Publié le 19 juin 2017

ENTREPRISES RESPONSABLES

Stévia : la campagne contre la biopiraterie porte ses fruits

[Mis à jour le 19 juin 2017] Utilisée pour son pouvoir sucrant et faiblement calorique, la stévia a conquis le marché de l’allégé. Mais son utilisation par les multinationales de l’agro-alimentaire relève de la biopiraterie, selon les communautés Guaranis, détentrices de ce savoir traditionnel. Après une campagne et une pétition ayant réuni plus de 280 000 signatures, l’association France Libertés et d’autres ONG représentant ces communautés, se réjouissent d’avoir pu entamer un dialogue avec les marques visées, comme Coca-Cola.

Si les entreprises de l’agro-industrie peuvent aujourd’hui utiliser la stévia, c’est grâce au savoir traditionnel des Guaranis, un peuple autochtone d’Amérique latine, éparpillé entre le Brésil et le Paraguay.
Yann Dolean / Hemis / AFP

C’est le nouvel édulcorant à la mode. On en trouve dans les sodas, les sucrettes, certains bonbons, des compotes ou le ketchup… En quelques années, la stévia et ses dérivés (glycosides de stéviol) ont envahi le marché de l’allégé

Derrière les promesses santé ou de naturalité affichées par les marques qui l’utilisent, c’est pourtant une autre histoire que veulent dévoiler plusieurs ONG, telles que France Liberté ou Public Eye. Car, si les entreprises de l’agro-industrie peuvent aujourd’hui utiliser l’édulcorant, c’est grâce au savoir traditionnel des Guaranis, un peuple autochtone d’Amérique latine, éparpillé entre le Brésil et le Paraguay.  

Une manne qui échappe aux Guaranis 

Ces communautés extrêmement pauvres et maltraitées sur leur propre territoire (au Brésil, les Guaranis sont régulièrement chassés de leurs propres terres) ne bénéficient pas de la manne qui en découle. Et celle-ci est loin d’être négligeable : le chiffre d’affaires réalisé avec les molécules issues de la stévia est estimé entre 8 et 11 milliards de dollars par an dans le monde. 

Mais aujourd’hui la stévia est majoritairement cultivée en Chine (à 80%), laissant un simple marché de niche aux petits producteurs du Paraguay (3%) et du Brésil (3%). Et les industriels sont dans les starting blocks pour commercialiser le plus vite possible du glycoside de stéviol par biologie de synthèse (plusieurs demandes de brevets sont en cours), en se passant donc de la plante elle-même. 

Pour France Liberté, SumOfUs et Public Eye, cette appropriation et commercialisation par des entreprises d’une ressource naturelle découverte et utilisée par des peuples autochtones porte un nom : la biopiraterie. Les ONG ont donc lancé une campagne internationale pour obtenir un juste partage des ressources avec les Guaranis. Et demander aux entreprises d’entrer en négociation avec les Guaranis pour trouver un accord de partage des bénéfices.  

Rencontres constructives avec les entreprises

 Un peu plus de 6 mois plus tard, celle-ci commence à porter ses fruits. 280 000 personnes ont signé la pétition des ONG.  Et les entreprises jouent le jeu. Le 2 juin, France-Libertés et Public Eye ont participé à un dialogue informel avec plusieurs entreprises prêtes à se lancer dans de telles négociations. 

Quant au groupe Coca-Cola - jusque-là réticent - il a finalement accepté de dialoguer le 7 juin 2017 avec les associations, en présence de l’International Stevia Council (ISC) et de l’Association Nationale des Industries Agro-Alimentaires (ANIA). 

"Il s’agit d’un premier pas important vers le respect de la Convention sur la diversité biologique et du Protocole de Nagoya, qui reconnaissent aux peuples autochtones le droit à une part juste et équitable des bénéfices découlant de l’utilisation commerciale de leurs savoirs", explique Marion Veber, responsable du programme Droits des peuples à France-Libertés. 

Les Guaranis, en tous cas, se tiennent prêts. Depuis plus d’an, ils se réunissent régulièrement pour se préparer à négocier avec les industriels. Dans une déclaration adoptée en août dernier, ils dénoncent "l’usurpation de [leurs] savoirs". 

Le partage ne serait pas forcément financier. "Le droit international donne aux Guaranis la possibilité de définir eux-mêmes ce qu’ils entendent par avantage, cela peut être de l’argent mais aussi une restitution de terre ou le soutien à des projets de développement ou d’infrastructure pour la communauté", précise Leandro Varison, juriste chez France Libertés. 

Béatrice Héraud @beatriceheraud


© 2020 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

ENTREPRISES RESPONSABLES

Entreprise responsable

Actualité nationale, européenne et mondiale quotidienne de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE).

AG EDF huis clos 2020

Lors de la pandémie de Covid-19, les Assemblées générales 2020 ont consacré la place stratégique de la RSE pour les entreprises

La saison des assemblées générales touche à sa fin dans un contexte terriblement particulier. Face à la situation sanitaire, et malgré un format resserré, celles-ci ont mis l’accent sur l’utilité sociale et plus généralement sur la politique de responsabilité sociale de l’entreprise (RSE). La...

Convention citoyenne climat

Convention citoyenne : le patronat rejette une écologie "punitive" mais s’accorde sur une nécessaire transformation

Bilan carbone annuel, CO2 score, télétravail... De nombreuses propositions de la Convention citoyenne pour le climat soutenues par Emmanuel Macron concernent les entreprises. Si certains économistes ont fustigé un programme de "décroissance", le Medef dit vouloir discuter et avancer pour réussir la...

Assemblee nationale Wikipedia

Les ONG demandent de conditionner les aides d’État au respect de la loi sur le devoir de vigilance

25% des entreprises que les ONG Sherpa et CCFD-Terre solidaire estiment concernées par la loi sur le devoir de vigilance ne publient pas de plan de cartographie et de prévention des risques. Un manquement qui devrait être sanctionné par le non-octroi d’aides d’État, demandent-elles, soutenues par...

Danone devient la première entreprise à mission du CAC40 et salue l'"audace" de ses actionnaires

En mai, Danone avait annoncé son intention de devenir société à mission. L’assemblée générale des actionnaires de ce 26 juin a entériné cette transformation, la première du genre pour une grande entreprise cotée, par un plébiscite avec 99,42% des voix. Une adhésion saluée par le président directeur...