Publié le 08 janvier 2019

ENTREPRISES RESPONSABLES

Gilets jaunes : pointée du doigt sur sa responsabilité, Leetchi ferme la cagnotte pour l’ex-boxeur Christophe Dettinger

La cagnotte ouverte sur Leetchi pour soutenir l’ancien boxeur, accusé d’agression sur des CRS, a connu un vif succès avec plus de 100 000 euros réunis en quelques heures. Cet engouement a soulevé l’ire de la classe politique, des forces de l’ordre et du grand public sur les réseaux sociaux. Face à ce risque réputationnel, Leetchi et sa maison mère, Crédit Mutuel Arkéa, ont décidé de clore l’opération.

Christophe Dettinger Gilets jaunes Leetchi cagnotte
L'ex-boxeur Christophe Dettinger, filmé en train de repousser des CRS à coups de poings, s'est rendu à la police le lundi 7 janvier.
@Twitter

Une cagnotte de soutien à l'ancien boxeur Christophe Dettinger, soupçonné d'avoir agressé deux gendarmes à Paris lors de la manifestation samedi 5 janvier des Gilets jaunes, a rencontré un vif succès dès sa mise en ligne. En quelques heures, elle a réuni plus de 117 000 euros et 8 000 contributeurs. Mais face au tollé suscité par l’initiative, elle a été clôturée moins de 48 heures après par Leetchi, plateforme utilisée pour la collecte des dons.

"Au vu du montant atteint à ce jour, la cagnotte n'accepte désormais plus de contributions", a indiqué Leetchi dans un communiqué. "Leetchi s'engage à ce que les fonds collectés sur la cagnotte de soutien à Christophe Dettinger servent uniquement à financer les frais de justice conformément à nos conditions générales d'utilisation et à la législation en vigueur". Il s’agit de "proscrire toute incitation à la haine ou à la violence", ajoutent les responsables.

Perte de repères

"Compte tenu des actes reprochés à Christophe Dettinger, aucune autre utilisation de la cagnotte ne saurait être acceptée", a-t-elle ajouté. Le succès fulgurant de l'initiative a suscité une avalanche de réactions politiques indignées. "C'est indécent, c'est une honte cette cagnotte", a réagi sur France Info la secrétaire d'État à l'Égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa.

"À quel degré de haine on en est arrivés dans le débat public pour qu'il y ait des gens qui décident de financer des violences gratuites contre une personne dont la responsabilité est de maintenir l'ordre public ?", a-t-elle ajouté. La ministre des Transports Elisabeth Borne a estimé quant à elle que le succès de cette cagnotte était "choquant". "Ça montre qu'on a un certain nombre de nos concitoyens qui ont perdu un peu leurs repères", a-t-elle estimé.

"Apparemment, ça rapporte de frapper un policier", a ironisé lundi sur Twitter le secrétaire d'État chargé du Numérique, Mounir Mahjoubi. De leur côté, les syndicats policiers Alliance et Unsa-Police ont évoqué "une cagnotte de la honte". Pour ce dernier, cette initiative est "dans la légitimation des violences faites envers les forces de l'ordre". Sur Twitter, des internautes critiquant l'initiative ont interpellé Leetchi, qui a répondu qu'en tant que "plateforme", elle se devait de rester "neutre".

Vide juridique

Cette cagnotte est "immorale mais elle est malheureusement légale", en raison d'un "vide juridique", a indiqué à l'AFP Anthony Bem, avocat spécialisé en droit d'Internet. "La loi interdit de faire financer des dommages et intérêts, des amendes ou des frais de condamnation judiciaire, ce qui veut dire que la condamnation doit exister au préalable", a-t-il expliqué. Or, dans le cas de la cagnotte destinée à Christophe Dettinger, "on fait financer un procès qui va avoir lieu".

Ce risque réputationnel adossé à une plateforme de financement sur Internet était déjà survenu en juin 2017. Paypal, site utilisé entre autres pour des opérations de crowfunding, avait dû fermer un compte sous la pression du grand public. Il s’agissait de celui de Génération identitaire. Ces militants nationalistes visaient à réunir 50 000 à 60 000 euros pour affréter des navires en Méditerranée afin de "contrecarrer les bateaux" utilisés par les passeurs de migrants pour rejoindre les côtes européennes.

Ludovic Dupin avec AFP.


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