Publié le 23 janvier 2012

ENTREPRISES RESPONSABLES

La RSE made in China

La Responsabilité Sociale des Entreprises est un concept relativement nouveau en Chine. Elle n'a fait son apparition dans le droit chinois qu'au milieu des années 2000. Mais très vite, elle s'est imposée dans le paysage économique chinois. Des 2013, des « contrats collectifs » devront ainsi être négociés dans chaque entreprise. Beaucoup de chemin reste encore à parcourir.

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Schenzen

Il a fallu attendre 2004 pour que la loi chinoise intègre le concept de RSE. Dans le cadre du développement d'une « société harmonieuse », chère au Président Hu Jintao, les autorités chinoises ont en effet intégré l'article 5 dans le code des entreprises. Celui-ci précise notamment que « dans ses opérations, une entreprise doit respecter les lois et les règlements administratifs, la morale sociale et l'éthique des affaires. Elle doit agir en bonne foi, accepter la supervision du gouvernement et du public et porter le poids de ses responsabilités sociales ». C'est ce texte qui encadre aujourd'hui la responsabilité sociale des entreprises. Une définition qui reste cependant vague et soumise au bon vouloir des entreprises. « C'est cet aspect volontaire de la RSE qui suscite encore des débats en Chine, explique Stephen Rost qui dirige le cabinet CSR Asia, spécialisé dans la RSE. De nombreuses régulations ont été récemment mises en place, touchant différents aspects de la RSE, en particulier le reporting. En Asie, certains gouvernements, dont la Chine, ont la volonté de faire jouer à l'Etat un rôle de leader en intervenant directement par la régulation ».

« Un climat social toujours très tendu »

Même si en Chine, aucun principe de la RSE n'est encore obligatoire, le gouvernement a publié des instructions très précises et les entreprises sont tenues de s'y plier si elles veulent se faire bien voir de l'Etat. Ainsi, depuis 2006, les sociétés cotées à la bourse de Shenzhen doivent publier un rapport RSE. Et, depuis 2008, une Commission du Conseil d'Etat, l'organe législatif suprême chinois, invite fortement les entreprises d'Etat à publier leurs performances RSE. Dés 2013, des « contrats collectifs » devront être négociés au sein de chaque entreprise. « Mais il ne faut pas se leurrer, tempère Martin Leys, directeur des ressources humaines et corporate d'EDF en Asie. Le climat social est toujours très tendu en Chine et ces négociations collectives, comme la RSE, ne sont encore qu'une vitrine. Tant qu'il y aura des entreprises comme Foxconn, qui n'ont qu'une approche salariale des choses, la situation ne pourra guère évoluer ».

« La Chine n'en est encore qu'à l'orée d'une véritable éthique des entreprises, ajoute Liu Baocheng, Professeur à l'Université de commerce international de Pékin. La participation de la population à la politique n'est pas suffisante, les dépenses administratives sont considérables, de même que la corruption des fonctionnaires. Tous ces problèmes alimentent l'hostilité de la population à l'égard des pouvoirs en place et ont un impact direct sur les valeurs et les stratégies de management des chefs d'entreprise. Ce manque de confiance entraîne des surcoûts et a une influence négative sur l'image de la Chine et de ses exportations ».

Les rapports RSE se développent

Cette mauvaise image colle en effet à la peau de la deuxième économie du monde et provoque les soupçons de la population envers les responsables publics. En Chine, les intérêts privés priment encore sur l'intérêt public et le concept de « société harmonieuse » a du plomb dans l'aile. Autre frein à la RSE, la méfiance des autorités chinoises, qui voient dans l'arrivée des normes et des bureaux indépendants de contrôle une intervention directe dans des domaines sensibles, autrefois leur chasse gardée. Malgré tout, de plus en plus d'entreprises chinoises se plient au rapport RSE qui, petit à petit, s'étend des entreprises d'Etat au secteur privé. Ainsi l'Association nationale des entreprises textiles a signé un accord pour publier chaque année des rapports RSE sur chacun de ses membres.

Les PME et les nombreux sous-traitants des multinationales, eux, restent encore à la traîne. Les grandes entreprises étrangères ont donc un rôle clef à jouer en Chine pour populariser ce concept de RSE et montrer le chemin d'une bonne gouvernance d'entreprise. Ainsi PSA Peugeot Citroën se mobilise pour la sécurité routière en Chine ; Carrefour soutient le commerce équitable en aidant les producteurs de poivre du Sichuan ; et, EDF travaille sur les ressources humaines. « En 2005, EDF a signé un accord RSE qui repose sur la mise en œuvre des valeurs de la charte éthique du groupe : respect de la personne, diversité, protection de l'environnement intégrité et dialogue social, explique Martin Leys, d'EDF. Ce sont ces valeurs que nous déclinons en Chine ». « Notre groupe par exemple est en train de négocier un contrat collectif qui s'applique aussi bien aux 500 salariés Chinois d'EDF qu'aux expatriés. Nous avons aussi créé un syndicat maison avec un délégué élu et rattaché à la Fédération de Pékin. Notre politique RSE est réellement un étendard de notre groupe et une valeur ajoutée lorsque nous voulons recruter ».

"Adapter les valeurs familiales à la RSE"

Les entreprises européennes et notamment Françaises sont donc en pointe dans la RSE en Chine et cela contribue grandement à leur bonne image auprès des salariés chinois. Pékin semble avoir pris conscience de cette nécessaire intégration de la RSE. Ne serait-ce que pour éviter les grèves et favoriser « l'harmonie ».
L'ouverture économique de la Chine, il y a trente ans sous le Président Deng Xiaoping, a donné un élan au décollage économique chinois. Mais sans pour autant donner les clefs d'une bonne gouvernance économique. Traditionnellement, le cœur des valeurs chinoises est la famille et c'est donc autour de ce cercle que doit se définir la RSE dans l'Empire du Milieu. « Il faudrait pouvoir étendre le contexte familial aux parties prenantes de la RSE, explique le Professeur Liu. Selon les valeurs traditionnelles, on considère le client comme un parent, plutôt que comme un roi, et on considère les fournisseurs et les distributeurs comme des frères, plutôt que comme un élément de la chaîne de valeur ». En somme, parvenir au mariage de Confucius et de la RSE.

Sébastien Le Belzic à Pékin
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