Publié le 15 août 2019

ÉNERGIE

La ligne grande vitesse Lyon-Turin fait dérailler la majorité italienne

La ligne à grande vitesse (LGV) entre Lyon et Turin est un vieux projet controversé. Conçu pour traverser les Alpes afin de faciliter les échanges entre les deux pays, le chantier est pharaonique puisqu’il s’agit, entre autres, de forer un tunnel de 57 kilomètres ! Le retard est si considérable que l’utilité de cette infrastructure géante imaginée dans les années 90 est remise en cause. Elle cristallise la discorde entre les deux formations au pouvoir en Italie.

Tunnel Lyon Turin LGV France Italie NicolasLiponne NurPhoto
La ligne grande vitesse Lyon-Turin nécessite le creusement d'un tunnel de 57 kilomètres.
@NicolasLiponne/NurPhoto

"Ne pas faire la ligne à grande vitesse coûterait beaucoup plus cher que mener le projet à son terme", explique le chef du gouvernement Giuseppe Conte, soutenu par Matteo Salvini, l’homme fort du gouvernement. Son parti, la Ligue pousse donc à achever le projet au plus vite. En revanche pour le Mouvement 5 étoiles (M5S) : "celui-ci est inutile, coûteux et vieux". C’est ainsi que ce projet controversé lancé il y a 20 ans est devenu la pomme de discorde politique de l’été en Italie. Le Sénat vient d’autoriser la reprise des travaux de ce projet du siècle dernier.

À l’origine, la LGV a été imaginée pour reporter de la route vers le rail le chargement de milliers de camions qui circulent entre les deux pays chaque jour. Un report modal dont le coût total s’élève à 26 milliards d’euros, dont 40 % est financé par l’Europe, 35 % par l’Italie et 25 % par la France. Le problème est que les scénarios de rentabilité de ce projet sont eux-mêmes très controversés.  D’un côté, le ministère des transports italien, aux mains de Danilo Toninelli de M5S, a un rapport très négatif d’une commission d’experts chargée de calculer le rapport coûts-bénéfices de la LGV.

Alors qu’il reste encore 8 milliards à investir côté italien, la LGV ne rapporterait que 885 millions d’euros. De l’autre côté les promoteurs de la ligne espèrent qu’elle puisse rapporter 20 milliards d’euros ce qui supposerait de multiplier le trafic de passagers par 25 d’ici 2050 et de doubler le volume de fret sur ce parcours. Ces chiffres sont d’autant plus improbables que le fret ferroviaire reste très faible des deux côtés des Alpes.

Pression européenne

Pour M5S, il est urgent de stopper le projet et d’étudier sérieusement des solutions alternatives, à commencer par la modernisation des installations existantes dont l’impact environnemental serait moindre. De son côté, la Ligue assure que cette étude est une "arnaque", et reçoit le soutien en ce sens de la Confindustria Piémont, le Medef italien.

Enfin à ce stade l’Europe à travers la Direction Générale des transports de la Commission européenne pousse à ne pas rester au milieu du gué. Soit elle se dit prête à augmenter sa participation à 55 % au bénéfice de l’Italie si les travaux avancent. Soit, si le projet ne se fait pas, elle pourrait exiger le remboursement de ses premiers investissements. "Une suspension du projet mettrait en question l'accord de subvention en cours, et pourrait conduire à sa résiliation et au recouvrement total ou partiel des sommes déjà versées", menace le coordinateur européen Jans Brinkhorst.

Des politiques volontaristes

À lui seul le cas de la LGV Lyon-Turin illustre les questions que posent le développement de grandes infrastructures basé sur des scénarios déjà battus en brèche avant même que les fonds pour les financer soient rassemblés et les ouvrages terminés. Ne vaut-il pas mieux essayer d’améliorer la ligne existante, diminuer le trafic routier avec une politique volontariste de fret ferroviaire, voire consacrer des investissements à la sécurité d’ouvrages d’arts comme le pont de Gênes qui s’est écroulé il y a un an ?

Le miracle économique promis ne tiendrait-il pas du mirage lié aux modèles qui ont fait la fortune des Trente Glorieuses en ne prenant pas en compte des coûts environnementaux de ces grands projets ? La question est posée en Italie. 

Ludovic Dupin @LudovicDupin et Anne-Catherine Husson-Traore,  @AC_HT, Directrice générale de Novethic


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