Publié le 26 novembre 2007

ENTREPRISES RESPONSABLES

La RSE, un atout pour les entreprises d'insertion ?

Le coup d'envoi du Grenelle de l'insertion a été donné le 23 novembre 2007 à Grenoble par Martin Hirsch, haut commissaire aux solidarités actives. Trois groupes de travail et des forums décentralisés ont été mis en place jusqu'à fin mai 2008. Leur objectif est de mieux faire connaître ce secteur destiné à ramener vers l'emploi ceux qui en sont exclus, tout en remettant à plat les divers dispositifs existants. Si les entreprises d'insertion et les entreprises classiques constituent souvent deux mondes parallèles, la Responsabilité Sociale d'Entreprise (RSE) peut être un de leur point de convergence.

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Conditionnement par ARES

les entreprises d'insertion en chiffres

540 entreprises d'insertion françaises ont accompagné 27 000 personnes en 2006 et réalisé 350 millions d'euros de chiffre d'affaires. Elles sont en croissance puisque depuis 2004, leur chiffre d'affaires a cru de 22% et le nombre de leurs salariés de 10,4 %. Ces chiffres publiés par l'observatoire annuel des entreprises d'insertion montre aussi que les entreprises d'insertion ont créé 21 000 équivalents temps plein, dont 12 369 en insertion, et qu'elles consacrent 83 % de leurs chiffres d'affaires à la masse salariale pour mettre en œuvre l'idée que « nul n'est a priori inemployable. »

ARES Services recevra, fin novembre 2007, l'un des premier prix « Paris développement durable mention entreprise ». Il récompense une PME ayant développé des pratiques internes ou un produit particulièrement remarquable sur au moins deux des trois piliers du développement durable (social, économique, environnemental) avec une prime de 5000 euros. « Nous sommes bons sur le social, la mixité, l'organisation, l'économique mais nous pouvons progresser sur l'écologie » précise Axelle Dubernet, responsable développement et partenariats d'ARES Services. Cette entreprises d'insertion, spécialisée dans le service aux entreprises, est une grosse structure qui fait travailler 160 salariés en insertion sur 130 Equivalents Temps Plein (ETP) encadrés par une quarantaine de permanents. Elle reçoit des subventions publiques venant de l'Etat et/ou descollectivités locales destinées à financer la prise en charge de salariés de tous âges, dont le point commun est d'être exclus à un titre ou un autre du marché du travail. La réglementation accorde deux ans aux entreprises pour « insérer » ces salariés et les amener, en principe, vers un emploi classique. Cependant, obtenir un taux de 40 % de sorties positives (vers une formation ou un CDD) nécessite un accompagnement important.
Les entreprises d'insertion sont quotidiennement confrontées à un des grands enjeux de la RSE : la diversification du recrutement. « Nous avons des personnes de tous horizons et de tous âges et nous favorisons cette mixité» explique Axelle Dubernet. « Nous avons constaté qu'il était plus facile de faire accepter à des jeunes l'idée de devoir faire du tri de déchets pour gagner le SMIC si leur groupe comptait quelqu'un en âge d'être leur père. » Elle ajoute « La majorité des travaux que nous proposons (chantiers, sous-traitance) sont plutôt des fonctions masculines mais nous nous efforçons d'imposer des femmes à nos clients. Une fois résolu le problème des vestiaires, ils constatent souvent qu'elles ont la même efficacité et un effet bénéfique sur les équipes

Recours marginal à l'insertion

Les grandes entreprises donneuses d'ordre profitent-elles du savoir faire des entreprises d'insertion ? Ouvrir leurs marchés à ces structures atypiques qui ont, par définition, un taux de productivité plus faible par salarié mais misent sur la qualité de leurs prestations ne va pas de soi. Les premiers travaux du Grenelle de l'insertion constatent en effet que « les agendas de l'insertion et de l'entreprise s'accordent difficilement et qu'il est difficile de concilier le temps ultra-court de la performance immédiate de l'entreprise avec le temps plus long de l'insertion ». Ils soulignent quand même que «confrontée au « papy-boom», l'entreprise est face à une pénurie de ressources. L'insertion peut être un moyen d'y répondre tout en introduisant plus de diversité, en tissant des liens avec les acteurs locaux et en mobilisant ses salariés ». Pour l'instant, cette vision est plutôt théorique puisque les entreprises classiques sont plutôt rares à faire appel à l'insertion.
Les initiatives relèvent en général des fondations d'entreprises et s'inscrivent donc dans une politique de mécénat. Le groupe Schneider Electric par exemple, a mis en œuvre plusieurs opérations. "100 chances pour 100 emplois", partenariat entre les entreprises, les élus et les services de l'Etat, est ainsi destinée à conduire 100 jeunes d'un quartier de Chalons sur Saône vers l'emploi. ARES travaille avec également avec la fondation du groupe Vinci. « Nous avons commencé par une demande de subvention, ce qui a créé un premier lien avec la fondation d'autant plus important que chaque dossier doit être parrainé par un salarié» explique Axelle Dubernet d'ARES Services. « Cela nous a ouvert la porte vers un reclassement professionnel de nos salariés, facilité par le fait que le groupe Vinci travaille dans un secteur en tension de recrutement, la construction

Une des idées proposées au Grenelle de l'insertion est d'étendre les clauses d'insertion qui existent pour les marchés publics aux entreprises privées. Ces clauses, incluses dans les appels des collectivités publiques, prévoient que l'entreprise retenue doit réaliser un certain nombre d'heures de travail en employant des personnes en parcours d'insertion professionnelle. Adoptée en 2004, la mise en œuvre de ces clauses ne déclenche pas l'enthousiasme de ses bénéficiaires. Le directeur des Jardins d'Auteuil, spécialiste de l'entretien d'espace verts qui emploie 11 à 12 personnes en insertion sur une vingtaine de salariés, explique que beaucoup de commanditaires appliquent aux entreprises d'insertion le même traitement qu'à d'autres fournisseurs, c'est-à-dire les prix les plus bas possibles. « Nous avons une mission sociale dans laquelle nous investissons la plupart de nos bénéfices. Comment pouvons accepter des tarifs insensés ? Le prix de l'entretien au m2 est de 2 euros, on m'en a proposé 95 centimes. J'achète un pied de lavande 3,50 euros, on m'en a offert 1 euro. On a souvent l'impression que les entreprises préfèrent un système comme celui des handicapés où les entreprises qui ne veulent pas travailler avec eux paient des taxes spécifiques. »
L'organisation du Grenelle de l'insertion a pour but de faire dialoguer les entreprises, les employeurs, les syndicats de salariés, les spécialistes de l'insertion, les usagers et les différents échelons des structures publiques pour qu'ils négocient et parviennent à des accords destinés à réinsérer une population hétérogène d'exclus : chômeurs, jeunes sans qualification...L'INSEE comptabilise plus de 3 millions de pauvres en France.

Anne-Catherine Husson-Traore
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