Publié le 12 septembre 2017

ÉNERGIE

Dieselgate : les analystes ne lâchent pas (encore) PSA

Vendredi 8 septembre, le Monde révélait que le groupe PSA est soupçonné de "fraude massive" par la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes). Une fraude qui, si elle était avérée, pourrait lui coûter 5 milliards d’euros d’amende. Pas forcément un coup dur pour le constructeur qui a le bénéfice de caracoler en tête des classements des entreprises responsables. Toutefois, un problème plus profond est à craindre.


PSA va-t-il, lui aussi, être victime du Dieselgate ? Le constructeur français a-t-il mis en place "une stratégie globale visant à fabriquer des moteurs frauduleux", comme la direction générale de la concurrence le déclare dans un rapport divulgué le vendredi 8 septembre par le journal Le Monde ? Ce sont là des questions à plus de 5 milliards d’euros, le montant de l’amende que risquerait le groupe en cas de fraude avéré, soit 10% de la moyenne de son chiffre d’affaires et plus du double de ses bénéfices nets réalisés en 2016. Sans compter l’impact sur la réputation de l’entreprise, considérée comme la plus responsable des constructeurs automobiles par les agences de notation extra-financière.  

Le groupe est suspecté d’avoir manipulé ses moteurs diesel pour émettre moins d’oxyde d’azote lors des tests d’homologation. Grâce au système mis en place, les véhicules réussissaient les examens lorsque leurs moteurs fonctionnaient à froid mais, en conditions réelles, la concentration d’oxyde d’azote pouvait augmenter de "30 à 170%" selon le document que le quotidien s’est procuré. Près de 2 millions de véhicules sont concernés.

La direction dément

Cette affaire n’est pas en soi une révélation. En avril dernier, on apprenait déjà que le Parquet de Paris avait ouvert une enquête contre PSA suite à un rapport de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). Mais ce que le Monde révèle, ce sont les conclusions de la DGCCRF dans un rapport dont n’a pas eu connaissance le constructeur lui-même. 

PSA, comme les autres constructeurs visés par des enquêtes similaires, a toujours affirmé que ses véhicules "n’ont jamais été équipés de logiciel ou de dispositifs", permettant de fausser les tests d’homologation sur les polluants. Face aux nouvelles révélations qui mettent en cause la direction du groupe, la ligne de PSA ne varie pas. Il "dément toute stratégie frauduleuse". L'entreprise précise qu’elle n’a "pas été contactée par la justice" et annonce porter plainte pour violation du secret de l’instruction.

Pas d’impact à court terme en termes de notation ISR

Pour l'agence de notation extra-financière, Oekom Research, qui avait déjà dégradé la note de PSA en avril, notamment sur les aspects d'environnement, de relations avec les consommateurs et les pratiques business, les fuites du Monde ne vont pas entraîner de nouvelle baisse. "Nous avons besoin de plus d'informations pour cela, explique Reinhold Windorfer, senior analyst spécialisé dans le secteur automobile chez Oekom. En revanche, si de nouveaux tests ou de nouveaux documents viennent étayer ces informations, nous n'hésiterons pas à dégrader la note encore comme nous avons pu le faire pour Volkswagen". 

Chez Natixis, les analystes financiers et ISR (investissement socialement responsable) se rejoignent sur une impression de "bashing injustifié de PSA de la part du Monde notamment quand l’on sait comment les cours de bourse sur-réagissent à ce type de polémique". Dans ce cas, le cours de PSA a dévissé de 3,1%.

A court terme, l’affaire ne devrait cependant pas avoir d’impact sur l'appréciation de la société par les investisseurs responsables, selon Cécile de Coincy analyste ISR et spécialiste du secteur automobile de Natixis. "Comme pour Renault, nous ne voyons pas comment la justice va prouver l’intention de nuire des constructeurs car il faudrait prouver que les industriels ont eu l’intention de tromper le consommateur en polluant plus en conditions réelles d’utilisation…". Pour tous les constructeurs incriminés, il est en effet difficile de savoir si les tactiques employées sont frauduleuses ou si elles s’engouffrent dans une faille laissée par la Commission européenne dans un règlement de 2007. Celui-ci interdit les dispositifs d’invalidation des émissions sauf en cas "de protection du moteur […] et pour le fonctionnement en toute sécurité du véhicule".

L’analyste souligne aussi les choix technologiques fait par PSA pour réduire les émissions de particules. Pour ses véhicules les plus récents (classés euro 6), le groupe a ainsi parié sur le SRC (Selective Catalytic Reduction), un mécanisme onéreux mais considéré comme le plus efficace pour réduire les NOx (oxydes d'azote). Autre bon point pour le constructeur français : sa démarche de transparence, en collaboration avec deux associations reconnues (FNE et Transport & Environnement), sur un protocole et les mesures des émissions de CO2 de ses véhicules en usage réel. Celui-ci doit d'ailleurs doit être étendue au NOx fin 2017.

Un constructeur en tête des indices de responsabilité pour son secteur

Jusque-là, le groupe occupait le haut du classement des constructeurs en matière de RSE. Depuis deux ans, il a pris la tête du secteur automobile dans le classement des agences de notation extra-financière. "Il faut bien comprendre que la notation extra-financière englobe beaucoup d'aspects: environnementaux, sociaux et sociétaux (ex: supply chain ou le traitement des employés). Donc même si la question des émissions et de possibles fraudes est très importante, si on regarde la globalité, PSA reste bien noté. Tant qu'il n'y a pas de tricherie prouvée", précise Reinhold Windorfer.

Dans le dernier classement Oekom Research, le groupe obtient ainsi une note de B (sur une échelle de 12 niveaux allant de A+ à D). Renault, également visé par une enquête judiciaire sur le même sujet, pointe à B– et Volkswagen, premier constructeur touché par le Dieslgate, se contente d’un C. Le groupe est aussi présent dans les indices ISR Euronext-Vigeo Eiris World 120, Europe 120, Eurozone 120 et France 20 et les indices de références comme la Climate A list du CDP ou le Dow Jones Sustainability Indices de ROBECO-SAM et S&P’s. Ici encore, PSA caracole en tête du super-secteur automobile pour l’édition 2017 qui vient de sortir.

Le passage critique de l'électrique

Des notes importantes pour le constructeur, comme le souligne dans un communiqué Karine Hillaireau, déléguée au développement durable du groupe : "Le maintien de notre entreprise dans ces indices est primordial pour attirer la confiance des investisseurs de long terme, qui nous accompagnent dans le déploiement de notre plan stratégique".

Seulement à long terme, Cécile de Coincy ne peut donner un blanc-seing ISR à PSA. Car, selon l’analyste, le groupe va buter sur l’électrique. Aujourd’hui le groupe est quasi inexistant sur le marché. De nouveaux modèles sont bien prévus mais pas avant 2019. "Si pour le moment, PSA est une valeur qui me semble responsable et qui est en train d'effectuer un redressement spectaculaire, cela ne présage rien de l’avenir. A horizon 3 à 5 ans, je ne suis pas convaincue qu’ils aient en main les bonnes technologies. PSA a par exemple parié sur l’hybride diesel qui a fait un flop. Cela va leur prendre du temps d’aller dans la bonne direction."

Béatrice Héraud @beatriceheraud


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