Pénuries temporaires d'essence et baisse prévue de la production au niveau mondial ; fuites sur les deux gazoducs Nord Stream 1 et 2 et crainte d'une catastrophe nucléaire en Ukraine après que la plus grande centrale d'Europe est passée sous contrôle russe. Des tensions éclatent sur tous les fronts énergétiques, mettant en évidence la nécessité d'une souveraineté énergétique et d'une réduction rapide de notre dépendance aux énergies fossiles.

Pénuries d’essence en France et baisse de la production de pétrole au niveau mondial font craindre une hausse des prix


Des files d’attente interminables, des stations fermées, des transports scolaires annulés… Selon le gouvernement, 15 % des stations-essence connaissent des "difficultés sur au moins un type de carburant". Dans les Hauts-de-France, ce sont 30 % des stations qui sont concernées. Il n’y a pas "de pénurie, mais des tensions temporaires", a indiqué le 5 octobre Olivier Véran, le porte-parole du gouvernement à l’issue du Conseil des ministres. En cause, une grève pour la revalorisation des salaires dans les raffineries de TotalEnergies. En plein débat sur la taxation des superprofits, l’énergéticien a annoncé, fin septembre, le versement à ses actionnaires d’un acompte sur dividende exceptionnel de plus de 2 milliards d’euros.
En parallèle, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), qui inclut la Russie, a décidé de réduire sa production journalière de deux millions de barils à partir de novembre. Une décision drastique qui a déjà des conséquences sur les prix. Après une baisse continue depuis le début de l’été, ils repartent à la hausse, franchissant le seuil des 90 dollars le baril. "La décision de l’Opep favorable à la Russie montre à quel point nous devons tout faire pour réduire notre dépendance aux énergies fossiles. La transition énergétique et notre plus grande autonomie stratégique sont bien les deux faces de la même médaille", a réagit sur Twitter l’eurodéputé Renew Pascal Canfin, président de la commission environnement du Parlement européen.

Le sabotage supposé des gazoducs Nord Stream 1 et 2 révèle la fragilité de l’Union européenne


Les fuites de gaz, la semaine dernière, dans les gazoducs Nord Stream 1 et 2, reliant la Russie à l’Allemagne ont mis l’Europe en émoi. Si la piste d’un sabotage n’est pas encore confirmée, ces incidents révèlent la vulnérabilité des infrastructures sous-marines, et plus largement du continent européen face à cette énergie. Selon Fatih Birol, le directeur de l’Agence internationale de l’énergie, interviewé dans Le Monde, près de 90 % des stocks européens sont actuellement remplis (100 % en France). L’Europe devrait passer l’hiver "s’il n’y a pas de mauvaises surprises, comme le sabotage d’un pipeline ou un hiver extraordinairement long et froid".
La situation s’annonce en revanche plus compliquée pour l’année prochaine, quand il n’y aura plus du tout de gaz russe et une hausse de la demande chinoise en GNL. Cela va impliquer une solidarité européenne. Or celle-ci semble se fissurer. Après les critiques sur le plan de sobriété énergétique allemand, les eurodéputés ciblent la France, qui refuse toujours de rouvrir les discussions sur le gazoduc MidCat. Ce projet, abandonné en 2018, prévoyait de relier la Catalogne à l’Occitanie. Il est aujourd’hui remis à l’agenda par une majorité de parlementaires européens, favorables à l’ouverture de nouvelles interconnexions gazières. Pour l’heure, la France dit non et la Commission européenne ne s’est pas encore positionnée.

La centrale nucléaire de Zaporijia passe officiellement sous contrôle russe


Occupée depuis le 4 mars par l’armée russe, la centrale nucléaire de Zaporijia, située au sud de l’Ukraine dans l’un des territoires officiellement annexés par la Russie, vient de passer officiellement sous contrôle russe. Sa gestion administrative a été transférée à Moscou, selon un décret signé le 5 octobre. Cette décision intervient quelques jours après l’enlèvement du directeur général ukrainien de la centrale, Ihor Mourachov, kidnappé le 30 septembre par les Russes avant d’être relâché deux jours plus tard. Quelque deux cents employés ukrainiens travaillent toujours sur le site, sous la menace des Russes.
Aussitôt, Rafael Grossi, le chef de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), a annoncé son départ vers la capitale ukrainienne, afin de discuter de la mise en place d’une zone de sécurité et prévenir tout accident nucléaire autour de la centrale, la plus grande d’Europe, cible de bombardements réguliers. Le président des Etats-Unis, Joe Biden, évoque quant à lui un risque d’"apocalypse", pour la première fois depuis la guerre froide. "La situation autour de la centrale de Zaporijia marque un tournant : c’est la première fois qu’on utilise la dissuasion nucléaire civile comme une arme face à l’ennemi. C’est un changement de paradigme majeur"analysait mi-septembre pour Novethic Erwan Benezet, journaliste et auteur de "Nucléaire : une catastrophe française".  
Concepcion Alvarez @conce1

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