Publié le 11 octobre 2012

ENTREPRISES RESPONSABLES

« ISO 26 000 est une nouvelle construction de la notion de RSE »

Professeur titulaire à la Chaire de RSE de l'Université du Québec à Montréal, Corinne Gendron, développe une réflexion originale entre l'approche européenne et nord-américaine de la RSE. Elle expose cette « troisième voie » et analyse la portée de la nouvelle norme ISO 26 000.

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La Chaire de RSE de l'UQAM

Rattachée à l'École des sciences de la gestion de l'Université du Québec à Montréal, la Chaire de RSE rassemble des chercheurs, des étudiants, ainsi que des praticiens de la gestion dans une approche multidisciplinaire. Corinne Gendron, professeur titulaire, est avocate et diplômée d'HEC Montréal. Elle a ensuite mené une thèse de sociologie à l'UQAM : Éthique et développement économique : le discours des dirigeants d'entreprises sur l'environnement, 2001.

Le Québec est lié culturellement à l'Europe, tout en étant ancré dans un contexte nord-américain. Comment cette double influence a-t-elle inspiré la recherche dans le domaine de la RSE ?

Corinne Gendron. Une « École de Montréal » se développe actuellement, très tôt positionnée en dialogue avec les approches européennes et les analyses américaines ouvertes sur de nouveaux enjeux. L'École de Montréal se situe dans une perspective clairement institutionnelle et s'intéresse tout particulièrement aux enjeux de régulation à l'ère de la mondialisation. Nous portons une attention particulière à l'émergence des nouveaux mouvements socio-économiques, c'est-à-dire la généralisation, par les mouvements sociaux, du recours à des statuts économiques, comme celui d'investisseur ou de consommateur, pour faire pression sur l'entreprise.

Les pressions de ces nouveaux mouvements sociaux vous paraissent-elles être un levier essentiel sur le comportement des entreprises ?

Jusqu'au tournant des années 2000, la RSE correspondait à un ensemble de pratiques mises en avant essentiellement par des gestionnaires. Mais depuis, les gouvernements comme la société civile, les ONG et les syndicats se sont approprié le concept. Cette dynamique a culminé avec le processus rédactionnel de l'ISO 26000, auquel six catégories d'acteurs sociaux ont participé : consommateurs, ONG, syndicats, industriels, gouvernements, experts.

L'Amérique du Nord et l'Europe ont des visions assez différentes de la « CSR ». L'ISO 26000, qui a une vocation internationale, pourra-t-elle concilier les deux acceptions ?

Plus qu'un compromis entre les approches américaines et européennes, ISO 26000 est une nouvelle construction de la notion de RSE qui vient en quelque sorte balayer les définitions précédentes. La publication de l'ISO 26000 ouvre, à mon sens, une nouvelle ère de la responsabilité sociale : elle en fait un objet social, et non plus seulement managérial, à travers lequel sont explicités les ressorts de la légitimité de l'entreprise comme institution sociale.

En quoi la norme fait-elle évoluer la définition de la RSE ?

L'ISO 26 000 définit clairement l'ancrage institutionnel de la responsabilité sociale en précisant qu'elle ne se limite ni aux démarches volontaires, ni au dialogue avec les parties prenantes, et qu'elle s'appuie à la fois sur le droit et sur les normes internationales de comportement. Elle clarifie le véritable enjeu de la responsabilité sociale : baliser le comportement des institutions économiques de telle sorte que celui-ci soit plus en lien avec le bien-être de tous.

Comment pensez-vous que l'ISO 26 000 sera perçue par les entreprises ?

ISO 26000 est un texte de référence qui pourra inspirer leur démarche de responsabilité sociale. La norme pourra aussi être utilisée par les ONG dans leur dialogue avec les entreprises pour mettre l'accent sur des éléments précis de la performance sociale et indiquer leurs attentes. Plusieurs gouvernements nationaux songent aussi à des certifications inspirées d'ISO 26000. Ces certifications devraient traduire en exigences certifiables les recommandations d'ISO 26000, ce qui risque d'être ardu dans la mesure où la norme compte plus d'une centaine de pages, contrairement à 14001 ou 9000 qui n'en dépassent pas dix.

L'ISO 26000 va-t-elle dans le sens d'une amélioration du reporting RSE des entreprises, qui est aujourd'hui un des grands problèmes de la transparence des informations qu'elles publient ?

Le texte aidera, j'en suis convaincue, la pertinence et la complétude des rapports de responsabilité sociale, mais n'en sera pas une garantie. Les problèmes de transparence ne peuvent être résolus qu'à travers un système de vérification et de la réglementation.

Dans votre thèse, publiée en 2001, vous aviez analysé le discours des dirigeants sur le développement durable. Est-ce que vous notez, depuis, une évolution de la perception du développement durable au sein des entreprises ?

Depuis dix ans, le développement durable a fait beaucoup de chemin dans les entreprises et chez les dirigeants. Tous connaissent maintenant l'expression, et ont une assez bonne idée de ce à quoi elle réfère. La question qui se pose aujourd'hui est : comment traduire ces préoccupations à l'échelle de l'entreprise ? ISO 14001 a été un excellent outil pour ce qui concerne les questions environnementales, mais il en allait autrement de la responsabilité sociale. Avec l'adoption d'ISO 26000, on peut espérer que les entreprises et leurs dirigeants auront une idée plus claire des enjeux auxquels ils doivent faire face, et de ce qui est attendu d'eux à titre d'institution sociale et d'élite dirigeante.

Quelles sont, en Amérique du Nord et au Québec, les entreprises chef de file sur le plan de la RSE ?

Un tel jugement ne relève pas de l'analyse scientifique mais plutôt d'un construit social, très mouvant dans le cas de la RSE, et de surcroît, très incertain comme le montre la variabilité des classements disponibles sur la question. Il m'est donc difficile de faire palmarès, mais deux entreprises québecoises sont reconnues pour être à l'avant-garde : Mountain Equipment Coop, coopérative de consommateurs fondée en 1971 à Vancouver et spécialisée dans les vêtements de plein air, et le Cirque du soleil, entreprise de divertissement artistique.

Article paru initialement dans Repères RSE n°93 (avril 2011)

Propos recueillis par Anne de Malleray
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