Publié le 18 novembre 2019

ENTREPRISES RESPONSABLES

Passer les traders aux 35 heures par semaine, pour des marchés financiers plus sain

Les traders travaillent trop ! C’est le constat posé par l’Association européenne des marchés financiers qui demandent aux Bourses européennes de réduire leurs horaires d’ouverture des marchés. Elle met en avant de multiples bénéfices : des traders en meilleures santé, donc plus productifs, des opérateurs boursiers plus attractif pour les jeunes talents et des clients mieux servis.

Les horaires d'ouverture des salles des marchés d'Europe continentale et de Londres sont trop étendus, au détriment de la santé des traders.
DR

Les traders veulent travailler plus sereinement. L’Association des marchés financiers en Europe (AFME) et l’Investment Association, qui représente les sociétés de gestion britannique ont lancé un cri d’alarme début novembre et ont envoyé une lettre aux principales Bourses européennes (Londres, Paris, Amsterdam, Francfort, etc.). Leur requête ? Ils estiment que les plages horaires pendant lesquelles les marchés boursiers du Royaume-Uni et d’Europe continentale sont trop étendues. Résultat, les traders ont moins de temps à consacrer aux annonces des entreprises, ils doivent commencer trop tôt, finir trop tard, au détriment de leur vie personnelle et de leur santé mentale.

Les places boursières européennes ouvrent particulièrement longtemps par rapport au reste du monde. La Bourse de Londres et la plupart des Bourses européennes sont ouvertes huit heures et demi par jour : de 9h00 à 17h30, pour la Bourse française, par exemple. L’Afme et l’Investment Association propose de réduire à sept heures d’ouverture, de 10h00 à 17h00 en France, par exemple. Soit 35 heures tout juste !

Seulement six heures à Tokyo

Ces opérateurs de Bourse n’auraient même pas à rougir d’une moindre amplitude horaire. Hors d’Europe, le New York Stock Exchange (NYSE) est ouvert deux heures de moins, de 9h30 à 16h00. La place japonaise fait encore mieux, ses marchés n’étant disponibles que six heures par jour, de 9h00 à 11h30, puis de 12h30 à 15h00. D’autant que les horaires élargis ont bien peu d’effet sur l’attractivité des places financières européennes. La Bourse de New York, avec 23 000 milliards de dollars de capitalisation, est plus importante que toutes les bourses européennes réunies. Même chose pour Tokyo: aucune place européenne n’est capable de rivaliser avec la capitalisation boursière combinée de ses entreprises.

Les traders, eux, ne seraient pas pour autant aux 35 heures. Leur journée commence en général une heure avant l’ouverture des marchés, et partent aux moins une heure après, sans jamais quitter leur bureau. Ils bénéficieront donc automatiquement d’horaires d’ouverture réduits et devraient pouvoir se concentrer de manière plus sereine à l’étude des annonces des entreprises ou de leurs dossiers d’investissement.

"Créer une culture du travail saine"

Cette mesure ne suffira cependant pas pour améliorer le volet RH du trading. "La réduction des horaires d’échange devrait s’accompagner de démarches des employeurs pour créer une culture de travail saine, notamment en ayant des politiques claires et robustes d’inclusivité et de diversité et en promouvant le bien-être des employés", souligne ainsi la note rédigée par l’Afme et l’Investment Association pour soutenir leur proposition.

Le point est crucial pour les opérateurs de marché car la profession de trader ne fait plus rêver les jeunes têtes bien faites. Le trading fait face à une concurrence féroce de la part des entreprises de la tech, aux conditions de travail bien plus flexibles et avantageuses et qui ont besoin des mêmes profils, aussi doués en maths qu’en codage. L’amélioration des conditions de travail devrait également permettre de diversifier les profils intéressés pour féminiser et diversifier ethniquement une profession encore trop dominée par des hommes occidentaux.

Enfin, dernier effet bénéfique, cette fois pour les clients des places boursières. Les deux associations professionnelles montrent en effet que le coût des transactions est plus élevé le matin que l’après-midi. La première heure de la journée est même la plus chère, notamment du fait d’une moindre liquidité du marché à cette heure du fait du trop faible volume d’échange. Ceux-ci sont majoritairement concentrés l’après-midi, 50 % étant réalisés entre 14h00 et 16h30 sur le London Stock Exchange. Réduire l’amplitude horaire devrait lisser les échanges, améliorer la liquidité des marchés et donc les coûts. Les différentes places boursières contactées étudient pour le moment la proposition.

Arnaud Dumas, @ADumas5


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