Publié le 17 février 2016

ÉNERGIE

La Commission européenne met le paquet sur le gaz

Bruxelles a dévoilé hier ses propositions pour renforcer la sécurité énergétique de l'Union européenne et réduire sa vulnérabilité face au gaz russe. Au menu : une stratégie pour développer l’accès au GNL (Gaz Naturel Liquéfié), un droit de regard de la Commission sur les contrats gaziers ou encore la mise en place d’une coordination régionale entre les États pour gérer les crises. Des solutions qui n’ont pas convaincu les ONG écologistes. Celles-ci dénoncent une vision passéiste privilégiant le gaz aux énergies renouvelables et des mesures coûteuses, qui ne réduiront pas réellement la dépendance de l'UE aux importations d'énergies.

Gaz Installation gaziere iStock
Istock
Image d'illustration

Comment réduire sa dépendance énergétique ? Comment échapper au gaz russe ? Ce sont des questions auxquelles doit répondre aujourd'hui l'Union européenne. Et c'est un début de réponse qu'a proposé hier la Commission européenne, quelques mois après avoir présenté une "stratégie européenne pour la sécurité énergétique" en mai dernier. Mais sans lier ces sujets à celui du climat, regrettent les écologistes...

 

Les marges de manœuvres sont étroites

 

Aujourd’hui, l’UE reste "très vulnérable" énergétiquement. Elle importe en effet 53% de l’énergie qu’elle consomme, soit une facture de plus d’un milliard d’euros par jour. Cette dépendance est de 42% pour les combustibles solides comme le charbon, 62% pour le gaz et 88% pour le pétrole. La plus problématique, aux yeux de Bruxelles, est celle liée au gaz : 39% des importations européennes sont aujourd'hui fournies par le groupe Gazprom.

Pour contourner le géant gazier russe, la Commission européenne propose de se tourner vers le gaz naturel liquéfié (GNL), même s’il coûte plus cher. Il représente aujourd’hui 10% des importations européennes, mais certains pays n’y ont pas accès, faute d’infrastructures adéquates. La stratégie de Bruxelles vise donc à encourager et cofinancer la construction des maillons manquants, notamment de nouveaux terminaux de GNL. Le gaz, "c’est l’énergie fossile la plus propre", a assuré le commissaire chargé du Climat et de l’Energie, Miguel Arias Cañete.

 

Un pouvoir de contrôle renforcé pour la Commission

 

La Commission veut aussi obliger les États à se coordonner plus étroitement à un niveau régional, pour faire face à d’éventuelles crises gazières. "Après les crises d’approvisionnement en gaz de 2006 et 2009, nous avons dit : plus jamais ça !", a rappelé le commissaire Cañete. "Les tensions politiques à nos frontières (entre l’Ukraine et la Russie, NDLR) nous rappellent de façon cinglante que ce problème ne va pas disparaître spontanément".

Dans cette optique, la Commission préconise la mise en place de plans préventifs et de gestion de crise avec une obligation de solidarité. Ainsi, un pays ne pourrait pas fournir de gaz à ses gros industriels, si son voisin est dans l’incapacité d’en fournir à ses ménages.

Enfin, la Commission européenne demande un droit de regard sur les contrats gaziers conclus entre les États membres et un pays tiers. Elle veut aussi se mêler des contrats commerciaux entre opérateurs, dès lors qu'un État est dépendant à plus de 40% d'un pays tiers. Objectif : s’assurer de leur conformité avec le droit européen de la concurrence.

Gazprom est accusé par certains gouvernements d'Europe de l'Est d'abuser de sa position dominante. Six États (les trois pays baltes, la Finlande, la Slovaquie et la Bulgarie) dépendent à 100% du groupe. Selon Bruxelles, ces pays paieraient environ 16% de plus, tandis que l’Allemagne, qui importe les plus gros volumes, bénéficierait d’un tarif préférentiel. Les nouvelles prérogatives que souhaite s'arroger Bruxelles ne plairont pas à Berlin.

 

Vives critiques des verts et des ONG

 

Et les plans de Bruxelles ont immédiatement fait hurler dans les rangs écologistes. Pour les eurodéputés verts, la Commission fait le mauvais choix en se focalisant sur le gaz et "va à contre-courant de l’accord sur le climat conclu à Paris en décembre". Spécialiste des questions d’énergie, l’élu écologiste Claude Turmes pointe l’erreur de Bruxelles, qui a basé sa stratégie sur une "estimation exagérée" de la demande en gaz. Ce qu’a d’ailleurs souligné récemment la Cour des comptes européenne. "La Commission va gaspiller des millions d'euros dans des projets voués à l'échec, c’est la porte ouverte à des terminaux et pipelines GNL inutiles", dénonce-t-il.

De leur côté, les ONG accusent la Commission d’être aveugle au potentiel des renouvelables et à celui de l’efficacité énergétique. "La proposition de Bruxelles va prolonger l’addiction de l’UE aux importations d’énergie", déplore Jiri Jerabek, le monsieur Énergie de Greenpeace. "Les plans de Bruxelles vont enfermer l’Europe dans des décennies d’utilisation d’énergie fossile, au lieu de basculer vers les renouvelables", ajoute Molly Wash, des Amis de la terre. Elle s'inquiète des effets induits par la construction de ces nouvelles infrastructures, estimant qu'elles pousseront, in fine, l’Europe à importer davantage, notamment des gaz de schiste.

Julie Majerzcak
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