Publié le 13 septembre 2012

ENTREPRISES RESPONSABLES

Communication RSE du secteur financier européen : peut mieux faire

L'étude de Novethic sur la communication RSE des banques et des compagnies d'assurance européennes révèle des pratiques très hétérogènes et de sérieuses lacunes.

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« Compte tenu du degré très élevé de défiance qu'inspire le secteur financier et des controverses liées aux besoins de compensation des impacts négatifs, il nous semble crucial pour notre industrie de tirer les leçons de cette situation et d'agir au mieux ». Cette grande déclaration est tirée de l'éditorial du rapport annuel de Crédit Suisse. L'année 2012 est encore une année noire pour la réputation du secteur financier. Entre autres, le scandales du démarchage illicite de clients français par la banque suisse UBS, de la manipulation des taux interbancaires Libor et Euribor par différents établissements bancaires européens, Barclays en tête, ou encore les affaires de blanchiment d'argent au Mexique et de transactions financières en Iran par la banque HSBC, qui pourraient lui coûter 2 milliards de dollars d'amende... Ces controverses s'inscrivent dans un contexte de défiance générale générée par la crise financière.
Les principales banques et assurances européennes ont-elles, comme le Crédit Suisse, décidé de travailler à retrouver la confiance de la société en « reconnaissant le besoin de construire des modèles économiques respectueux du développement durable » ? L'étude publiée par Novethic, le 12 septembre, s'efforce de répondre à cette question en analysant la qualité de leur communication sur les grands enjeux de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) : l'environnement, la gouvernance, leurs produits et services, leur politique sociale....
Les pratiques RSE du secteur financier sont jugées sévèrement par les spécialistes qui en donnent l'explication dans l'étude. L'agence de notation extra-financière allemande Oekom, dont l'échelle de rating va de A+ à D-, attribue ainsi au maximum C+ aux banques européennes, et B- aux compagnies d'assurance.

Des sujets majeurs passés sous silence

L'étude de Novethic s'intéresse à la communication responsable, et révèle des choix très variables d'un établissement à l'autre. D'abord en termes de volume d'information: le rapport de développement durable de Generali contient 190 pages, quand celui de HSBC n'en fait que 36. Sur le fond, de nombreux aspects de la RSE sont peu ou mal traités par la majorité des acteurs... même sur les sujets qui font l'objet d'un large débat public. Ainsi de la rémunération des dirigeants et des traders : aucun des 31 groupes financiers étudiés dans le rapport ne communique à la fois sur le plafonnement précis des rémunérations variables ou des primes et sur les conditions de performance qui y sont attachées. Autre exemple, la relation client. Il est intéressant de noter que seuls trois groupes (Crédit Mutuel, BNP Paribas et Royal Bank of Scotland) mettent en avant le fait qu'ils ont modifié leur système de commissionnement aux conseillers en agence pour éviter cette dérive.

Le rôle obscur des paradis fiscaux

Les paradis fiscaux constituent une problématique particulièrement sensible, alors qu'une étude récente du Tax Justice Network évalue l'évasion fiscale dans le monde à plus de 21.000 milliards de dollars. Rien qu'en Europe, 1.000 milliards d'euros de capitaux échapperaient à l'impôt, soit cinq fois le budget de l'Union Européenne. Avec deux conséquences désastreuses : d'une part, les opérations menées dans les paradis fiscaux sont soumises à une régulation beaucoup moins poussée, ce qui accroît la prise de risques ; d'autre part, ce sont autant de ressources fiscales qui échappent ainsi aux Etats, aggravant la crise de la dette à laquelle sont confrontés les pays développés. « En 2009, les banques ont fait de grandes déclarations sur leur retrait des paradis fiscaux, mais leur présence dans ces territoires n'a pas diminué, au contraire » regrette Mathilde Dupré, chargée de plaidoyer chez CCFD-Terre Solidaire. Elle appelle les banques à faire preuve de transparence en publiant des informations pays par pays sur leur contribution fiscale, la nature des opérations qui s'y déroulent et le nombre de leur personnel. D'après l'ONG, une filiale sur quatre des groupes financiers est située dans un paradis fiscal au sens du Tax Justice Network. « Cette liste est telle ment large qu'elle est forcément discutable » réagit Laurence Pessez, directrice de la RSE chez BNP Paribas. « Selon cette ONG nous en avons 360. Or elle compte, par exemple, la Belgique. Nous y sommes une banque de réseau avec un taux d'imposition de 33 %. Depuis le rachat de Fortis, nous avons 75 filiales en Belgique. Il faut arriver à une définition partagée de ce qu'est un paradis fiscal pour avancer sur le sujet. »

L'impact environnemental indirect, une question qui fâche

Si le tableau général comporte de nombreuses lacunes, le rapport de Novethic souligne tout de même des tendances positives, notamment sur les impacts environnementaux directs. La plupart des groupes ont mis en place une politique de réduction des émissions liées aux transports, en privilégiant la visioconférence. Le recyclage des cartouches d'encre et des équipements informatiques, ou encore la numérisation des documents pour économiser des impressions sont des pratiques répandues. Leur portée est toutefois limitée, surtout quand on la compare à l'impact environnemental indirect, c'est-à-dire aux conséquences écologiques induites par les activités de financement de ces groupes. Les choses avancent timidement dans ce domaine. Un seul groupe, Crédit Agricole, indique travailler sur une méthodologie pour évaluer l'impact induit par ses activités de financement. « En attendant de disposer de méthodologies fiables dans ce domaine, nous avons fait le choix de mettre en place des politiques sectorielles qui nous incitent à financer des projets moins émetteurs. Ce que nous pouvons chiffrer. » explique Laurence Pessez pour BNP Paribas. « Elle ajoute : « Croyez moi ce n'est pas facile d'aller convaincre notre filiale vietnamienne de ne pas financer tel projet local de centrale à charbon. Vu de chez eux, il s'agit de préoccupations de riches Européens ! ». Pour l'heure, les ONG réclament de l'information comptable, pays par pays. C'est loin d'être gagné : dans leur communication publique, tous les groupes financiers ne précisent même pas encore le nombre exact de pays dans lesquels ils opèrent...

Thomas Lestavel
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