base sur les textes de référence : formation, santé, environnement, sûreté, liberté d'expression, etc. Ce référentiel de responsabilités est indivisible. Les entreprises ne doivent pas y faire leur marché !

 

La France, championne des "bons élèves" 

 

Quelles sont donc les entreprises qui performent le mieux sur ces sujets ? Quels sont les points qui font la différence ?

Leur culture managériale, l'engagement de leur équipe de direction, mais aussi leur expérience (elles ont pu faire l'objet de controverses et de sanctions). Elles ont travaillé sur des dispositifs globaux, dans une démarche pro-active, sur l'ensemble de leur chaîne de valeur et en concertation avec leurs parties prenantes (ex : syndicats). Il est très important de montrer que ces bonnes pratiques existent et qu'elles peuvent être mises en place.

Ce que l'on remarque, c'est que les entreprises de tête forment un groupe hétérogène au niveau des secteurs d'activité (services publics d'électricité et de gaz, automobile, banque de développement, services financiers et immobilier, NDLR). Elles sont cependant toutes situées en Europe. Et la France compte le plus de "bons élèves".

Même si le score moyen des entreprises françaises est limité (48/100 contre 32/100 pour le monde), elles font figures de leaders, avec des sociétés comme PSA, qui obtient un score de 81/100. C‘est sans doute lié à un cadre national particulièrement incitatif et à une grande tradition de dialogue social.

Les entreprises françaises ont cependant une faiblesse: elles peinent à montrer leur capacité à déployer leur engagement au niveau international, auprès de leurs filiales et sous-traitants.

 

 

Classement Vigeo-Eiris "Entreprises et droits humains"

Hier, justement, une loi demandant aux grandes entreprises françaises d’agir pour identifier et prévenir les risques en matière de droits humains et d’environnement a été adoptée. Est-ce que cela peut accélérer le mouvement en France et ailleurs dans le monde ?

Avec cette loi on passe de la notion de responsabilité à celle de devoir. L'une de ses faiblesses est son absence de sanction ou d'incitation envers les dirigeants des filiales sur la question des droits de l'homme. Il s'agit pourtant d'un point clé pour son portage tout au long de la chaîne de valeur, d'autant que la plupart des achats à l'international se réalisent en interne, au sein des multinationales.

Cette loi s'inscrit aussi dans une dynamique paradoxale. D'une part, on voit un cadre normatif qui se renforce et qui devient de plus en plus exigeant envers les entreprises (ex : principes directeurs relatifs aux entreprises et aux droits de l'Homme des Nations unies, directive européenne sur le reporting extra-financier). De l’autre, nous avons l'impression que les entreprises interprètent ces référentiels internationaux comme des prescriptions de risk management limitées à la prévention des risques légaux.

L'opinion publique ne veut pas d'échanges internationaux qui bafouent les droits humains. Leur respect par les entreprises est crucial pour l’avenir de la mondialisation.

Propos recueillis par Béatrice Héraud
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