Publié le 05 juillet 2013

ÉNERGIE

Batho se voit désormais en lanceuse d'alerte

Deux jours après son limogeage par François Hollande, l'ex-ministre de l'Ecologie Delphine Batho a voulu mettre les points sur les « i » dans une conférence de presse particulièrement offensive organisée à l'Assemblée nationale, où elle va bientôt reprendre son siège de députée des Deux-Sèvres. Elle dénonce un changement de cap du gouvernement et la pression des lobbies.

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Delphine Batho lors d'une audition à l'AN

« Disproportionnée », c'est ainsi que Delphine Batho qualifie aujourd'hui 4 juillet la réaction du gouvernement et de l'Elysée qui a conduit à son limogeage deux jours plus tôt, quelques heures seulement après avoir critiqué sur RTL la baisse du budget alloué à son ministère (voir Le budget du ministère de l'Ecologie provoque le départ de Delphine Batho). Dans toutes ses années de militantisme -depuis l'âge de 13 ans contre le racisme et l'extrême droite, rappelle-t-elle - et de travail au sein du parti socialiste puis du gouvernement « jamais je n'ai été prise en défaut de loyauté contre mon camp », « jamais je n'ai commis de bourde », « je n'ai pas davantage manqué de solidarité avec le gouvernement (...) y compris sur le budget », a-t-elle tenu a préciser dans une conférence de presse à l'Assemblée nationale le 4 juillet.

Les vraies raisons de son éviction selon Delphine Batho

Comme lors du jeu des chaises musicales qui avait « transféré » Nicole Bricq du ministère de l'Ecologie à celui du Commerce extérieur quelques semaines seulement après son arrivée, la pression du lobby industriel est évoquée par Delphine Batho. « Il y a assurément une résistance au changement qui se concentre sur l'écologie. (...) Ce n'est d'ailleurs pas nouveau de dire que ce ministère est très exposé à l'action des lobbies... », assure-t-elle.

« Certaines puissances économiques n'acceptaient pas le niveau d'ambition que je fixais pour la transition énergétique, notamment sur la question du gaz de schiste et la réduction de la part du nucléaire en France. Certains ne se sont pas cachés de vouloir ma tête mais si le gouvernement avait été solidaire, ils n'y seraient pas parvenus», a-t-elle déclaré.

Plus précisément, c'est Vallourec, leader mondial des tubes en acier destiné à l'industrie pétrolière et gazière, qui est cette fois visé. « Est-il normal que le patron de l'entreprise Vallourec, directement intéressé par l'exploitation des gaz de schiste, ait pu annoncer ma marginalisation des semaines à l'avance devant des responsables de son entreprise aux USA ? » a ainsi demandé Delphine Batho. « Y-t-il eu conflit d'intérêt ? », soulève encore l'ex-ministre sans vouloir donner de réponse...Car il faut savoir que le président du directoire de Vallourec, Philippe Crouzet, est marié à Sylvie Hubac, aujourd'hui directrice de cabinet...de François Hollande (voir l'article de Challenges : "le limogeage de Batho était dans les tuyaux") .

Le Chef de l'Etat et le gouvernement en prennent d'ailleurs pour leur grade. A l'aune de ce budget 2014, l'ex-ministre de l'Ecologie dénonce « un tournant » au sein du gouvernement. Un tournant dans le fond : celui de « la rigueur », qui hypothèque la capacité de « mener à bien la transition écologique », un tournant aussi dans la méthode. Contrairement aux habitudes, « il n'y a pas eu débat collégial au sein du gouvernement sur les arbitrages budgétaires...comme il n'y en a plus sur tant d'autres sujets », a-t-elle regretté. Et quand elle a voulu revenir sur les réductions de budget de l'Ademe et demander « des signaux forts envoyés à l'écologie au travers des investissements d'avenir et de la fiscalité écologique »...... « Il m'a été très fortement déconseillé de demander un rendez-vous auprès du Premier ministre », souligne Delphine Batho. Dans la presse, les conseillers de Matignon avaient annoncé qu'aucun arbitrage n'avait été sollicité par la ministre.

Déchargée de ses fonctions ministérielles, Delphine Batho assure ne pas avoir de plan de carrière défini. Elle annonce cependant son retour à l'Assemblée nationale, où elle occupait depuis 2007 un siège de député pour les Deux-Sèvres, siège qu'elle avait laissé à son suppléant après avoir de nouveau remporté cette circonscription -au premier tour- lors des législatives de 2012. Elle assure aussi vouloir continuer à défendre l'environnement. « J'assume ma responsabilité d'être une lanceuse d'alerte, pour la gauche, pour l'écologie, pour ceux qui veulent le changement » a-t-elle déclaré avant d'évoquer l'idée d'apporter son « aide » et son « expérience » à la Fondation Nicolas Hulot.

Béatrice Héraud
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