Publié le 16 septembre 2013

ÉNERGIE

La transition énergétique, un vivier d'emplois encore peu exploité

La transition énergétique pourrait créer des centaines de milliers d'emplois. C'est en tous cas ce que montrent plusieurs études récentes. Restés lettre morte auprès du gouvernement, ces travaux seront-ils remis sur la table lors de la conférence environnementale ?

141406_GF.jpg

© istock

Lors de la conférence environnementale, une synthèse du débat national de la transition énergétique va officiellement être remise au Président de la République. Parmi les 15 enjeux qui y sont identifiés : la question de l'emploi pour « développer, anticiper, préparer et réussir les transitions professionnelles ». Pourtant au cours des 8 mois de débat, la question de l'emploi induit n'y a pas occupé une place centrale (on a même plus entendu les craintes des organisations syndicales et patronales concernant la destruction d'emplois, notamment dans le nucléaire). « La plus grande prudence est à recommander dans toute déclaration publique sur les conséquences positives ou négatives de la transition énergétique sur la création d'emplois », concluait ainsi le groupe de travail sur l'emploi du Débat national sur la transition énergétique (DNTE). Et malgré une priorité affichée de lutte contre le chômage, le gouvernement lui-même semble peu sensible aux centaines de milliers d'emplois qui pourraient être créés par cette mutation si l'on en croit les études publiées récemment par le Cired/CNRS et l'OFCE. Celles-ci se basent sur les deux scénarios les plus ambitieux en termes de baisse des consommations énergétiques - 50 % à l'horizon 2050 - et de développement des énergies renouvelables (ENR).

Le Cired-CNRS, évalue ainsi à 632 000 le nombre d'emplois nets créés à l'horizon 2030 avec la mise en œuvre du scénario négaWatt, comparé à la poursuite des politiques actuelles. L'Office français des conjonctures économiques (OFCE) voit encore plus grand : 745 000 emplois créés en 2050 avec le scénario négaWatt et 825 000 avec celui de l'Ademe.

9 emplois dans le solaire contre 1 dans le nucléaire

Les ENR sont très consommatrices d'emplois et leur développement intensif créerait plus d'emplois que ceux détruits dans le nucléaire et les raffineries, soulignent ces études. La publication du Cired-CNRS chiffre ainsi à 335 000 le nombre d'emplois créés dans les ENR, contre 116 000 emplois perdus dans les énergies non renouvelables, le gaz et l'électricité. « En matière de production d'énergie, produire 1 MW crée 9 emplois dans le solaire, 3,3 dans l'éolien et 1 dans le nucléaire », souligne ainsi le député vert Denis Baupin. « Les entreprises électro-intensives crient au loup sur les conséquences sociales de la sobriété énergétique et de la réduction du nucléaire, mais elles ne sont pas des très gros employeurs », estime Madeleine Charru, du Comité de liaison énergies renouvelables (Cler). Ce n'est évidemment pas le constat des acteurs du nucléaire : fin 2011, le pdg d'EDF, Henri Proglio créait ainsi la polémique en affirmant qu'une sortie du nucléaire coûterait 1 million d'emplois. Mais les estimations sur les emplois actuels de la filière ne font déjà pas l'unanimité : en fonction des sources, elles varient de 200 000 emplois directs et indirects (rapport Roussely) à plus de 400 000 (2% de l'emploi en France) selon une étude du cabinet PricewaterhouseCoopers Advisory pour Areva...

Les ENR, elles, engendrent un peu plus de 100.000 emplois aujourd'hui, selon le s yndicat des énergies renouvelables. Mais la tendance actuelle est plutôt à la stabilité avec l'éolien et le photovoltaïque qui perdent des emplois, à peu près compensés par des créations dans le bois et le biogaz. 150.000 emplois de plus sont attendus dès 2020 dans le secteur, mais à la condition d'un soutien à la fois financier et réglementaire, souligne le SER.

Le bâtiment serait l'autre grand gagnant de la transition énergétique. Les travaux de rénovation thermique compenseraient largement la perte d'activités dans le bâtiment neuf. Pour les PME du secteur, c'est déjà une réalité. Dans une économie atone, la Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb) avoue beaucoup miser sur la rénovation thermique des bâtiments : « La rénovation thermique des logements est en croissance de 3 % par an alors que l'activité globale du bâtiment ne croit que de 1 % et s'oriente à la baisse » indiquait au Monde Patrick Liébus, président de la CAPEB fin 2012, même si depuis quelques mois ce marché stagne. Pourtant, la fédération, soutenue par l'ensemble du patronat, a bataillé ferme contre l'inscription dans la synthèse des travaux du DNTE d'une obligation de rénovation thermique pour les propriétaires, arguant du manque actuel de moyens mis en place pour y parvenir. 20 000 artisans du bâtiment manifestaient d'ailleurs le 13 septembre pour réclamer plus de mesures favorables au programme de rénovation thermique.

Les économies d'énergie transformées en emplois

L'étude du Cired-CNRS comptabilise aussi la création de 500 000 emplois indirects induits par le scénario négaWatt. Explications de Philippe Quirion, auteur de l'étude : le scénario négaWatt coûterait moins cher que la poursuite de la logique actuelle, en particulier grâce à la sobriété énergétique. Ces économies seraient autant d'argent réinvesti dans d'autres activités, créatrices d'emplois.

Jusque là les chiffres actuels corroboraient cette tendance. Le dernier baromètre d'Orientation durable des emplois de la croissance verte publié au début de l'année montrait ainsi qu'entre 2012 et 2013, les offres d'emplois publiés sur plus de 120 sites internet avaient augmenté de 51% dans les ENR et de 125% dans l'efficacité énergétique. Seulement la crise économique pèse aussi sur l'emploi vert. Selon une étude publiée le 16 septembre par Randstat, celui-ci (1) aurait fléchi de 17% au premier semestre 2013. De 9.058, le nombre d'emplois (équivalents temps plein) délégués à ce spécialiste du recrutement (le troisième en France) à ses 60.000 entreprises clientes est ainsi tombé à 7.489. Sont particulièrement touchés les installations d'équipements thermiques et sanitaires ou les travaux d'étanchéité et d'isolation...

La conférence environnementale sera-elle l'occasion de prendre en compte ces éléments ? La table ronde destinée à l'emploi se veut plus généraliste, sur l'ensemble de la transition écologique... L'examen de la loi de programmation sur la transition énergétique attendu à l'automne est lui reporté au printemps. Au plus tôt.

(1) Randstat s'appuie sur la nomenclature "emplois verts" du gouvernement.

Magali Reinert
© 2020 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

ÉNERGIE

Transition énergetique

La transition énergétique désigne le passage de l’utilisation massive d’énergies fossiles, épuisables et émettrices de gaz à effet de serre (pétrole, charbon, gaz), vers un bouquet énergétique donnant la part belle aux énergies renouvelables et à l’efficacité énergétique.

Dunkerque transition energetique CCI Hauts de france

[Municipales] À Dunkerque, l'héritage industriel devient un atout pour la transition énergétique

La communauté urbaine de Dunkerque (CUD) est la plus avancée en matière de transition énergétique dans l’Hexagone, à en croire le label Cit’ergie qui évalue l'avancée des politiques environnementales des collectivités européennes. Le territoire émet dix fois plus de gaz à effet de serre que la...

L'Indonésie porte plainte contre l'Europe devant l'OMC concernant l’huile de palme

L'Indonésie a porté plainte devant l'Organisation mondiale du Commerce (OMC) contre l'Union européenne dénonçant une politique qu'elle estime "discriminatoire" contre l'huile de palme, a annoncé le ministère indonésien du Commerce.

[Bonne nouvelle] IBM développe une batterie sans métaux lourds grâce à l’eau de mer

L'extraction du cobalt et du nickel, métaux lourds qui composent aujourd'hui les batteries, est régulièrement pointée du doigt pour ses impacts sociaux et environnementaux importants. Mais IBM pourrait avoir la solution. Le géant de l'informatique a développé une batterie très performante composée...

Après un second vote, l'huile de palme finalement exclue des biocarburants

[Mis à jour le 18/11/19] Les députés ont corrigé le tir sur l'huile de palme. Après un vote en catimini jeudi soir qui reportait son exclusion des biocarburants à 2026, ils ont fait marche arrière lors d'un nouveau vote vendredi 15 novembre. Cette seconde délibération avait été demandée par les...