Publié le 10 avril 2020

ÉNERGIE

Le coronavirus va freiner la transition énergétique

Éolien, solaire, batteries électriques... La filière des énergies renouvelables va subir de plein fouet les conséquences du Coronavirus, à l'instar de l'industrie dans son ensemble. Mais le risque est fort que les gouvernements se détournent des renouvelables à la faveur des fossiles, dont les prix sont en chute. D'ores et déjà, les prévisions ont toutes été revues à la baisse. 

énergies renouvelables éoliennes panneaus solaires photovoltaique istock ll28
Les nouvelles installations solaires et éoliennes devraient reculer pour la première fois cette année.
iStock

Pour la première fois depuis 1980, les nouvelles installations de production solaire vont baisser cette année en raison de la pandémie de Covid-19. Un rapport de BloombergNEF (BNEF) revoit en effet à la baisse ses prévisions pour 2020, avec une demande mondiale en matière d'énergie solaire passant de 121-152 gigawatts (GW) initialement prévus à 108-143 GW. Pour l'éolien, BNEF anticipe également un "risque considérable".  

"Les usines chinoises redémarrent, la pression sur l'offre de composants et équipements clé devrait donc s'alléger", soulignent les auteurs. "Mais nous sommes plus préoccupés par la demande, les décideurs politiques pouvant détourner l'attention des énergies propres au profit de préoccupations plus pressantes", craignant-ils. Et ce d’autant plus que le prix des énergies fossiles, qu’il s’agisse du pétrole, du gaz ou du charbon, est en forte baisse.  

Des effets encore plus forts en 2021

Le cabinet spécialisé Rystad (1) estime que les effets du virus se feront encore plus sentir à partir de 2021 avec un ralentissement des projets de 10 %, "alors que le dollar américain augmente et que les devises chutent à travers le monde". "Nous prévoyons que ces mouvements sur le marché des changes amèneront les entreprises à suspendre la sous-traitance des principaux composants, qui sont généralement achetés en dollars américains" notent les experts.           

Les pays les plus touchés seront l’Australie, le Brésil, le Mexique et l’Afrique du Sud, qui avaient tous d’ambitieux objectifs d’installation de panneaux solaires. "Les projets pourraient subir des augmentations de coûts en capital pouvant aller jusqu'à 36 % en raison de la dépréciation rapide des devises locales dans ces pays", précisent les experts. En Amérique latine, le Mexique et le Brésil ont la plus grande capacité de projets solaires photovoltaïques en cours de construction mais les deux pays connaissent une forte baisse des devises par rapport au dollar américain et les achats devraient s'arrêter complètement sur la plupart, sinon la totalité, des projets qui n'ont pas encore été engagés.  

Les nouvelles installations éoliennes pourraient quant à elles décliner de près de 5 gigawatts, une baisse de 6,5 % au niveau mondial selon une étude du cabinet Wood Mackenzie (2), alors que 2020 aurait dû être une année record. "L'impact le plus significatif se situe en Chine et aux Etats-Unis où des livraisons record étaient attendues mais la France, l'Espagne et l'Italie pourraient être touchées encore plus fortement en pourcentage en raison des mesures drastiques de confinement", prédit Dan Shreve, directeur de la recherche sur l'énergie éolienne. 

Des mesures de soutien

Du côté de la demande de batteries, BNEF entrevoit 3 GW à 9 GW de moins sur les 74 GW initialement prévus. Une forte contraction du marché de l'automobile, qui "aura des ramifications sur la demande de véhicules électriques et de batteries", est notamment à l'origine de ce phénomène. Pour ces experts, les difficultés des fournisseurs chinois ont en tout cas "mis en lumière la nécessité de diversifier les chaînes d'approvisionnement et renforcé l'argument en faveur d'une production localisée en Asie, en Europe et aux Etats-Unis, en particulier pour les batteries".

En France, des mesures viennent d’être annoncées pour soutenir la filière : délais additionnels, maintien des tarifs d’achat pour trois mois, appels d’offres décalés. "La crise sanitaire que nous traversons ne doit en aucune façon nous faire renoncer aux objectifs ambitieux en termes de développement des énergies renouvelables", a déclaré dans un communiqué la ministre de la Transition écologique Elisabeth Borne.

Plusieurs associations de l’énergie regroupées dans la Électrification Alliance ont demandé aux gouvernements que les investissements de relance soient particulièrement dirigés vers l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables, la chaleur renouvelable ou encore la mobilité électrique.  

Concepcion Alvarez, @conce1

(1) Voir l'étude du cabinet spécialisé Rystad 

(2) Voir l'étude du cabinet Wood MacKenzie


© 2022 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

ÉNERGIE

Transition énergetique

La transition énergétique désigne le passage de l’utilisation massive d’énergies fossiles, épuisables et émettrices de gaz à effet de serre (pétrole, charbon, gaz), vers un bouquet énergétique donnant la part belle aux énergies renouvelables et à l’efficacité énergétique.

Hiver chauffage penurie sobriete energetique istock Helin Loik Tomson

Gaz, nucléaire, renouvelables : la France est-elle assez armée pour passer l’hiver ?

Face aux risques d’approvisionnement énergétique, jugés quasi-inévitables cet hiver, et à la sécheresse qui frappe tout le pays, le gouvernement se veut rassurant. Un plan élaboré avec les entreprises devrait voir le jour à la rentrée. Le porte-parole du gouvernement, Olivier Véran, a aussi appelé...

Ampoule eteinte sobriete energetique pixabay neymark195

Plan de sobriété énergétique : les leviers les plus importants manquent encore à l'appel

Face aux risques de pénurie d'énergie annoncés l'hiver prochain, le gouvernement a lancé fin juin plusieurs groupes de travail réunissant les administrations publiques, les entreprises privées, les partenaires sociaux, les acteurs de la grande distribution et des experts de la transition. L'objectif...

Ministere de la transition ecologique action militante mur de parpaings terres de luttes

La planification écologique vue par Emmanuel Macron à travers la partition des compétences des ministères de l'Écologie et de l'Énergie

Les décrets de répartition des compétences des différents ministères ont été publiés au Journal officiel jeudi 2 juin. La transition énergétique, le nucléaire et la décarbonation des transports routiers reviennent à Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition énergétique. Le logement, la...

Duo planification ecologique

Agnès Pannier-Runacher et Amélie de Montchalin : les deux jambes d’Elisabeth Borne pour mener à bien la planification écologique

Après de longs jours d'attente, le gouvernement d'Elisabeth Borne a été dévoilé ce vendredi 20 mai en milieu d'après-midi. Les nominations des deux ministres chargées de mener à bien la transition au côté de la Première ministre étaient très attendues par les spécialistes de l'écologie. Il s'agit...