Publié le 25 juillet 2017

ÉNERGIE

Mobilité propre : les taxis à hydrogène Hype tentent de remporter la course

Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, souhaite qu’aucun véhicule thermique ne soit plus vendu en France à compter de 2040. La compagnie de taxi parisienne Hype veut démontrer que le déploiement des voitures à hydrogène est une solution pour y parvenir. Ce type de propulsion a été "sous-estimé dans la mobilité douce", de l'aveu même du ministre. Reportage.

Hype photo Une
Station de recharge hydrogène de la société de taxis Hype à Alma-Marceau, à Paris.
Concepcion Alvarez

La voiture a démarré sans même que l’on s’en rende compte. Bien installés dans notre Toyota Miraï, les quais de Seine comme décor, nous avons le sentiment d’être dans une bulle au milieu des bouchons parisiens. "Pas de bruit, pas de vibration, pas d'à-coups lors des accélérations, et surtout, pas de pollution", résume Abdou Achaa. Il est l’un des 30 chauffeurs de la compagnie de taxis à hydrogène Hype, inaugurée à Paris en décembre 2015, à l’occasion de la COP21.  

Hype dispose de 15 véhicules électriques, alimentés par une pile à hydrogène, roulant 7 jours sur 7 dans la capitale, avec une seule station de recharge située à Alma-Marceau. En 2016, 300 000 kilomètres ont été parcourus par ces taxis et 45 000 passagers transportés, soit une quinzaine par jour. Cet été, la flotte va passer à 65 voitures. Deux nouvelles stations de recharge vont ouvrir à Orly puis à Versailles. Une centrale de réservation va également être lancée sur Internet et smartphone.

"Notre problème c’est le manque de voitures"

Après plusieurs faux départs avec des taxis électriques, Mathieu Gardies, le fondateur de la start-up, s’est finalement tourné vers l’hydrogène, mieux adapté à son activité. Son objectif est d’atteindre le plus rapidement possible, et avant 2020, le seuil critique de 600 voitures à hydrogène pour démontrer que son idée tient la route. "Mais nous avons un vrai problème d’accès aux voitures", explique-t-il, en montant à l'arrière du véhicule. 

Faute d’offre française, l’ancien centralien, passé par PwC, a dû aller démarcher les constructeurs asiatiques, premiers à proposer des modèles en série. "Nous avons réussi à faire changer la stratégie d’un géant comme Toyota par rapport à la France, un marché sur lequel il ne se positionnait absolument pas. On a aussi convaincu Hyundai de nous livrer 50 véhicules cet été, plutôt que de les envoyer sur la côte ouest des États-Unis. J’espère qu’on réussira à faire comprendre aux constructeurs français l’intérêt de l’hydrogène notamment pour le transport de personnes."

L’annonce, le 12 juillet dernier, par La Caisse des Dépôts (dont Novethic est une filiale) de sa prise de participation au projet, aux côtés du groupe Air Liquide ou encore de la Ville de Paris, devrait permettre de changer la donne. "Notre objectif est de faire converger à terme le coût d’utilisation des véhicules à hydrogène avec celui des véhicules thermiques. Pour l’instant, le plein en hydrogène est comparable à un plein d’essence mais les voitures à hydrogène sont deux fois plus chères. Nous sommes là pour préparer le terrain et essuyer les plâtres afin de démocratiser notre modèle", assure Mathieu Gardies.

L'hydrogène encore largement issu de ressources fossiles

Tous les matins, Abdou Achaa se rend à la station d’Alma-Marceau (voir photo ci-dessus) pour prendre son service, sous les regards intrigués des passants et des touristes. Créée par Air Liquide, la première station à hydrogène de la capitale sert surtout de démonstrateur car sa capacité, malgré sa taille imposante, est limitée. Sous le container, l'hydrogène est stocké dans de grandes bouteilles avant d'être compressé puis refroidi.

Sur le parking, cinq véhicules sont garés. Abdou Achaa s'installe dans l'un d'entre eux, après avoir fait le plein. Par habitude plus que par nécessité. "On ne sait jamais, si une grosse course se présente." En trois minutes, ses deux réservoirs à hydrogène (en blanc sur la photo tout en bas) - situés sous le coffre et les sièges arrière - sont rechargés pour une autonomie de 500 kilomètres. Cet hydrogène alimente une pile à combustible, à l’avant du véhicule. Elle produit l'énergie nécessaire au moteur électrique. En roulant, le véhicule ne rejette que de la vapeur d’eau et aucune particule fine. 

En amont, en revanche, le bilan carbone de l’hydrogène est pour l’instant loin d’être neutre. 98% de l’hydrogène utilisé en France est produit à partir de ressources fossiles (via vaporeformage de gaz naturel). Avec sa démarche Blue Hydrogen, Air Liquide s’est engagé à produire au moins 50 % d’hydrogène décarboné d’ici à 2020. Et Hype paie un surplus pour s'alimenter à 100% en hydrogène issu d'énergies renouvelables auprès du chimiste français.

Une évolution du métier de taxi

Mais Hype ne fait pas que révolutionner la mobilité, elle vient aussi bousculer la profession de taxi, prise en tenailles par les plateformes de VTC de type Uber. "Au modèle du chauffeur jetable, nous opposons celui de chauffeur durable", plaisante Mathieu Gardies. Tous ses chauffeurs sont salariés et en CDI. Aucun n’est propriétaire de son véhicule.  

"Pour une journée de 12 heures, nous touchons 14 euros, 30% des recettes et nous percevons aussi des primes à la performance", détaille Abdou Achaa, qui ne regrette pas son ancien statut d'artisan. "Les collègues taxis sont intrigués, ils nous posent des questions… Je leur réponds que nous sommes en train de construire un modèle plus responsable pour qu’eux aussi puissent en profiter un jour, raconte le chauffeur. Et puis c’est important pour nous les taxis de gagner notre argent sans polluer." 

C’est aussi un critère de plus en plus différenciant pour le client. D’autant que Hype a choisi de s’aligner sur ses concurrents pour le tarif de ses courses alors que la prestation relève plutôt du haut de gamme. Pour ce qui est de la sécurité liée à l'hydrogène, un gaz inodore, des détecteurs de fumée sont présents à l'intérieur de l'habitacle. Reste tout de même un dernier "problème" : celui du bruit... ou plutôt du silence. "Il faudra inventer un système pour alerter les cyclistes et les piétons qui ne nous entendent pas arriver" s’inquiète Abdou Achaa en se garant à quelques pas de la Tour Eiffel. Tout le monde descend, retour au brouhaha et à la pollution de la capitale.     

Concepcion Alvarez @conce1


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