Publié le 17 octobre 2019

ENTREPRISES RESPONSABLES

Pour leur première déclaration de performance extra-financière, les entreprises associent mieux stratégie et gestion des risques

Les premières déclarations de performance extra-financière des entreprises françaises, issues de la réforme européenne du reporting, ont été publiées cette année. Plusieurs cabinets de conseil ont décortiqué la façon dont les entreprises se sont livrées à l’exercice. Si les rapports permettent globalement de mieux cerner les modèles d’affaires et les risques extra-financiers auxquels les entreprises font face, ils doivent néanmoins gagner en efficacité et en clarté sur la gestion desdits risques.

Avec la Déclaration de performance extra-financière, les entreprises peuvent mieux rendre compte de leur performance globale
@OGGM

Des rapports extra-financiers d'entreprises plus abordables pour l’ensemble des parties prenantes, permettant de faire ressortir les risques environnementaux et sociaux les plus pertinents, afin de mieux les corréler à la performance financière de l’entreprise… La déclaration de performance extra-financière (DPEF), publiée pour la première fois en 2019 (1), portait de nombreuses promesses.

Un an après sa mise en œuvre, la réforme semble avoir plutôt porté ses fruits si l’on en croit les différentes analyses des cabinets de conseil – Mazars, EY, Deloitte, Capitalcom, Tennaxia... (2) - qui se sont penchés sur les déclarations des grandes entreprises françaises.

Un document plus pertinent

"La bonne nouvelle est que l’on a commencé une transition vers un reporting plus pertinent, plus matériel, avec un travail sur les modèles d’affaires, sur les risques et sur la réorganisation de l’information extra-financière", expliquait ainsi Julien Rivals, associé du cabinet Deloitte, lors de la présentation du rapport réalisé en collaboration avec EY pour le Medef. Exit la douloureuse et longue liste des 42 indicateurs ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) du reporting extra-financier que les entreprises devaient obligatoirement remplir depuis la loi Grenelle II.

"Les entreprises ont clairement changé d’optique", estime Michel Laviale, membre de la Commission Nouvelles Responsabilités Entrepreneuriales du Medef. "Cette nouvelle méthodologie nous a permis d’adapter notre politique RSE (responsabilité sociétale des entreprises, ndr) au regard des risques ESG et des risques intrinsèques à nos métiers. La DPEF permet ainsi d’aligner la stratégie globale de l’entreprise, notre vision des risques métier, notre raison d’être, avec notre stratégie RSE", souligne aussi Jean-Pierre Lassus, directeur de la division financière et membre du COMEX de Swiss Life France.

Pour le cabinet Capitalcom, la DPEF a "accéléré la transition vers un rapport intégré" ou "a minima, en a nourri les contenus". L’effet a surtout été perceptible concernant les risques, davantage évoqués dans les rapports intégrés que l’an dernier, mais surtout sur la présentation des business models.

Des entreprises en transition

La sélection des risques est la pierre angulaire de la DPEF. Le rapport EY/Deloitte/Medef note une moyenne de 10 risques par entreprise. "La démarche de la DPEF a déplacé le barycentre des sujets extra-financiers vers des sujets plus transversaux et pouvant avoir un fort impact réputationnel, économique ou judiciaire, comme la corruption, les droits humains, la chaîne d’approvisionnement, l’évasion fiscale ou l’impact social et environnemental des produits", note Éric Duvaud, associé cleantech et sustainability chez EY. Cela a notamment "permis aux entreprises de se poser la question, en interne, de la responsabilité de leurs produits en portefeuille, en faisant travailler ensemble les différents services", estime-t-il.

En revanche, les anciennes habitudes sont encore présentes et ont conduit à des rapports un peu touffus (plus de 50 pages en moyenne). Plus d’un tiers utilise toujours la présentation en trois volets (ESG) issue du Grenelle de l'environnement de 2008. Quant aux mécanismes de sélection et de hiérarchisation des risques, ils restent encore peu détaillés.

Ce qui fait dire à Éric Duvaud d’EY que "les entreprises ont fait la moitié du chemin". "Pour cette année zéro, elles se révèlent encore assez frileuses face au changement impulsé par le législateur", souligne Edwige Rey, associée responsable du département RSE et développement durable chez Mazars. Les entreprises ont notamment des réticences à construire leur publication sur des risques, considérés comme "anxiogènes", juge-t-elle. Sans compter, qu’il y a une faiblesse dans la présentation des politiques mises en place pour prévenir et éviter ces différents risques.

Enfin, l'un des apports de la DPEF est sa déclinaison à l'échelle européenne. Selon une nouvelle étude EY qui s’est penché sur son application dans 11 pays, celle-ci ouvre "le chemin à un standard extra-financier européen". 

Béatrice Héraud @beatriceheraud 

 

(1) La déclaration de performance extra-financière est une directive européenne. Transposée dans le droit français, elle concerne les entreprises françaises cotées de plus de 20M€ de bilan ou 40 M€ de CA et 500 personnes pour les sociétés cotées et les entreprises non cotées de 100M€ de bilan ou 100 M€ de CA et 500 personnes.

 (2) Les différents rapports sur la DPEF

Bilan du Medef en partenariat avec EY et Deloitte

Bilan de Mazars

Étude Integrated thinking 2019 de Capitalcom

Étude Tennaxia

Étude européenne EY sur les entreprises européennes et la DPEF


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