Publié le 24 juillet 2017

ENTREPRISES RESPONSABLES

Conditions de travail : les investisseurs veulent plus de transparence

Les investisseurs veulent en savoir plus sur la façon dont les grandes entreprises gèrent leurs collaborateurs, sur l’ensemble de leur chaîne d’approvisionnement. C’est le sens de la "Workforce Disclosure Initiative", coordonnée par l’organisation britannique Share Action et soutenue par 79 investisseurs.

A l’instar de l’initiative de transparence sur les émissions de carbone des grands groupes (Carbon Disclosure Project), un programme sur les ressources humaines, baptisé Workforce Disclosure Initiative (1), a vu je jour. Il vise à mutualiser la collecte d’informations des entreprises au sujet de la main-d’œuvre qu’elles emploient sur l’ensemble de leur chaîne d’approvisionnement.

La composition et la stabilité de celle-ci, la formation mise en œuvre, la gestion des problèmes ou encore l’engagement des travailleurs sont mis en avant. Coordonnée par l'organisation britannique Share Action, l'initiative est soutenue par 79 investisseurs, représentant près de 7 000 milliards d’actifs sous gestion.

Des informations essentielles et pourtant insuffisantes

Aujourd'hui, ces derniers manquent d'informations. Selon une analyse portant sur 4 609 entreprises mondiales, seules 12 % d’entre elles ont publié leur taux de turnover et 11 % leur taux d’accidents du travail en 2014. Et quand les données sont communiquées, elles sont rarement comparables entre entreprises, même dans un secteur similaire.

"Au cours de la dernière décennie, le marché s'est concentré sur l'harmonisation du reporting concernant la gouvernance et l'empreinte carbone. En revanche, l'information sur les ressources humaines a quelque peu été oubliée", constate ainsi Candriam Investors Group, l'un des investisseurs soutenant le programme.

Ces informations ont pourtant une forte incidence sur la performance financière. Le facteur humain pèse en effet sur la réputation (attractivité et conservation des talents et des clients) et sur l’exploitation de l’entreprise (rotation et motivation du personnel, qualité de service…).

Surveiller l’entreprise et sa chaîne d’approvisionnement

Share Action précise ainsi que les 100 plus grandes entreprises américaines où il fait bon travailler surperforment depuis plus de trente. A l’inverse, le fait de manquer à certaines obligations - en matière de salaire minimum par exemple - peut entraîner des pertes boursières.

Ce constat est valable sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement, souligne Share Action. L’organisation rappelle les conséquences de l’effondrement des ateliers de confection de vêtements du Rana Plaza au Bangladesh en 2013 : "Les grandes marques mondiales qui se fournissaient dans cette usine ont subi des impacts négatifs de long terme sur leurs revenus et leurs coûts".

L’organisation précise aussi que l’initiative est lancée dans un contexte où les engagements volontaires se multiplient à l'exemple de Human Rights Corporate Benchmark et où la réglementation se renforce (loi sur le devoir de vigilance en France, directive européenne sur le reporting extra-financier, loi britannique sur l’esclavage moderne…).

Rappelons également que le respect du capital humain fait partie intégrante de la RSE, la responsabilité sociétale des entreprises. Cette thématique gagne en importance, notamment sous l'impulsion des Objectifs de Développement Durable (ODD) de l’ONU. Le "travail décent" y est indiqué en huitième objectif.

Béatrice Héraud @beatriceheraud

(1) La Workforce Disclosure Initiative est un programme lancé par ShareAction, en collaboration avec Oxfam et financé par le département britannique pour le développement international (Department for International Development)  

Pour en savoir plus voir notre dossier sur la suply chain et les droits humains 

 

 


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