Publié le 24 mars 2020

ÉNERGIE

[Coronavirus, le jour d’après] Accélérer la transformation du secteur automobile pour préserver l’industrie

La pandémie de coronavirus a mis à l’arrêt quasi-total le secteur automobile. Le choc est d’autant plus sévère que l’industrie est déjà fragilisée par de profondes mutations, tant organisationnelles, technologiques avec l’arrivée du véhicule électrique, que structurelles avec l’avènement de nouveaux types de mobilité. Toute la semaine, Novethic se penche sur la fragilité de nos modèles économiques, secteur par secteur, mise en lumière par la crise sanitaire actuelle.

Mobilite durable CCO
L'industrie automobile est confrontée à la nécessaire électrification de ses modèles, mais aussi à la transformation des habitudes de mobilité.
@CCO

Concessions automobiles désertées, usines mises à l’arrêt, sous-traitants à la peine… La filière automobile fait partie des secteurs les plus impactés par la pandémie de Covid-19. Dans une interview au Figaro, Luc Châtel, le président de la PlateForme Automobile (PFA), estime que l’impact de la crise sanitaire sera difficile à rattraper. "Aucune vente pendant deux à trois mois, c’est 5 à 6 milliards d’euros de cash en moins pour les entreprises de la filière automobile française", déclare le dirigeant de l'organisation .

Le choc est d’autant plus rude, qu’il s’inscrit dans un contexte de profondes mutations du secteur automobile. L’épidémie de coronavirus joue le rôle de révélateur de tendances existantes, en ajoutant une tension supplémentaire sur un modèle économique déjà hyper-tendu. La perte massive de chiffre d’affaires risque ainsi de rendre encore plus difficiles les investissements nécessaires pour développer les nouveaux modèles de voitures électriques, nécessaires pour réduire les émissions de CO2 du transport.

Trop forte dépendance à l’Asie

Mais c’est aussi sur l’organisation industrielle même de la filière, extrêmement décentralisée donc dépendante des aléas du commerce international, que la pandémie fait mal. Dans une interview au Parisien, Jean-Dominique Sénard, Président de Renault explique ainsi que l’arrêt des 21 usines européennes, représentant 60 000 salariés, l’a été pour des raisons sanitaires, mais aussi parce que "certaines de ces usines auraient de toute façon été arrêtées du fait de l'absence d'approvisionnement de pièces".

Cette dépendance, était déjà connue. En décembre 2019, Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie, avait confié à Hervé Guyot, consultant chez Oliver Wyman, une mission sur ce sujet. Il doit évaluer les conditions pour maintenir et relocaliser l’activité des usines en France. "Cette crise doit accélérer les choix dont nous pressentions qu’ils étaient importants et qui le sont encore plus aujourd’hui", martèle Bruno Le Maire.

La fin de la crise du coronavirus sera donc un test pour l’industrie automobile. Repartira-t-elle sur les mêmes bases qu’avant, où les industriels en profiteront-ils pour accélérer leur transformation ? Après une réunion avec Bercy, la filière demandait que, pour relancer le marché, les dispositifs d’aide à l’achat de véhicules électriques soient renforcés, que les investissements dans les infrastructures de recharge soient augmentés, et que les travaux sur les relocalisations soient accélérés pour gagner en indépendance. Peut-être une bonne nouvelle, donc.  

De nouveaux entrants

Reste un défi encore plus grand pour les constructeurs automobiles, qui est celui des nouvelles habitudes de mobilité. Autopartage, entreprises de VTC, car-pooling… Les consommateurs ont de moins en moins tendance à acheter leur véhicule, préférant consommer de la mobilité lorsqu’ils en ont besoin. Selon la PlateForme Automobile (PFA), "cette crise sans précédent intervient alors que le secteur automobile, confronté à des transformations historiques, fait face, depuis fin 2019 – début 2020, à un retournement de cycle". En 2019, la demande mondiale a baissé de 6 à 7 %. 

Les nouveaux entrants sur le marché automobile, qui s’organisent pour vendre non des voitures mais des solutions de mobilité, prennent ainsi de plus en plus de place. Pour Laurent Petizon, responsable du secteur automobile du cabinet AlixPartners, les acteurs des nouvelles mobilités pourraient même à terme supplanter les constructeurs et équipementiers. "Vont-ils garder un contrôle sur le choix des énergies pour la mobilité, voire sur la mobilité elle-même, face à des Didi ou des Uber, ou aux acteurs de la mobilité collective ? Ce sont des paris à des centaines de milliards d’euros qui se jouent d’ici 2030", estime-t-il.

Arnaud Dumas, @ADumas5


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