Publié le 20 janvier 2015

ÉNERGIE

Economistes atterrés : la transition écologique au cœur de leur nouveau manifeste

Quatre ans après leur premier manifeste, les Economistes atterrés reviennent à la charge. Cette fois, ils veulent dépasser le constat de l’échec des politiques libérales, pour mettre en avant leurs solutions alternatives. Au cœur de leurs propositions, la question de la transition écologique et les leviers pour la mener à bien.

Le nouveau manifeste des économistes attérés.
© Novethic

"Nos sociétés sont à un carrefour, il faut reconstruire nos économies sur un nouveau socle." A ce titre, "l’écologie ne doit plus être un supplément d’âme. Elle constitue la nouvelle frontière de nos sociétés et donc de nos économies", estiment les Economistes atterrés dans leur "Nouveau manifeste" (1).

Quatre ans après leur première déclaration, le collectif de 20 économistes récidive en ce début d’année. "Notre premier manifeste avait donné l’alerte en 2010 : la poursuite et l’approfondissement des politiques néolibérales conduiraient à des régressions sans fin. Nous y sommes", écrivent-ils. Dans leur tout nouvel ouvrage collectif, l’objectif est davantage de proposer des alternatives pour sortir d’une crise qu’ils jugent économique, sociale et écologique.

 

15 chantiers pour sortir de la crise

 

Les Economistes atterrés proposent d’ouvrir 15 chantiers, guidés par 5 valeurs fortes: la démocratie, l’égalité, l’intervention publique, l’initiative des citoyens et l’écologie. Si l’écologie représente leur premier chantier, le développement durable irrigue tout le manifeste. "La relance de l’activité ne peut se faire indépendamment des nouveaux objectifs environnementaux, écrivent-ils. Au contraire, elle doit les intégrer comme des priorités."

Il s’agit de favoriser l’économie verte en investissant massivement dans les transports collectifs, les énergies renouvelables (EnR) et la rénovation des bâtiments et des zones urbaines. Mais également d’assurer une transition vers des modes de consommation et de production plus soutenables, en stoppant les aides aux industries du XXe siècle.

Et, plus largement, de "repenser l’entreprise". Cela suppose de redéfinir ses buts – "produire des biens et services utiles, développer des richesses, c’est-à-dire la valeur ajoutée et non le seul profit" – ; sa structure – avec notamment "un pouvoir de surveillance accru du comité d’entreprise sur les choix stratégiques des entreprises" – ; ses critères de gestion – "en intégrant des exigences sociales et environnementales " – ; ses moyens – favoriser les emplois non délocalisables, "promouvoir des salaires élevés tout en bordant la hiérarchie des salaires", etc.

Enfin, c’est toute la mesure des économies et de la croissance qui doit être repensée. A côté du PIB, qui est un indicateur extrêmement utile, doivent se développer d’autres indicateurs, sur l’écologie, les inégalités de revenus et le bien-être social notamment.

 

Une fiscalité écologique et sociale non punitive

 

La transition écologique exige des investissements massifs: le coût de démarrage est estimé à 3% des PIB des pays membres de l’UE, soit près de 350 milliards d’euros par an pendant 10 ans.

C’est un montant considérable, mais le coût de l’inaction serait encore plus élevé, rappelle le collectif. Comment le financer ? Les Economistes atterrés écartent d’emblée les nouveaux produits financiers "verts" tels que le marché carbone, qu’ils estiment incapables de répondre aux défis écologiques. Selon eux, il faut notamment se tourner vers la fiscalité écologique et sociale. Elle ne doit pas être "punitive", prévient Philippe Légé, maître de conférences en économie à l’Université de Picardie et membre du collectif.

Par exemple, une taxe écologique devrait être mise en place sur le diesel ou pour compenser la baisse actuelle du prix du pétrole. Mais le produit de cette taxe devrait être redistribué, aux salariés notamment. Ce n’est malheureusement pas la voie qui est prise actuellement par le gouvernement, déplore-t-il. "Le discours a beau être plus ouvert sur l’écologie, il est contrebalancé par la hausse de la TVA pesant sur les transports collectifs ou la libéralisation des transports en autocar avec la loi Macron", souligne l’économiste.

 

Un "super" pôle financier public

 

Autres pistes de financement: des plans d’investissement pour la rénovation des bâtiments, le développement des EnR et des transports collectifs ou encore la mise en place de circuits de financement privilégiés pour les projets s’inscrivant dans la transition écologique et sociale. Le collectif préconise aussi d’élargir et d’étendre les moyens de la Banque publique d’investissement (BPI) ainsi que la création d’un fonds souverain à partir des actifs de l’Agence des participations d’Etat et des ressources de la Caisse des Dépôts (dont Novethic est une filiale).

Ils "constitueraient le premier noyau d’un pôle financier public qui aurait vocation à faciliter l’accès au crédit des PME et ETI, mais aussi à fournir des fonds propres et du capital-risque pour des projets innovants s’inscrivant dans la transition écologique". Une Banque européenne d’investissement (BEI) refondue et aux ressources accrues pourrait "constituer un formidable levier pour le financement d’activités d’avenir".

Que deviendront les propositions de ce manifeste?  "Nous n’avons pas vocation à devenir les conseillers du Prince", précisent les Economistes atterrés dans un seul élan. "C’est un outil destiné à ouvrir le débat, d’abord chez les citoyens." En 2010, leur premier manifeste s’était écoulé à 100 00 exemplaires.

(1) Nouveau manifeste des Economistes atterrés, "Les liens qui libèrent", janvier 2015. 

Béatrice Héraud
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