Publié le 18 janvier 2008

ÉNERGIE

Brésil : une politique énergétique à part

Avec l'adoption d'un nouveau biodiesel, le Brésil renforce son avance et son indépendance énergétique sur la scène internationale. Grace à la diversification de ses sources d'énergie, dont la moitié pratiquement est renouvelable, ce pays grand comme seize fois la France est en train d'assurer son autosuffisance énergétique.

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Les ONG demandent à l'UE des normes strictes sur les biocarburants

Plusieurs ONG dont Les Amis de la Terre, Greenpeace et Oxfam appelent la Commission européenne à adopter des normes ''plus strictes'' sur la production de biocarburants alors que l'UE la s'est fixée pour objectif d'atteindre 10% de biocarburants dans les transports d'ici 2020. Elles estiment que le projet actuel ne garantit pas la production de biocarburants durables et craignent qu'une production à grande échelle augmente les prix des denrées alimentaires. Par ailleurs, cette production pourrait entraîner selon elles des déplacements d'autres activités agricoles dans des zones sensibles comme les forêts tropicales ou la savane.

Depuis le 1er janvier 2008, les 35 000 stations-service du Brésil commercialisent un nouveau type de carburant, le « B2 », un diesel d'origine fossile additionné d'une petite quantité (2%) de diesel végétal. Son origine? Les cultures d'oléagineux, soja, tournesol, huile de palme, ricin, coton, jatropha... D'ici 2013 voire 2010, ce «B2» devrait devenir le «B5» avec un pourcentage obligatoire de 5% de diesel vert. Testé avec succès sur des voitures du groupe PSA, ce biodiesel permet une réduction de 16% des émissions de fumée et de gaz. De la frontière guyanaise à la frontière argentine, l'arrivée de « l' huile de pompe» provoque un grand enthousiasme dans tout le pays. D'abord parce que les Brésiliens réaffirment leur avance technologique en matière de biocarburants. Ensuite parce que le Brésil avance doucement mais sûrement vers l'autosuffisance énergétique: pétrole off shore, barrages hydroéléctriques sur ses grands fleuves, éthanol de canne à sucre et bientôt de bois... et relance du programme nucléaire. Le biodiesel marque un nouveau pas dans cette voie. Avec lui, c'est 500 millions de dollars US sur les importations d'énergie que le Brésil s'apprête à économiser cette année.

En 2005, le Brésil a en effet produit 89% de l'énergie consommée dans tout le pays, des bretelles d'autoroutes du Sud jusqu'aux méandres de la lointaine Amazone. A titre de comparaison, la France n'en a produit que 49% . Il est vrai que depuis 30 ans, le Brésil s'est donné les moyens de cette indépendance au prix d'investissements pharaoniques dans la diversification des sources d'énergies et dans la priorité donnée aux énergies renouvelables.
Dans la foulée des deux chocs pétroliers, des choix basés sur l'immense potentiel bleu et vert du pays ont été faits. L'eau d'abord, dont le Brésil avec ses importants cours d'eau du Nord et du Sud, est l'un des réservoirs mondiaux: 20% de l'eau de la planète. Le végétal ensuite, puisque les immenses réserves foncières ont fait du pays, un pionnier mondial des biocarburants. En 2005, 84% de sa production d'électricité provenait de ses centrales hydrauliques (10% en France) tandis que 20% de ses automobilistes roulaient à l' éthanol. Un secteur économique considérable : 235 millions de tonnes de canne à sucre employés pour cette production, 75 000 planteurs, 1 million de salariés, 370 distilleries et 35 000 stations services qui distribuent un alcool pur ou mélangé. Pour autant, les problèmes écologiques liés à la production d'éthanol, liés notamment au brûlage de la paille, ont conduit à créer un "protocole vert », qui met fin à ce procédé pour 2017.

Impacts écologiques

L'éthanol participe à hauteur de 16% dans le bilan énergétique du Brésil et le bois continue d'être une source importante (14%), posant également des problèmes environnementaux liés à la déforestation, et constituant de fait une des principales sources d'émissions de gaz à effet de serre du pays. C'est en fait grâce à un recours massif à l'hydroélectricité (première source d'énergie du pays) que le Brésil dispose d'un bilan CO2 moins élevé que les grands pays émergents, bien que le pétrole constitue encore une source d'énergie importante. Les Brésiliens vont désormais le chercher en mer, les gisements potentiels étant déjà exploités. Petrobras est d'ailleurs devenu le leader mondial dans l'exploitation en eaux profondes et vient de découvrir au large de Santos un gisement suffisant pour assurer les besoins du Brésil dans les 50 prochaines années.

Enfin, le nucléaire, abandonné dans les années 90, va reprendre au grand dam des ONG. En 2005, seuls 2% de l'électricité provenaient en effet de la centrale nucléaire d'Angra dos Reis. Ses défenseurs afffirment en effet que c'est la seule façon d'éviter un « black out », comme celui qui s'est produit en 2001 suite à une grande sécheresse. Car si les fleuves brésiliens sont longs et puissants, ils sont sujets aux variations. De quoi revendiquer malgré tout 47% d'énergies renouvelables, et ce n'est qu'un début, car sur les 62 millions d'hectares actuellement cultivés, seuls 5% sont occupés par la canne. Il reste encore 90 millions d'hectares de terres cultivables (hors Amazonie). De quoi produire de l'éthanol et du biodiesel sans mettre en péril l'équilibre alimentaire du pays. Car si l'objectif de l'éthanol est largement industriel, celui du biodiesel est plus social. Conçu comme un outil du Programme « Faim Zero », il parie sur la petite agriculture familiale pour la production d'oléagineux. Le risque que les agrocarburants font peser aujourd'hui sur le Brésil ne relèverait pas, selon les experts du pays, du péril alimentaire (sur 90 millions d'hectares encore disponibles - hors Amazonie- seuls 22 sont aptes à la canne et 68 restent disponibles pour l'alimentaire) mais d' un accroissement des inégalités sociales liées à la concentration des terres. Et s'il y a un risque environnemental, celui-ci n'est pas lié à l'Amazonie mais à la pression que la culture du soja et de la canne font peser sur la biodiversité des «cerrados», vastes plateaux de savanes arborées au Centre-Ouest du pays.

Kakie Roubaud
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