Publié le 23 mars 2017

ENTREPRISES RESPONSABLES

Contenus haineux : Google mis en cause par les annonceurs britanniques

L’Oréal, HSBC, Havas… Des centaines d’annonceurs boycottent Youtube, filiale de Google, au Royaume-Uni. En cause : des publicités diffusées dans des vidéos extrémistes, dont des vidéos de propagande de l’État islamique. Face à la pression, Google annonce durcir ses règles publicitaires. Cela sera-t-il suffisant ? 

À l’origine de la polémique : une enquête du Times révélant que certaines publicités d’annonceurs diffusées sur Youtube, filiale de Google, ont été placées dans des vidéos aux propos haineux, extrémistes voire terroristes.
iStock

Depuis plusieurs semaines, la liste des annonceurs mettant en standby leurs relations avec Youtube, filiale de Google, s’allonge. Le groupe publicitaire Havas, représentant pas moins de 240 clients, a décidé de "faire une pause dans tous ses investissements sur Youtube ou Google". À ses côtés, des multinationales comme L’Oréal ou McDonald's, les trois plus grandes banques du Royaume-Uni, HSBC, Lloyd et Royal Bank of Scotland (RBS), et même le gouvernement britannique. 

À l’origine de la polémique : une enquête du Times révélant que certaines publicités d’annonceurs ont été placées dans des vidéos aux propos haineux, extrémistes voire terroristes. 

 

288 000 euros de revenus pour les terroristes

 

C’est notamment le cas du quotidien britannique The Guardian, qui participe lui aussi au boycott. Une bannière de publicité du journal s’est ainsi retrouvée sur une vidéo mise en ligne par l’État islamique.

Au-delà de la question de la réputation de l’annonceur, c’est aussi la question du financement du créateur de la vidéo qui est posée. Comme tout créateur de contenu sur la chaîne vidéo souhaitant monétiser sa vidéo, le groupe islamiste a en effet touché 6 livres, soit 7 euros, pour 1 000 vues. Selon le Guardian, les terroristes ont donc pu percevoir "250 000 livres (288 000 euros) grâce à l’argent dépensé en publicité sur Youtube par des marques et le gouvernement"

Parmi les autres cas relevés, celui de L'Oréal, dont la publicité s’est retrouvée au milieu d’un sermon homophobe de l’auto-proclamé pasteur américain Steven Anderson, interdit de territoire au Royaume-Uni. Ou de la Royal Navy, dont les publicités ont été diffusées dans des vidéos du Ku Klux Klan.

Face à de telles dérives, les annonceurs britanniques demandent à l’entreprise de prendre ses responsabilités. "L'ISBA (Society of British Advertisers) exhorte Google à revoir immédiatement ses politiques et contrôles sur le placement de la publicité. Quelle que soit la politique éditoriale de Google, la publicité ne doit être vendue que comme un contenu sûr pour les marques", affirme la fédération qui représente les 450 plus gros annonceurs du Royaume-Uni. 

 

Google durcit les règles publicitaires 

 

Face à la pression, le géant fait son mea culpa : "Nous présentons nos excuses à nos partenaires et annonceurs qui ont vu leurs publicités apparaître auprès de contenus controversés. Nous prenons très au sérieux nos responsabilités pour ces problèmes", a indiqué Philipp Schindler, directeur commercial de Google, dans un communiqué publié en début de semaine.

Surtout, l’entreprise a annoncé "une position plus ferme sur les contenus haineux et offensants. Cela comprend la suppression plus efficace des annonces au contenu attaquant ou harcelant les gens en fonction de leur race, religion, sexe ou catégories similaires".

Mais pas seulement. Les publicités d’annonceurs seront publiées sur les "contenus les plus sûrs" participant au programme YouTube Partner Program. Pour rassurer les annonceurs, Google promet d’embaucher « un nombre important de personnes », sans en préciser le nombre. 

L’intention est "bienvenue", estime l’IBSA. Mais les annonceurs précisent vouloir "des preuves concrètes" avec "des garanties et des actions démontrables, qui restaureront la confiance dans ces plateformes"

Marina Fabre
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