Publié le 06 juin 2018

ENTREPRISES RESPONSABLES

Crédit Suisse s’interroge sur les alternatives au PIB pour mieux évaluer l’économie

Après les nations, ce sont désormais les entreprises qui s’interrogent sur la pertinence du PIB. Dans un rapport publié fin mai intitulé "Future of GDP" (l’avenir du PIB), le département recherche de Crédit Suisse propose d’étudier des alternatives prenant mieux en compte l’impact des activités sur l’environnement et la société.

Crédit Suisse réfléchit pousse les décideurs économiques et politiques à envisager sérieusement et rapidement des alternatives au PIB.
istock

Dans un "monde de plus en plus complexe, interconnecté et numérique", le PIB est-il toujours à même de mesurer le progrès économique ? La question se pose de plus en plus… On se souvient par exemple de la mission commandée il y a 10 ans par le Président français, Nicolas Sarkozy, et menée par l’économiste Joseph Stiglitz sur ce sujet. Mais jusqu’à présent, peu d’entreprises s’étaient saisies du sujet.

Crédit Suisse, la deuxième banque helvète après UBS, vient de le faire par le biais de son institut de recherche. Ce n’est peut-être pas un hasard : la Suisse fait l’objet d’un paradoxe qui a interpellé les dirigeants du groupe. Depuis 50 ans, il s’agit du pays qui a enregistré la plus faible croissance du produit intérieur brut (PIB) de l’OCDE, tout en affichant l’un des niveaux de vie les plus importants.

Le PIB, un indicateur dépassé et inadapté

"L’établissement du PIB comme indicateur de progrès par les décideurs tant privés que publics a conduit à négliger plusieurs effets secondaires de la croissance économique. En outre, avec une économie mondiale de plus en plus numérique, nous sommes moins aptes à mesurer précisément la productivité de secteurs entiers", précise ainsi le président du conseil d’administration du groupe Crédit Suisse, Urs Rohner.

Peu d’institutions financières prennent aujourd’hui des décisions d’investissement en se basant sur le critère du PIB. Elles sont de plus en plus nombreuses en revanche, autant dans le public que dans le privé, à mieux prendre en compte des données extra-financières pour guider leurs investissements.

"Du côté des investisseurs, la demande en données sociales, environnementales, sociales et de gouvernance, augmentent fortement. Dans le domaine public, des organisations telles que la Banque mondiales tiennent déjà compte d’indicateurs autres que le PIB pour évaluer la qualité de vie, notamment l’espérance de vie à la naissance ou l’accès à l’éducation", précise Crédit Suisse. Pour autant, à ce jour, aucun consensus international sur une solution de rechange au PIB n’a émergé.

PBI vert, revenu national brut ou indice mondial sur le bonheur ? 

Plusieurs pistes sont cependant étudiées dans le rapport. D’abord, le revenu national brut, qui partage quelques traits fondamentaux avec le PIB, mais "est plus pertinent à l'ère de la mondialisation car il tient compte des revenus générés par les sociétés et résidents étrangers".

Le rapport, qui consacre tout un volet aux lacunes environnementales du PIB, met aussi en avant des indicateurs permettant de mesurer un développement durable de l'économie et de la société. "Nous croyons que la façon dont nous gérerons les problèmes environnementaux et sociaux déterminera la prospérité dans les années à venir", précisent ainsi les auteurs du rapport. 

Parmi ces indicateurs : l’indice de développement humain (HDI), l’indice mondial sur le bonheur ou encore un PIB vert ou revenu national durable (SNI). Ils prendraient en compte le développement durable et les dégradations sur l’environnement. C'est par exemple ce qu'expérimente la Chine depuis début 2017 avec son indicateur de développement vert au niveau national, qui considère la performance économique aux côtés de divers facteurs environnementaux. 

Béatrice Héraud @beatriceheraud 


© 2021 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

ENTREPRISES RESPONSABLES

Entreprise responsable

Actualité nationale, européenne et mondiale quotidienne de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE).

Photo Tournage Secoya 1

Secoya veut réduire l’empreinte environnementale des tournages

Depuis dix ans, le secteur de l’audiovisuel français opère une lente mue afin de réduire son empreinte environnementale. Fondée par deux régisseurs, la startup française Secoya – Ecotournage a développé des outils pour rendre les tournages plus verts, comme un calculateur d'émissions de CO2, et...

Jean Moreau Indoor 2

Phenix veut devenir le champion de l’anti-gaspi en Europe

Deux nouvelles implantations européennes viennent renforcer le maillage européen de Phenix. La jeune entreprise française spécialisée dans la lutte contre le gaspillage s'est lancée cette année en Belgique et en Italie, après avoir déjà ouvert des antennes au Portugal et en Espagne. D'autres pays...

Entreprises salaries iStock fizkes

COP26 : Les collectifs de salariés et dirigeants engagés s’allient pour transformer les entreprises

Pour accélérer la transformation durable des entreprises, Les collectifs, mouvement de salariés engagés dans la transition écologique, et Impact France, fédérant une communauté de dirigeants sensibles à ces questions, viennent de créer une alliance présentée à la COP26. Soutenus par Emmanuel Faber,...

Cobalt travail enfants exploitation RDC electronique Per Anders Pettersson Getty image AFP

L'Europe veut faire émerger une filière de batteries durables, dans le respect des droits humains

Bien mais peut mieux faire, estiment Amnesty International et Transport & Environnement, à propos de la prochaine loi européenne sur les batteries durables. Celle-ci va instaurer une obligation de transparence sur la chaîne d’approvisionnement des minerais nécessaires à la production en pleine...