Publié le 23 juin 2020

ENTREPRISES RESPONSABLES

Pour Oxfam, le CAC40 verse des dividendes trop élevés à ses actionnaires

La répartition de la valeur créée par les grands groupes français a eu tendance à se concentrer entre les mains des actionnaires et de leurs dirigeants depuis la crise financière de 2008. Dans un rapport sur le partage de richesses du CAC 40, l'ONG Oxfam constate une accélération de la financiarisation de ces entreprises, gouvernées principalement par l’augmentation du rendement actionnarial. Au risque de se retrouver mal préparées à une crise comme celle du Covid-19.

Selon l’étude, 85 % des entreprises du CAC 40 ont versé au moins une fois des dividendes supérieurs à leurs bénéfices.
@iStock

La crise financière de 2008 n’aura pas freiné la course aux dividendes. Selon une étude réalisée par Oxfam et par le Bureau d’analyse sociétale pour une information citoyenne (Basic) intitulée "CAC 40 : des profits sans lendemain", les dividendes versés par les grands groupes français ont augmenté de 70 % sur la période de 2009 à 2018. Les salaires n’ont, eux, augmenté que de 20 % sur cette période.

Lors de la crise financière de 2008, le monde appelait à un retour à l’économie réelle, en réaction à la toute puissance des marchés. Un peu à la manière dont se sont multipliés les appels au "monde d’après" pendant la crise sanitaire du Covid-19. La réalité n’a cependant pas suivi les bonnes intentions, la financiarisation de la gestion des entreprises s’étant au contraire accélérée.

La première raison tient, selon le rapport, à la liquidité de plus en plus grande des marchés financiers. En clair, les investisseurs ont un choix de plus en plus vaste entre les différentes actions, les différents indices boursiers ou encore les différentes classes d’actifs. Les entreprises doivent donc se montrer de plus en plus séduisantes pour attirer les investisseurs. Les versements aux actionnaires des entreprises du CAC 40 ont donc été en croissance continue pendant ces dix années, de manière parfois décorrélée de l’évolution de leurs bénéfices.

Dividende en hausse continue

Selon l’étude, 85 % des entreprises du CAC 40 ont versé au moins une fois des dividendes supérieurs à leurs bénéfices et presqu’un tiers en ont versé malgré des pertes. Pour s’assurer de l’augmentation de la valeur actionnariale, la rémunération des dirigeants est désormais en grande majorité indexée sur le cours de Bourse de l’entreprise. La part variable indexée sur le cours de l’action de l’entreprise représente ainsi 42,6 % de la rémunération en 2018, contre seulement 24 % en 2009.

En pleine pandémie de Covid-19, Abigail Disney, l’héritière de la célèbre entreprise américaine de divertissement du même nom, soulignait également cette dérive du management des entreprises. En privilégiant la valeur de l’action, les dirigeants de Disney ont appauvri l’entreprise au point de la mettre en sérieuse difficulté au moment du confinement de l’économie, entraînant un vaste plan de licenciement.

C’est précisément ce que souligne le rapport d’Oxfam. Alors que la part de la masse salariale dans le chiffre d’affaires des entreprises est demeurée assez stable, les rémunérations des employés n’ont que peu progressé en dix ans : seulement 21,8 %, alors que la rémunération des dirigeants augmentait de 59 %. L’écart entre la rémunération des PDG du CAC 40 et le salaire moyen dans les entreprises est passé de 86 en 2009, à 107 en 2018.

Développer l’investissement bas carbone

L’investissement dans la transition bas carbone est l’autre oublié de ces dix ans post-crise financière. Mais sur ce point, l’ONG a été confrontée au manque d’informations sur les données d’investissements verts des entreprises. Son constat se base donc sur trois sociétés, Engie, Total et Arcelor, pour lesquelles le CDP (ex Carbon Disclosure Project) dispose d’informations. La part d’investissements bas carbone ne représente que 8,8 % du montant total des investissements pour Arcelor, 2,9 % pour Engie et 1,9 % pour Total.

Oxfam veut désormais faire pression pour que le gouvernement prenne ces données en compte dans son prochain plan de relance de l’économie. L’ONG suggère notamment de plafonner la part de bénéfices dédiée aux actionnaires, pour orienter le surplus vers des investissements bas carbone. Un plafonnement à 80 % des bénéfices permettrait de dégager 7,5 milliards d’euros par an, à 50 % de 14,4 milliards d’euros et à 30 % de 27,4 milliards d’euros.

Arnaud Dumas, @ADumas5


© 2020 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

ENTREPRISES RESPONSABLES

Entreprise responsable

Actualité nationale, européenne et mondiale quotidienne de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE).

Resilience iStock erhui1979

La RSE, facteur de résilience et de compétitivité des entreprises face à la crise du Covid-19

Face à la crise sanitaire, il peut être tentant de mettre au second plan les questions environnementales. Ce serait pourtant une erreur avertissent Entreprises pour l’environnement (Epe) et le Boston Consulting Group (BCG). Dans un rapport basé sur de nombreux entretiens de dirigeants, les deux...

Equipe dirigeante CCO

Les grands patrons encore hermétiques au modèle durable, selon le Pacte Mondial

Encore trop peu d’entreprises prennent en compte les Objectifs de développement durable, selon le Pacte Mondial des Nations-Unies. La raison en est simple, cela ne fait pas partie de leur fiche de poste, une expérience en développement durable n’étant requise que pour 4 % des recrutements de grands...

Carlos Ghosn Renault retraite Liban JosephEid AFP

Carlos Ghosn donne des leçons de gouvernance sur l’Alliance Renault-Nissan

Dans une interview au Parisien, Carlos Ghosn défend son bilan à la tête de l’Alliance entre Renault, Nissan et Mitsubishi. L’ex-PDG du groupe fustige ses successeurs, dont les résultats sont "lamentables", et déplore la tournure que semble prendre l’Alliance. Malgré le cumul des pouvoirs qui le...

Devoir de vigilance iStock jauhari1

Devoir de vigilance : trois signes qui montrent son ancrage dans l'économie européenne

La pandémie de Covid-19 a montré la fragilité des chaînes d’approvisionnement et pointé du doigt les pratiques peu scrupuleuses de certains donneurs d’ordres envers leurs fournisseurs. Une situation qui remet sur le devant de la scène le devoir de vigilance. Alors que plusieurs pays préparent de...