Publié le 04 avril 2014

ÉNERGIE

Ségolène Royal face au défi de la transition énergétique

Mener à bien la transition énergétique sera l'une des tâches principales du gouvernement de Manuel Valls. Ségolène Royal est très attendue sur le sujet, tant par les industriels du secteur de l'énergie que par les associations de défense de l'environnement. Ce dossier s'annonce épineux pour la nouvelle ministre de l'Ecologie. Les différents acteurs de cette transition énergétique campent aujourd'hui sur des positions antagonistes, en particulier sur la part du nucléaire dans le mix énergétique français. Ségolène Royal devra aussi composer avec un Premier ministre et un ministre de l'Economie très favorable à l'atome.

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Ségolène Royal, nouvelle ministre de l'Ecologie et de l'Energie
© DR

François Hollande en fait une priorité. Lors de son intervention télévisée ( ), lundi dernier, le chef de l'Etat a jugé indispensable de « produire différemment [...] C'est l'exigence de la transition énergétique qui sera maintenant préparée pour que très vite la France [...] soit moins dépendante du pétrole comme du tout nucléaire et qu'elle puisse prendre de l'avance sur les industries vertes ».

Un discours présidentiel qui fait écho aux promesses du candidat Hollande de réduire de 75 à 50 % la part du nucléaire dans la production d'électricité, de fermer la centrale de Fessenheim et de développer massivement les énergies renouvelables. Des promesses qui n'ont pas été tenues au cours des deux premières années de son mandat. Les premiers éléments de la loi sur la transition énergétique, rendus publics le 20 mars dernier, ne permettent pas de savoir quelle est la position gouvernementale sur la question.

« Nous jugerons sur pièce »

Pour Anne Bringault, la représentante du Réseau Action Climat France au Conseil National pour de Transition Energétique (CNTE): « le Président de la République doit tenir ses engagements. La loi sur la transition énergétique est un marqueur. Nous attendons le texte depuis 2012. Nous demandons au gouvernement d'exprimer une vision claire de l'avenir énergétique de notre pays ». La question du nucléaire notamment cristallise les oppositions chez les acteurs de la transition énergétique comme au sein même du gouvernement.

Conséquence ? L'arrivée de Ségolène Royal est observée avec circonspection par celle qui est également chargée de la Coordination du débat sur la transition au Comité de Liaison Energies Renouvelables : « La personnalité du ministre ne nous intéresse pas. Nous jugerons sur pièce ».

Le discours est le même du côté de France Nature Environnement (FNE). Benoit Hartmann souligne avec ironie que Ségolène Royal est la « quatrième ministre de l'environnement en deux ans. C'est bien le signe que François Hollande n'a pas de cap ». Et le porte-parole de l'association de s'interroger : « Qui définit la ligne en matière d'écologie aujourd'hui ? Le président, le Premier ministre ? Bercy ? Le ministère de l'Ecologie ? Le fait que Ségolène Royal soit numéro 3 du gouvernement est, a priori, un élément positif. Mais rien ne dit qu'elle sera en mesure de faire pencher les arbitrages en faveur d'une production d'énergie plus sobre. Elle va devoir composer avec un Etat qui a opté pour une stratégie pro-nucléaire, qui lui sert même de vitrine à l'export ! »

Pour les industriels, le nucléaire reste incontournable

Un scénario qui ferait la part belle à l'atome, à contre-sens des promesses du candidat socialiste pendant la campagne présidentielle, ne serait pas pour déplaire à Audrey Zermati, la directrice adjointe de l'Union Français de l'Electricité (UFE) : « le nucléaire permet aujourd'hui de proposer une offre relativement bon marché aux entreprises. Ce ne sera plus le cas si la part des énergies renouvelable augmente. Il faut également souligner que la filière de l'éolien et celle du photovoltaïque sont à l'arrêt, en particulier à cause de problèmes de réglementations. A l'UFE, nous abordons le dialogue avec Ségolène Royal sans idées préconçues. Mais nos préoccupations sont nombreuses. La ministre devra y répondre ».

Dans ce dossier, les arbitrages n'ont pas été rendus avant les élections municipales. Le texte sur la transition énergétique devrait être officiellement présenté en conseil des ministres avant la fin du mois d'avril.

 

 

Antonin Amado
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