Publié le 08 juillet 2016

ÉNERGIE

L’ombre du nucléaire plane sur la transition énergétique

Le gouvernement a mis en consultation, le 1er juillet dernier, la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Il s’agit d’un document référent destiné à encadrer la production et la consommation d’énergie sur la période 2016-2023. Cette feuille de route doit servir de boussole afin que soient respectés les objectifs fixés par loi de transition énergétique, en particulier la réduction de la part du nucléaire de 75 % à 50 % d’ici 2025. Pourtant, le document présenté par Ségolène Royal, la ministre de l’environnement, reste flou sur la question atomique. Et c’est EDF qui pourrait, in fine, en faire les frais. Explications.

Centrale nucléaire Bugey PHILIPPE DESMAZES AFP
La centrale nucélaire du Bugey, dans le département de l'Ain, photographié le 8 avril 2016.
Philippe Desmazes / AFP

C’est un document que les associations de défense de l’environnement ont longuement attendu. La programmation pluriannuelle de l’énergie aurait dû être présentée fin 2015. Il aura fallu attendre 6 mois supplémentaires pour découvrir ce texte dont le rôle est d’encadrer la transition énergétique.

Les presque 300 pages de cette PPE ne contiennent pas de surprises concernant la réduction des gaz à effet de serre, la baisse de la consommation d’énergies fossiles et la montée en puissance des énergies renouvelables. Reste l’épineuse question du nucléaire. Un nœud gordien que cette PPE se garde bien de trancher.

 

Fermetures de réacteurs nucléaires : le grand flou

 

Si Ségolène Royal était particulièrement attendue sur cette question, elle a de ce point de vue déçu les acteurs de la société civile. Elle avait notamment affirmé que la programmation pluriannuelle de l’énergie mentionnerait une fourchette du nombre de réacteurs à fermer. Or rien de tel ne figure dans le document. Il est néanmoins mentionné que la production électrique d’origine atomique devra baisser d’ici 2023, de 10 à 65 térawattheures (TWh). Une baisse de 10 TWh correspond à la l’arrêt d’une seule tranche d’une centrale comme celle de Fessenheim, dont la fermeture, pourtant promise par François Hollande lors de sa campagne présidentielle, reste incertaine.

65 TWh correspond à la fin de l’exploitation d’une dizaine de réacteurs. Mais même en fermant ces 10 réacteurs, il sera impossible d’atteindre les objectifs de la loi de transition énergétique, qui prévoit une réduction de 75 % à 50 % de la part du nucléaire. En début d’année, la Cour des Comptes s’est intéressée de près au sujet. Ses conclusions ont été sans appel : tenir les engagements contenus dans la loi nécessite de mettre à l’arrêt entre 17 et 20 réacteurs sur les 58 que compte aujourd’hui le parc français.

Une dichotomie qui agace Arnaud Gossement. Cet avocat, spécialiste en droit de l’environnement, estime que "le document publié début juillet ne contient rien de neuf". Il s’inquiète du fait que "l’on semble à nouveau décorréler la question du nucléaire de celles des énergies renouvelables. Ce fut la même chose en 2008 lors du Grenelle de l’environnement". Et Arnaud Gossement d’inviter l’État à sortir, enfin, de l’ambiguïté. "Plutôt que d’adopter cette attitude fuyante, le gouvernement ferait mieux de nous dire : actuellement, on ne peut pas publier une vraie PPE car baisser la part du nucléaire, ce serait prendre un risque énorme pour EDF, c’est mettre l’énergéticien historique en danger".

 

"EDF a intérêt à ce qu’on lui torde le bras"  

 

Pourtant, les arguments en faveur d’une fermeture des centrales vieillissantes d’EDF ne manquent pas. Outre les habituels risques pointés par les contempteurs de l’atome, c’est l’énergéticien français qui pourrait en tirer le plus grand avantage. "Au niveau européen, nous vivons une période de surproduction. C’est d’ailleurs pourquoi les prix s’effondrent" analyse Maryse Arditi. La membre du directoire du réseau énergie de l’ONG France Nature Environnement pointe une donnée peu connue : la puissance des centrales nucléaires française est utilisée, en moyenne, à 74 %. Contre plus de 90 % sur le reste du continent.

"EDF à intérêt à ce qu’on lui torde le bras. Il est possible de baisser le nombre de centrales utilisées tout en maintenant le niveau de la production". Un moyen pour elle de maintenir les recettes de l’entreprises tout en évitant le "bricolage". "Nombre de réacteurs sont atteints par la limite d’âge. Il est presque impossible de tous les rénover à des conditions de sécurité satisfaisantes. Les moyens à engager sont colossaux. Les alertes de l’autorité de sûreté nucléaire (ASN) sont d’ailleurs très claires sur le sujet. Maintenir l’ensemble du parc atomique en l’état, c’est préparer les conditions d’un gros pépin".

A l’image de celui ayant eu lieu à la centrale de Paluel le 31 mars dernier et qui n’a heureusement pas fait de victime. Pour Anne Bringault, du Réseau action climat et du Réseau pour la transition énergétique, le gouvernement doit revoir sa copie. Interrogée par Le Monde, elle demande à ce que la PPE définisse "un cadre clair à EDF afin d’éviter les investissements inutiles dans la maintenance des réacteurs qui fermeront et anticiper les transitions professionnelles".

La programmation pluriannuelle de l’énergie sera débattue le 13 juillet prochain par le Conseil National de Transition Écologique.

Antonin Amado
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