Publié le 12 juillet 2018

ÉNERGIE

Diesel en panne sèche : un coup dur pour la filière auto… et le climat

D’ici douze ans, le Diesel va quasiment disparaître du parc de voitures en Europe. Un crash brutal qui aura de lourdes conséquences pour la filière… et le climat. La fin des motorisations diesel, moins émettrices de CO2 que les essences, va compliquer le respect des normes européennes en matière d’émissions et faire peser sur les constructeurs le risque de lourdes amendes.

Les moteurs diesel émettent 20 % de CO2 de moins que les moteurs à essence.
@AntonMatveev

Le diesel sera bientôt un marché de niche, assure la dernière étude du cabinet de conseil AlixPartners qui est l’une des références mondiales pour la filière automobile. Entre 2015 et 2017, la part de ce carburant en Europe est passée de 52 à 38 % (40 % en France). Et ce taux devrait s’effondrer à 5 % du marché en 2030, reléguant ces motorisations à un marché de niche.

Cette chute est bien sûr l’une des conséquences du dieselgate qui, en 2015, avait mis en évidence des fraudes sur les relevés d’émissions polluantes des moteurs Volkswagen. Une affaire qui s’est étendue depuis à d’autres marques, comme récemment Audi dont le PDG a été arrêté, ou le Japonais Nissan qui a révélé "avoir mal mesuré" ses émissions.

Le recul rapide du diesel est a priori une bonne nouvelle pour notre santé en raison des importantes émissions d’oxydes d’azote (NOx), de dioxydes d’azote (NO2) et de microparticules de ces motorisations. En revanche, cela pourrait compliquer la lutte contre le changement climatique. Les véhicules diesel émettent en effet 20 % de CO2 en moins que les véhicules essence en moyenne.

Épée de Damoclès

En réalité, c’est la double peine pour la filière automobile. En plus de tirer un trait sur des dizaines d’années de recherche et développement sur ces motorisations complexes (dont les constructeurs français s’étaient fait une spécialité), les fabricants de voitures risquent d’être incapables de respecter les nouvelles normes européennes sur les émissions.

Celles-ci prévoient des émissions de 95 grammes de CO2 par kilomètre en 2021. Or les constructeurs en sont encore loin. Selon les informations du quotidien Le Monde, Volkswagen dépasse de 20 grammes, Fiat de 30 grammes, PSA et Renault se situent entre 10 et 15 grammes au-dessus. Pour AlixPartners, l’émergence des véhicules propres, électriques et hydrogène, ne sera pas assez rapide pour pallier ces émissions en trop d’ici trois ans. Aujourd’hui, ils représentent un peu moins de 2 % des ventes en Europe.

Des centaines de millions d’euros

"Les constructeurs ont amélioré leurs performances d’émissions de un à deux grammes par kilomètre d’année en année. Avec l’abandon du diesel, la flotte européenne devra réduire d’environ 5 grammes (par an, ndr) de plus ses émissions de CO2 pour atteindre les objectifs fixés pour 2021. Les amendes pour émissions excessives (…) peuvent représenter plusieurs centaines de millions d’euros par constructeur", prévient le cabinet d’étude.

Selon les données de l’agence AAA Data, spécialiste du marché auto, les véhicules neufs émettent en moyenne 111 grammes de CO2 par kilomètre (g/CO2/km) en 2017, contre 110 g/CO2/km l’année précédente. C’est seulement 1 gramme de plus, mais cela rompt une courbe orientée à la baisse depuis 1995. Parmi les plus mauvais élèves, General Motors, Fiat Chrysler, Volkswagen ou encore BMW. Outre le recul du diesel, une des raisons de cette hausse est l’engouement du grand public pour les 4x4 urbains, les SUV (Sport Utility Vehicle), plus lourds et puissants.  

Ludovic Dupin, @LudovicDupin


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