Publié le 06 mars 2018

ÉNERGIE

Bruno Le Maire lance un groupe de travail avec Renault et PSA pour répondre aux enjeux économiques de la sortie du diesel

Le ministre de l’Économie veut réunir la filière automobile française pour relever le défi de la sortie du diesel. C’est une question de santé publique, mais aussi un défi économique pour une industrie qui a fait de cette motorisation sa spécialité.

Usine Renault de Dieppe avec Carlos Ghosn et Bruno Le Maire lors de l'inauguration de l'Alpine
@Renault

Le gouvernement réunira début avril les dirigeants de l'industrie automobile pour l'adapter au déclin attendu du diesel, a annoncé le ministre de l'Économie Bruno Le Maire. "Je réunirai début avril la filière automobile pour regarder ensemble les défis qui l'attendent. Je pense en particulier au diesel", a déclaré Bruno Le Maire lors de sa visite de l'usine PSA de Mulhouse (Haut-Rhin) fin février.

La réunion aura pour objectif de réfléchir à la façon d'"accompagner les sous-traitants" dans le déclin attendu des ventes de voitures diesel, et à "comment accompagner une grande entreprise comme PSA dans cette transformation de la motorisation vers l'essence, l'hybride, l'électrique, au détriment de ce qui a fait sa force", a poursuivi le ministre de l'Économie et des Finances dans une allocution aux dirigeants de PSA et élus locaux qui l'accompagnaient dans sa visite.

 

Cette réunion sera la première du comité stratégique de la filière automobile, a précisé Bruno Le Maire, qui a déclaré y souhaiter la présence du patron de PSA Carlos Tavares et de celui de Renault Carlos Ghosn.

Des émissions de CO2 en hausse

PSA "sera prêt l'an prochain" pour appliquer des "technologies, actuellement en phase finale" d'élaboration, au titre de son "engagement dans la transition énergétique", a souligné Carlos Tavares auprès de journalistes lors de cette visite à Mulhouse. Pour PSA, "il n'y a pas de débat sur la nécessité" de cet engagement en faveur des motorisations alternatives au diesel, a-t-il affirmé.

Ce groupe de travail ne sera pas simple à gérer. Il y a bien sûr un fort enjeu économique car la filière française a fait du diesel une expertise relativement inégalée dans le monde. Il y a aussi une question climatique, car le rééquilibrage du parc automobile neuf du diesel vers l’essence a une conséquence inattendue.

Selon les données de l’agence AAA Data, les véhicules neufs émettent en moyenne 111 grammes de CO2 par kilomètre en 2017, contre 110 g/CO2/km l’année précédente. C’est seulement 1 gramme de plus, mais cela rompt une courbe orientée à la baisse depuis 1995. Cela s'explique par la baisse des ventes de diesel l’année passée pour atteindre 47,3 % du marché. Si la motorisation diesel est plus polluante, en émettant des oxydes d’azote (NOx) et des dioxydes d’azote (NO2) dangereux pour la santé, elle émet aussi 20 % de CO2 de moins que les moteurs essence.

Interdiction dans les villes

Selon Bruno Le Maire, la motorisation fait partie du "défi environnemental" auquel l'industrie automobile française doit répondre, "à un rythme raisonnable par rapport aux capacités d'investissement des usines". Il évoque aussi d’autres enjeux : "la formation accompagnant la robotisation" et la capacité à produire des "innovations de rupture, par exemple sur le stockage de l'énergie renouvelable".

L'anticipation de la sortie du diesel est d'autant plus importante que plusieurs villes envisagent d'interdire ces motorisations. En Allemagne, Stuttgart et Düsseldorf ont obtenu l'autorisation de la justice d'interdire ces véhicules dans leurs rues. Des décisions qui pourraient entrer en vigueur dès 2020. En Italie, c'est Rome qui envisage de les bannir dès 2024. Paris, de son côté souhaite que les plus vieux diesel soient interdits en 2019 et Anne Hidalgo veut une capitale zéro diesel en 2024. 

Ludovic Dupin avec AFP


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