Publié le 25 février 2011

ENTREPRISES RESPONSABLES

Carrefour actualise sa politique RSE

Entretien avec Véronique Discours- Buhot, directrice développement durable du groupe Carrefour qui présente l'actualisation de la charte sociale, du code de conduite du groupe et la mise en place de son comité éthique. Retour sur les grands enjeux en matière de RSE pour le groupe et le secteur.

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V. Discours-Buhot


Novethic : Quels sont les enjeux de la nouvelle charte sociale que vous élaborez actuellement ?

Véronique Discours- Buhot :
La charte sociale existe depuis 2000. Nous ne l'avions pas remis à jour depuis l'arrivée de Lars Olofsson à la tête de Carrefour. Annexée aux contrats d'achats des produits de marques Carrefour, c'est à travers cette charte que les usines s'engagent à respecter les droits des travailleurs. Ce document est désormais harmonisé avec le code de référence du Global Social Compliance Program (GSCP). Le GSCP, initié en 2006 avec Wal-Mart et Tesco, regroupe des grands distributeurs et industriels internationaux pour homogénéiser à terme nos politiques de responsabilité sociale dans la chaine d'approvisionnement. Après la définition d'outils de référence sur le code, les méthodologies d'audit et le choix des auditeurs, cette année nous allons travailler à une plate-forme d'échange de nos résultats pour limiter les enquêtes chez les mêmes sous-traitants. Par ailleurs à l'échelle nationale, Carrefour a initié depuis 10 ans avec ses principaux concurrents l'Initiative clause sociale (ICS), qui répond aux mêmes objectifs à l'échelle nationale. Notre nouvelle Charte Sociale inclut également une partie éthique, qui reprend les principes du code de conduite professionnelle interne que nous avons finalisé il y a quelques mois.

La Charte sociale a donc fortement évolué ?

Il n'y a pas d'évolution fondamentale dans la mesure où elle fait référence aux mêmes principes internationaux que la version précédente: la déclaration des droits de l'Hommes et les 8 principales conventions de l'OIT. Elle intègre entre autres l'interdiction du travail des enfants mais aussi l'interdiction de toute discrimination ou de travail forcé. Cependant elle confirme l'attachement de Carrefour au travail réalisé au sein du GSCP dans le but d'harmoniser vers le haut les engagements des donneurs d'ordre en RSE. Dans le cadre du GSCP, nous travaillons également avec des syndicats (UNI-commerce, principal syndicat international de la distribution, FO...) et des ONG (Fédération Internationale des Ligues des Droits de l'Homme -FIDH). Ces parties prenantes ont relu, amendé et validé nos documents et c'est important pour nous d'avoir ce regard extérieur et indépendant.

Vous êtes l'une des enseignes moteurs dans ces initiatives, pourquoi ?

Nous souhaitons que l'ensemble des acheteurs et donneurs d'ordres appliquent les mêmes règles. L'objectif est d'éviter une forme de concurrence déloyale entre les enseignes les plus avancées en matière de RSE et celles qui n'auraient aucun engagement. En l'absence de cadre international, seul le volontarisme des acteurs permet de faire évoluer le fonctionnement commun. Les entreprises, les ONG, les institutions comme l'Onu ou l'Ocde tentent tous d'apporter leur contribution, mais nous butons sur les mêmes limites, le fait que les principes de l'OIT n'aient aucune valeur juridique.

Vos exigences vis-à-vis des sous-traitants sont toujours plus importantes, mais que faites-vous en interne sur ces questions ?

Nous avons révisé notre code de conduite professionnelle interne, en renforçant la partie éthique sur des questions comme la lutte contre les conflits d'intérêt, la corruption, le développement de politique commerciale transparente... Nos employés doivent respecter 10 points principaux dans la conduite des affaires. Ce nouveau code de conduite a donné lieu à la mise en place de comités éthiques au niveau groupe et au niveau des pays regroupant notamment les ressources humaines, le service juridique et le management. Ces nouveaux outils entrainent un important travail de formation auprès des équipes en particulier des services achats et qualité, pour renforcer la place des audits sociaux dans le référencement des fournisseurs. L'actualisation de la charte a permis de relancer ces formations dans l'ensemble des enseignes du groupe dans nos pays d'implantation.

Participez-vous aux initiatives menées par le ministère sur l'étiquetage environnemental ?

Nous avons déposé un projet articulé à la fois sur nos marques propres et les marques nationales, ce qui suppose que ces dernières jouent le jeu, nous attendons une réponse. Je souligne que nous sommes le premier vendeur de produits bio et équitables, nous avons doublé le nombre de nos références en 18 mois.

Les spécialistes s'accordent pour dire que les vrais leviers d'une politique d'achat responsable sont le prix et les délais, que faites-vous sur ces questions ?

Nous avons en effet tout intérêt à fiabiliser nos fournisseurs et, sur les collections textiles permanentes comme le reste du non alimentaire, nous planifions nos commandes sur une année. Sur les produits saisonniers, les délais sont forcément plus courts, mais avec la fidélisation-80 % de nos fournisseurs travaillent avec nous depuis plus de 10 ans- nous travaillons en confiance, ce qui permet de mieux anticiper les délais. La fidélisation permet aussi des négociations sur les prix moins agressives, mais on nous fait souvent un mauvais procès sur cette question. Car les marges ne vont pas exclusivement dans la poche des distributeurs. Par ailleurs la distribution française a un taux de rentabilité faible, bien en dessous de la majorité des secteurs économiques.

Propos recueillis par Cédric Morin
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