Publié le 10 avril 2014

ÉNERGIE

Allemagne : forte mobilisation citoyenne pour sauver la transition énergétique

Après des mois de tractations, Berlin présentait ce mardi la révision de la loi EEG, à l’origine du succès des énergies renouvelables en Allemagne. Le texte fait la part belle au secteur industriel. Les acteurs de la société civile ne cachent pas leur profond mécontentement. Et se mobilisent.

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l’éco quartier de Fribourg en Allemagne
© istock

Le ton est posé, les propos combatifs. « La participation citoyenne dans la transition énergétique fait bien partie du programme gouvernemental .Sur le papier. Mais la nouvelle mouture de la loi EEG ne fait aucun cas de l’avis des acteurs de la société civile. Il y a visiblement d’autres intérêts qui pèsent plus lourds à Berlin ». Verena Ruppert, biologiste de profession, donne rendez-vous dans les locaux de la Entsorgungsbetrieb, l’entreprise de collecte des déchets de la ville de Mayence.

 

Sur le toit du bâtiment, des panneaux solaires ont été installés. Des panneaux qui n’ont, a priori, rien de particulier, sauf qu’ils ont été financés par la coopérative énergétique UrStrom qu’elle a contribué, avec d’autres citoyens de la région de Mayence, à créer en 2010. « Ils fournissent directement en énergie le centre de collecte. Il n’y a aucun intermédiaire. Aucun réseau de distribution n’est nécessaire. L’électricité est produite et consommée sur place. C’est ce qu’une coopérative énergétique peut faire de mieux. Mais au lieu de valoriser des initiatives comme la nôtre, la réforme les freine au profit du secteur industriel ».

 

En Allemagne, dans le secteur de l’électricité verte, près d’un kilowatt-heure sur deux est produit par des installations financées par des coopératives énergétiques, rappelle la biologiste. De fait, la dernière étude en date sur ce secteur montre qu’avec une production annuelle de 34 GW en 2012, les coopératives énergétiques fournissent  47% de la production d’électricité d’origine renouvelable, contre 12% (ou 9GW) pour les énergéticiens conventionnelles. Le nombre de coopératives énergétiques ne cesse d’augmenter. Le pays en compte actuellement 888 (voir graphique).

 

Pourtant, malgré leur poids économique et social, les membres de ces coopératives ont aujourd’hui le sentiment que leurs intérêts ne sont pas pris en compte. Les représentants de ces «Energiebürger» n’ont eu de cesse, lors des tractations sur la réforme d’appeler à une baisse significative du nombre d’entreprises exemptées du paiement de la taxe énergétique. Il s’agit à leurs yeux de répartir plus justement le financement de la transition énergétique. Or, si baisse il y a, elle passe de 2 100 entreprises exemptées de taxe (provoquant pour l’année 2012 un manque à gagner de 5,1 milliards d’euros) à 1 600.

 

« La transition énergétique ne doit pas devenir un gala promotionnel pour le bénéfice des grandes entreprises », s’insurge Oliver Moldenhauer, qui fait partie des quelque 30 000 personnes ayant manifesté le 22 mars dernier contre les projets gouvernementaux.

 

Après l’annonce de la réforme, ce quarantenaire ne décolère pas : « elle ne fait qu’étrangler l’investissement participatif dans les énergies renouvelables. Ce qui est ici particulièrement absurde, c’est que Gabriel Sigmar (le ministre de l’Economie et de l’Energie, ndlr) veut faire payer les opérateurs des petites centrales solaires qui consomment leurs propres électricités. Qu’est-ce qui vient après ? La taxe écologique sur les tomates que l’on fait pousser soi-même ? »

 

Verena Ruppert, visage avenant, lunette discrète et cinquantaine pimpante, reste sereine. La réforme ne fait que consolider encore un peu plus son action sur le terrain. Elle fait partie des membres fondateurs de la Bündnis Bürgerenergie, un lobby « qui défend les intérêts des citoyens auprès des politiques à Berlin », explique-t-elle. « Les grandes entreprises, les organisations industrielles et patronales ont tous leurs propres lobbys. Mais pas les citoyens, qui constituent pourtant le moteur de la transition énergétique. Nous voulons y remédier ». En attendant, la société civile rassemble d’ores-et-déjà ses forces. La prochaine manifestation aura lieu le 10 mai prochain à Berlin.

Claire Stam, à Francfort
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