Publié le 13 décembre 2017

ÉNERGIE

Migrations, inégalités, emplois : les autres enjeux de la transition climatique

En marge du One Planet Summit, qui s'est tenu cette semaine sur le thème de la finance climat, un échange a eu lieu mercredi 13 décembre sur la solidarité climatique, organisé par le ministère de la Transition écologique et solidaire. Après les nombreuses annonces du secteur financier pour réorienter les flux vers un monde bas-carbone, la France veut désormais s'impliquer sur la questions des réfugiés climatiques et des inégalités face au réchauffement.

La France va prendre la tête de la Plateforme sur les déplacés des catastrophes.

Au lendemain des nombreuses annonces du secteur financier en faveur du climat, lors du One Planet Summit, plusieurs ONG alerte sur la question des 100 milliards de dollars par an versés par les pays industrialisés vers les pays en développement pour leur adaptation au changement climatique. Ce sujet cristallise les négociations depuis des années.

Or, à la Seine musicale où se déroulait le sommet climat, si l'adaptation a été largement abordée, son financement reste insuffisant. "La France s'était déjà engagée à consacrer 1,2 milliard d'euros par an d'ici 2020 à l'adaptation et s'est contentée d'annoncer une hausse de 300 millions d'euros. C'est une goutte d'eau dans l'océan. Les besoins sont estimés à 300 milliards de dollars par an en 2030", fustige Fanny Petitbon, de l’ONG Care, à l'occasion d'une conférence organisée par le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot.

"Il n’y a aujourd’hui aucun mécanisme économique qui permet de financer massivement cette adaptation, soulève Pascal Canfin. L’instauration d’une taxe sur les transactions financières à l’échelle européenne aurait permis de faire un grand pas. Mais le projet est toujours au point mort", malgré l’appel dimanche de quatre ministres français à remettre la mesure sur le tapis.

Justice climatique

La question de l'adaptation est pourtant inscrite noir sur blanc dans l'Accord de Paris aux côtés de l'objectif de rester sous 1,5°C de réchauffement global d'ici la fin du siècle. "Nous voulons que les pays riches entreprennent des actions pour nous soutenir, car les pays vulnérables sont les plus affectés par les effets du changement climatique alors qu'ils sont les moins responsables", appelle Medhin Fissha Mekonnen, membre du V20, le forum des Etats vulnérables au changement climatique présidé par l'Ethiopie. "Nos systèmes d'assurance par exemple ne permettent pas de couvrir l'ampleur des dégâts."

"Aujourd'hui, seuls 17 % des financements climat concernent l'adaptation, souligne Claire Fehrenbach, directrice d'Oxfam France. En France par exemple la plupart de ces financements se font sous forme de prêts alors que l'on sait que les Etats qui en ont le plus besoin sont les moins solvables." L'ONG a récemment publié une étude qui évalue à 14 millions le nombre de déplacés dans les pays les plus pauvres entre 2008 et 2016 contre 1 million dans les pays riches.

Pour traiter ce sujet, Nicolas Hulot a annoncé que la France prendrait la vice-présidence en 2018, puis la présidence l'année suivante, de la Plateforme sur les déplacements liés aux catastrophes. Deux pactes mondiaux sur les réfugiés et les migrations devraient également être finalisés d'ici septembre prochain pour remédier au vide juridique qui entoure les déplacés climatiques.

Hausse des inégalités

"Un risque souvent oublié est celui de l'accroissement des inégalités, pointe également le climatologue Jean Jouzel. Le changement climatique diminue les endroits où il fait bon vivre et les populations pauvres auront plus de mal à les trouver et à y accéder. Mais ces inégalités existent aussi dans les pays riches. On l'a vu par exemple aux Etats-Unis avec la tempête Harvey, les couches pauvres de la population sont moins bien préparées. Elles ont plus de mal à quitter la ville et, six mois plus tard, elles ont plus de mal à s'en remettre."

Dans un rapport publié en septembre 2016, il appelle à intégrer dans la lutte contre la pauvreté les politiques d’atténuation du changement climatique et d’adaptation et à les évaluer au regard de leurs bénéfices pour les 20 % des personnes les plus pauvres. Mary Robinson, de la fondation du même nom pour la justice climatique, appelle quant à elle à être vigilants aussi sur les inégalités de genre car "les femmes sont beaucoup plus touchées par les catastrophes naturelles, explique-t-elle, en raison de leurs rôles (accès à l'eau, à la nourriture, agriculture...). Elles n'ont pas accès aux crédits, aux ressources, ni même parfois à des papiers d'identité."

Un travail décent pour tous

Elle cite ainsi l'exemple d'une Masaï kenyane qui dénonce un projet de ferme éolienne près de son village sans que le consentement de la population n'ait été recueilli. "La transition ne pourra pas se faire de cette façon-là, déclare Vic Van Vuuren, directeur du département des entreprises du Bureau international du travail (BIT). C'est pourquoi des principes directeurs pour une transition juste vers des économies et des sociétés écologiquement durables pour tous ont été adoptés en 2016."

Aux Philippines par exemple, où des mines sont fermées, le BIT aide le gouvernement à opérer la transition et travaille également sur la facilitation du dialogue social entre les employeurs, le patronat et les syndicats. De son côté, la France est à l'initiative de la Coalition internationale pour la mise en oeuvre de ces principes directeurs. Paris souhaite ainsi organiser un colloque pour diffuser des exemples de bonnes pratiques, rassembler les initiatives en faveur du développement des compétences en emplois verts et partager l'analyse des besoins dans les territoires vulnérables.

Concepcion Alvarez @conce1


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