Publié le 31 mars 2015

ENTREPRISES RESPONSABLES

Jugaad : pour une innovation humaniste et responsable

Faire mieux avec moins, c’est le sens de l’innovation Jugaad que prône Navi Radjou. Ce consultant et conférencier fait de ce mot hindi désignant une ingénieuse solution de fortune, un nouveau concept à partager à travers le monde. Dans son livre "L’innovation Jugaad, redevenons ingénieux !", il présente les réalisations d’entrepreneurs des pays en développement. Et incite les entreprises occidentales à suivre le mouvement.

Couverture du livre "L'innovation Jugaad: redevenons ingénieux!"

Novethic/Repères RSE : Qu’est-ce que l’innovation Jugaad dont vous vantez les mérites dans votre livre1 ? N’est-ce pas au fond une innovation que l’on pourrait définir comme responsable ?

Navi Radjou : Effectivement. Le Jugaad est une conception humaniste et "humanisante" de l’innovation. Elle trouve son inspiration dans les pays émergents, particulièrement en Inde où des centaines de milliers d’entrepreneurs conçoivent des solutions très simples mais efficaces, en s’appuyant sur des ressources très limitées.

Autrement dit, c’est une improvisation créative et résiliente. Si l’on transpose ce concept en Occident, il n’est donc pas question de philanthropie ou de social business, mais d’un processus d’innovation qui doit apporter une valeur à l’entreprise et à la société.

Il s’agit de prendre ses responsabilités vis-à-vis de la société, à la fois par rapport au problème et par rapport aux solutions envisagées. Les entreprises doivent "faire plus avec moins", en intégrant la rareté des ressources mais aussi les marges et les exclus.

Novethic/Repères RSE : Comment la mettre en place dans les entreprises ?

Navi Radjou : Le Jugaad doit être géré par la direction des ressources humaines, car il demande un changement des mentalités. Il nécessite de penser la stratégie sur le long terme et de façon holistique. Cela commence avec le personnel de l’entreprise. Je suis par exemple favorable au fait que des critères de responsabilité soient inclus dans la rémunération des cadres ou que les membres du Comité exécutif soient également jugés à l’aune de leur fibre environnementale et sociale.

Novethic/Repères RSE : Les entreprises engagées dans la RSE sont-elles plus à même de s’orienter vers le Jugaad ?

Navi Radjou : Oui, mais seulement dans le cas où la RSE n’est pas gérée dans une perspective institutionnelle et qu’elle irrigue l’ensemble de l’entreprise et qu’elle est portée aussi bien par les managers que par les salariés. Plus généralement, les personnes les plus armées pour mettre en place le Jugaad sont les personnes qui pensent la contrainte et l’adversité comme une opportunité. En gros, celles qui réfléchissent d’abord en partant du problème pour trouver une solution.

Novethic/Repères RSE : Cela suppose donc d’agir dès la formation des managers et ingénieurs, pour changer les mentalités ?

Navi Radjou : Oui, tout à fait. Je fais de plus en plus d’intervention dans les écoles d’ingénieurs et de commerce, et l’état d’esprit est là. Ce qui leur manque ce sont des outils. En France, l’ENSCI (École nationale supérieure de création industrielle) travaille à un projet de nettoyage de la mer suite à une marée noire dans un esprit très proche de l’innovation frugale. Aux États-Unis, un cours de Stanford a de plus en plus de succès : il s’agit d’y concevoir des produits très innovants à très faible coût avec des matériaux simples, économiques, non polluants et facilement accessibles. Ils ont ainsi imaginé un incubateur pour bébé à 2% du prix de ceux actuellement sur le marché !

[1] "L’innovation Jugaad, redevenons ingénieux !" de Navi Radjou, Jaideep Prahbahu et Simone Ahuja. Editions diateino, édition française 2013, 379 pages.

Propos recueillis par Béatrice Héraud. Entretien initialement paru dans la lettre professionnelle Repères RSE N°103.
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