Publié le 10 octobre 2016

France des solutions cartouche

ENTREPRISES RESPONSABLES

Invendus alimentaires : un nouveau marché prometteur

10 millions de tonnes de nourriture sont gaspillées ou jetées chaque année en France. 2,3 millions au seul niveau de la distribution. Pour y remédier, des entreprises comme Comerso et Phenix proposent aux grandes surfaces la prise en charge de leurs invendus alimentaires de A à Z. Une aubaine pour tous : les associations collectent davantage, les magasins bénéficient d’une défiscalisation sur leurs dons, Comerso et Phenix trouvent leur compte via une commission sur l’économie générée. Du 10 au 14 octobre, Novethic s'associe à l'opération 'la France des solutions', porteur d'un journalisme qui donne envie d'agir.

Pour remédier au gaspillage de 2,3 millions de tonnes de nourriture au seul niveau de la distribution, des entreprises comme Comerso et Phenix proposent aux grandes surfaces la prise en charge de leurs invendus alimentaires de A à Z.
06Photo / iStock

Malgré l’adoption en février 2016 d’une loi obligeant les moyennes et grandes surfaces de plus de 400 m2 à conclure une convention avec une association caritative, les mauvaises habitudes restent. "La quasi-totalité des supermarchés jettent leurs invendus alimentaires", atteste Arthur de Fouquières, gérant d’un Monop' et de deux Super-U en région parisienne. Mais qu’est-ce-qui freine vraiment la grande distribution ?

Baptiste Corval, co- fondateur de Phenix, pointe du doigt un manque d’efficacité dans la gestion des invendus alimentaires. Mais pas seulement : "Les associations et les magasins ne parlent pas la même langue. Les grandes surfaces ont besoin d’un système de redistribution fixe, 7 jours sur 7, ce que ne peut garantir une association composée de bénévoles".

 

"La gestion des déchets n’est pas le métier de la grande distribution"

 

D’où l’idée de Comerso et Phenix de "professionnaliser" la gestion des invendus alimentaires. Les deux entreprises prennent en charge la logistique et font l’intermédiaire entre les magasins et les associations. "On a créé un logiciel de gestion pour la grande distribution leur permettant de suivre et de maîtriser leur invendus. Ce logiciel est couplé à un système de transport frigorifique permettant de récupérer, sans coupure de la chaîne du froid, les produits", explique Rémi Gilbert, co-fondateur de Comerso.

Les invendus sont ainsi collectés par des chauffeurs en insertion et redistribués gratuitement aux associations. "Notre promesse, c’est de réduire tout ce qui s’amoncelle dans les poubelles", renchérit Baptiste Corval de Phenix, entreprise qui a redistribué 3 000 tonnes d’invendus alimentaires depuis le début de son activité en mars 2014. "La gestion des déchets ce n’est pas le métier de la grande distribution. Eux, ils vont forcément aller vers Veolia ou Suez, mais nous, nous leur proposons des solutions alternatives moins coûteuses voire rémunératrices." 

 

Des produits frais plutôt que des conserves

 

Le modèle économique est bénéfique pour tous. La grande distribution profite d’une réduction d’impôt à hauteur de 60% par don. Une défiscalisation ajoutée à une baisse des dépenses au niveau du traitement des déchets. L’économie générée va permettre à Comerso et Phenix de se rémunérer, via une commission. Recycler ses invendus devient donc moins compliqué et moins cher que de les jeter.

Quant aux associations, elles voient leur collecte croître. C’est une aide "très appréciable pour nous", estime Dominique Paris, responsable du Resto du Coeur de Bois d’Arcy, partenaire de Phenix. "Maintenant nous arrivons à proposer des produits frais, avant, on aurait tout simplement distribué des conserves." 

 

La redistribution, un "cercle vertueux"

 

Bien sûr, les grandes surfaces peuvent y voir une limite : le plafond fiscal – cantonné à cinq millièmes du chiffre d’affaires hors taxes – peut vite devenir un frein. "Pas pour moi", répond d’emblée Arthur de Fouquières, qui collabore avant tout avec Phenix "pour une raison sociale". "Le gaspillage est idéologiquement absurde et économiquement débile", insiste-t-il. Avant de travailler avec Phenix, il avait créé des partenariats directs avec des associations locales, mais "cela manquait de structure. Aujourd’hui, je cumule les produits et Phenix vient les chercher selon un processus clairement défini".

Autre atout : "le personnel des magasins ne voit plus les produits partir à la poubelle. Ils sont plus vigilants quant aux dates de péremption, ils savent qu’ils vont donner ces produits à des nécessiteux. C’est un cercle vertueux". Une réussite telle que la collaboration entre Les Restos du Coeur et Phenix pourrait bientôt s’étendre au niveau national. Comerso, lui, vient de lever 2,2 millions d’euros et rêve de conquérir le marché européen. Il a déjà distribué l’équivalent de plus 2 millions de repas aux associations.

Marina Fabre
© 2021 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

ENTREPRISES RESPONSABLES

Entreprise responsable

Actualité nationale, européenne et mondiale quotidienne de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE).

Olivia Gregoire RSE Entreprises a mission Bris Rocher MinEconomie

Deux ans après le vote de la loi Pacte, Bercy veut accélérer le déploiement des entreprises responsables en France

La tempête du Covid-19 a mis en évidence la place clé des entreprises à œuvrer pour le bien commun. Au-delà de déclarations et d’actions ponctuelles, celles-ci peuvent inscrire dans leurs statuts cette volonté d’agir positivement en s’emparant de la raison d’être ou du statut d’entreprise à mission....

Emmanuel Faber Danone EricPiermont AFP

Emmanuel Faber, ex-Président de Danone, assure avoir été évincé par ceux qui misent sur les "recettes d’un passé ancien"

Deux mois après avoir été évincé de la présidence du groupe Danone, Emmanuel Faber livre sa version des faits dans le journal économique les Échos. Il dénonce la bataille menée par des membres du conseil préférant les méthodes d’avant la révolution brutale qu’a été la crise du Covid-19. Il évoque...

Schneider Electric Zero Carbon project Schneider

Neutralité carbone : Schneider Electric mobilise ses 1 000 premiers fournisseurs

Schneider Electric entend décidément rester en tête de la course en matière de transformation durable. Il lance l’initiative "Zero Carbon Project" pour accompagner les plus importantes entreprises de sa chaîne de sous-traitance. Il s’agit de diminuer de 50 % leurs émissions de CO2 d’ici 2025. De...

Loewe fabrication sac LVMH

Climat, eau, biodiversité… LVMH réhausse tous ses objectifs environnementaux en misant sur l'économie circulaire

Le groupe de luxe LVMH vient d’annoncer une nouvelle stratégie environnementale, baptisée Life 360. Celle-ci doit permettre à ses maisons d’être plus sobres tant dans la matière utilisée, dans la consommation d’eau que dans la consommation énergétique, en mettant en place une stratégie de...