Publié le 17 juin 2019

ÉNERGIE

Salon du Bourget : le secteur aéronautique face au défi de la transition énergétique

La 53ème édition du salon du Bourget va réunir les grands acteurs de l'industrie aéronautique, de défense et de l'espace, du 17 au 23 juin. Cette messe mondiale de l'aviation est marquée par un contexte de forte croissance et de questionnements face à son impact sur l'environnement.

La 53ème édition du salon du Bourget, le plus grand au monde, va réunir les grands acteurs de l'industrie aéronautique, de défense et de l'espace. Au menu de cette 53ème edition: les efforts du secteur en matière d'environnement.
©CC0

Inauguré ce lundi 17 juin, le salon du Bourget va devenir, pendant les sept prochains jours, le centre névralgique de l’aviation. Près de 2 500 exposants (un record) et 322 000 visiteurs sont attendus à cette 53ème édition du plus grand show aéronautique mondial. Mais si le secteur est en pleine croissance, il fait aujourd’hui face à des défis environnementaux qu’il lui faudra résoudre pour assurer sa pérennité.

Le secteur aérien compte aujourd’hui pour 2 à 3 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, mais son impact sur le changement climatique risque de s’alourdir considérablement dans les années à venir avec un doublement du trafic prévu d’ici 2050. Épargné par l’accord de Paris de 2015, le secteur s’est depuis lui-même fixé un objectif de réduction de 50 % de ses émissions de gaz à effet d’ici 2050. En attendant, il devra mettre sur pied un mécanisme de compensation des émissions dès 2020.  

Le salon devra donc être l’occasion de montrer les dernières avancées technologiques en la matière comme le Vahana, l'aéronef à décollage et atterrissage verticaux à propulsion électrique d'Airbus. "Aujourd'hui, des milliers de salariés de nos entreprises oeuvrent sans relâche pour (...) préparer les générations d'avions de demain, et trouver les ruptures technologiques qui permettront de réduire drastiquement cette empreinte carbone du transport aérien. Nous avons la volonté d'y arriver", assure Éric Trappier, le président du Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (Gifas) qui regroupe 400 entreprises et organise le salon.

Des pressions multiples

La pression sur le secteur est forte. En Europe, le maintien de certaines lignes aérienne de courtes distances est questionné. En Suède, ne plus prendre l’avion en raison de son impact environnemental suscite un tel engouement que le phénomène porte désormais un nom, le flygskam. Et les députés s’en mêlent. Aux Pays Bas, le Parlement entend mettre fin au trafic entre Amsterdam et Bruxelles pour privilégier les trajets ferroviaires.

En France, une proposition de l’opposition portée à l’occasion de l'examen du projet de loi Mobilités, va dans le même sens. Elle émane de François Ruffin, de la France Insoumise et est soutenue par Delphine Batho, ancienne ministre de l'Écologie. Il s'agit d'interdire les vols lorsqu’un autre mode de transport - comme le train, bien moins émetteur - permet de faire le trajet dans le même temps que le vol effectif plus 2h30, soit le temps requis pour les contrôles et autres formalités logistiques. Deux propositions qui n’ont cependant pas séduit le gouvernement. Dans la balance, le poids économique du secteur pèse sans doute en partie, lui qui génère 65,4 milliards de chiffres d’affaires et près de 200 000 emplois en France.

De nouvelles réglementations en vue ?

Dans les cartons également, la taxation du kérosène. Ce carburant est l’un des plus polluants au monde mais est paradoxalement exempté de taxe depuis la convention internationale de Chicago sur l’aviation civile de 1944. De plus en plus d’experts et de dirigeants politiques s’accordent aujourd’hui pour remettre en cause ce non-sens économique et écologique en mettant en place une taxe internationale. Le sujet sera sur la table du sommet mondial de l’aviation civile les 20 et 21 juin mais le consensus est encore loin d’être établi. Le gouvernement français assure soutenir l’idée d’une taxation du kérosène au niveau de l’Union européenne mais refuse de le faire au niveau français. Pourtant, les États-Unis, le Japon, la Norvège ou les Pays Bas taxent déjà le kérosène sur les vols intérieurs. 

Autre pression, celle des investisseurs. Selon une étude publiée début juin par la Transition Pathway Initiative, et financée par des sociétés gérant plus de 13 milliards de dollars d’actifs, les compagnies aériennes en font trop peu pour lutter contre le réchauffement climatique. Parmi les préconisations qui leur sont faites pour réduire leurs impacts, l’étude met en avant des avions plus économes en carburants, les agrocarburants et les vols à pleine capacité. Selon l’étude, Delta, Lufthansa, United Airlines et ANA Holdings font figure d’exemples à suivre.

Béatrice Héraud @beatriceheraud   


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