Publié le 22 juin 2018

ÉNERGIE

[Décryptage] Charbon en Allemagne et Nucléaire en France : deux revers d’une même médaille

Les Allemands abaissent leurs ambitions en matière de réduction des émissions de CO2. Les Français repoussent la réduction de la part du nucléaire au-delà de 2030. Ces deux nations, qui n’hésitent pas à critiquer le modèle énergétique du voisin, prouvent à grande échelle la gageure qu’est la transition énergétique. Critiquée, la stratégie de Nicolas Hulot et Svenja Schulze de fixer à leur nation des échéances plus réalistes est pourtant le meilleur moyen de ne pas tomber dans l'immobilisme.

Nucleaire et charbon Kodda
Allemagne et France ne parviennent pas à mener leur transition énergétique aussi vite que voulu.
@Kodda

Les Allemands pointent du doigt la France dépendante à 75 % du nucléaire et qui reporte sine die la fermeture de ses réacteurs. Et ce alors que Berlin va parvenir à sortir entièrement du nucléaire en 2022. De leur côté, les Français critiquent ouvertement l’Allemagne qui met encore en service de nouvelles mines de lignites et des centrales à charbon en très grand nombre, quand l’Hexagone mettra à l’arrêt sa dernière centrale de ce genre en 2023.

Avant de se critiquer l’une l’autre, les deux plus grosses nations productrices d’électricité en Europe feraient bien de balayer devant leur porte. Car les deux se retrouvent face à une impasse pour leur transition énergétique. Paris et Berlin illustrent la difficulté de faire évoluer leur modèle énergétique inadapté aux exigences climatiques ou aux vœux des citoyens, tout en assurant le triptyque essentiel : coûts maîtrisés, sécurité d’approvisionnement et sûreté.

Les deux pays se sont fixés des ambitions inatteignables. La seule conséquence est l’immobilisme de chaque côté du Rhin. Aucun réacteur fermé en France depuis la loi de transition énergétique votée en 2015. De plus en plus de centrales au charbon en Allemagne malgré les engagements en matière d'émission. "À quoi bon se battre puisque les objectifs sont hors de portée ?", semblent dire les gouvernements des deux pays.

Des objectifs tenables

Pourtant, dans une certaine mesure, l’arrivée de Svenja Schulze (SPD) au ministère allemand de l’Environnement depuis mars 2018 et celle de Nicolas Hulot au ministère de la transition énergétique en France depuis mai 2017 changent un peu la donne. Les deux ministres ont, chacun de leur côté, décidé de remettre ces objectifs sur la table en leur fixant des horizons tenables… non sans subir le feu des critiques d’ONG.

Ainsi, Berlin table désormais sur une baisse de 32 % de ses émissions de gaz à effet de serre en 2020 par rapport à 1990, contre 40 % auparavant. En 2016, elle émettait seulement 28 % de gaz à effet de serre de moins qu'en 1990. "Au cours des dernières décennies, il y a eu des échecs en matière de politique climatique qui ne peuvent être résolus en peu de temps", a reconnu la ministre de l'Environnement Svenja Schulze (SPD).  

"Nous devons de toute urgence nous remettre sur les rails pour atteindre notre objectif de 40 % le plus tôt possible", justifie-t-elle. Une commission a ainsi été créée pour prévoir la sortie du charbon dans le pays et doit rendre ses conclusions d’ici la fin de l’année.

Nicolas Hulot, anti-nucléaire

En France, Nicolas Hulot a annoncé un report de l’objectif de 50 % de la part du nucléaire, initialement fixé à 2025. Soutenu par son Premier ministre Edouard Philippe, la date se situerait aux alentours de 2030-2035. La date précise est promise par le gouvernement pour début juillet lorsque celui-ci remettra sa feuille de route dans le cadre de la programmation pluriannuelle de l’énergie pour les périodes 2018-2023 et 2024-2028.

Les détracteurs jugent que les deux politiques se sont soumis aux lobbies industriels. Difficile d’y croire côté français quand on entend Nicolas Hulot parler de la filière électronucléaire. Selon lui, l’atome emmenait la France, et EDF, "dans une dérive", jugeait-il sur France Info le 21 juin. Il ajoute : "Il faut sortir des dogmatismes (...). Je pense que l'avenir d'EDF, et l'avenir notamment économique, il est d'abord et principalement dans l'efficacité énergétique et le développement des énergies renouvelables", a ajouté le ministre.

Bien sûr, il est difficile de se satisfaire de la lenteur de la transition, que certains dénoncent comme un manque d’ambition. Mais elle vaut mieux que l’absence de décision comme ce fut le cas sur le nucléaire pendant le quinquennat de François Hollande où les reports réguliers de la fermeture de la centrale de Fessenheim (désormais prévue en 2019) ont fini par tourner à la blague.

La crédibilité de la transition énergétique passe avant tout par la preuve que des objectifs sont atteignables… Or jusqu’à maintenant les "échecs", comme évoqués par la ministre allemande, n’ont fait que faire douter sur sa faisabilité.

Ludovic Dupin @LudovicDupin


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